Voleur d’ombres 23

Ce tourbillon représentait une fin. La fin des illusions, la fin des utopies, la fin de cette croyance en cet amour. Il était nu, en tout. Il fallait lâcher le masque, il fallait être soi et arrêter de jouer ce rôle de celui qui croit. La foi était morte. Son dieu était mort. Il avait cherché à plaire et aujourd’hui, il ne servait plus à rien de chercher cela. Il avait fallu du temps pour qu’il comprenne qu’il ne pouvait plaire à tout le monde et surtout pas à celle qu’il voulait, qu’il désirait.

La peur de l’abandon et de la solitude, poussé à l’extrême l’avait trompé, l’avait envoyé dans les mauvais chemins. Il s’était trop trompé et avait trop voulu que l’autre soit là pour se sentir vivre et vivant. Aujourd’hui, il finissait enfin par s’accepter et peut être même, finalement, à s’aimer un peu. Ce n’était plus si grave d’échouer dans cette quête de finir avec l’autre, pour l’autre, puisque l’autre n’était qu’un mirage et une construction artificielle. Il était lui, complètement, entièrement.

Il n’y avait plus lieu de se cacher, de se voiler la face et la vie, il pouvait être et finir. Perpétuellement, indéfiniment, il vivrait avec ce manque mais il l’acceptait désormais. C’était dans ce nouvel eldorado qu’il y avait désormais la lumière, sa lumière. Elles n’avaient pas voulu de lui, elles avaient voulu le changer, il n’avait pas réussi à rentrer dans les cases. La tornade fondait sur lui, elle était là. Elle fonçait sur lui. Il ferma les yeux, pensant que la tornade le détruirait. A cette vitesse, à cette puissance, à ce feu, l’issue était déjà écrite. Le temps resta en suspens. Il était arrêté. Il durait.

Au loin, la musique et le chant retentissaient encore. Les bougies maintenaient une chaleur odorante sous la pluie chaude. Il ne se passait rien et pourtant, le temps passait. Chaque seconde semblait des heures. Il décida de rouvrir les yeux. Il fallait qu’il sache où se trouvait la tornade, ce qu’il restait de lui. Lentement, la lumière des bougies apparut. Ses yeux durent s’habituer à une lumière faible et seulement entretenue par les bougies.

Face à lui, flottant dans l’air, à l’arrêt, dans un halo bleu pâle, les cheveux noirs flottant, elle était là les yeux ouverts, verts et le fixant. La femme complète, la femme amour, celle qui réunissait son tout, était face à lui tout proche. Il sentait son parfum, mélange d’agrumes, de sable, de soleil. Elle était presque posée sur lui, elle continuait d’avancer vers lui, au ralenti, comme dans les films. Il sentait ses cheveux délicatement se poser sur son visage. Ses lèvres se posèrent à nouveau sur les siennes.

Il ferma les yeux.

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