Peter ou le syndrome de la haine ordinaire -partie 2- Parce que comme disait Lyly, je le vaux bien…

Le principe de Peter est ce système, cette loi, ce phénomène, complètement empirique certes, mais terriblement quotidien, qui consiste à élever un employé à son niveau d’incompétence avec l’idée que, à terme, tous les postes seront occupés par des personnes incapables de remplir les taches de ce poste. Ce placement à un poste au delà des capacités affichées peut être volontaire ou pas. Volontaire dans un souci d’auto destruction, involontaire dans une manifestation encore plus marquée de l’incompétence des agissants supérieurs.

Ce préambule étant posé, il implique une construction de la société particulière. Qu’il s’agisse d’une société privée ou publique, la hiérarchie, dans la grande majorité des cas, se construit autour d’une structure pyramidale.

Ce n’est pas à moi de déterminer la compétence et la valeur des gens. Ce n’est pas à moi de dire si c’est bien ou si c’est mal . Je ne me place qu’en simple observateur de ce monde et je constate que ce principe construit des rapports humains totalement abjects et complètement en dehors de ce que nous devrions ou voudrions vivre. Je ne vise pas à donner des leçons ou à changer le monde mais simplement à constater et à m’interroger sur la prédominance de cette structure sur nos vies.

Il y a une constante qu’on pourrait considérer comme macabre à accepter d’être maltraité par une hiérarchie que nous estimons illégitime et incompétente. Il y a même quelque chose de masochiste à accepter d’être insulté, rabaissé, humilié par une personne que nous estimons inférieure à nous. On est en droit de s’interroger sur la validité et la pertinence d’un tel comportement. Dans notre vie privée, la plupart d’entre nous est prête à l’esclandre, et même au combat, pour le moindre mot qui sortirait du cadre et, pourtant, dans la sphère professionnelle tous les comportements sont autorisés, validés et même encouragés. Ce rapport de force n’existe que grâce à la peur que la société a créée autour de nous. Quand on dit société, on parle d’une masse informe, indicible, confuse, maladroite, indéfinissable en fait. La société n’est que ce que nous en faisons et nous en avons fait ça. Une personne pour laquelle nous n’avons aucun intérêt et même aucun respect se permet, sans vergogne, de déterminer notre valeur et notre vie. Et tout va bien. Evidemment, ces mots ne changeront rien à ces faits mais il y a quand même des comportements surprenants. Dans un premier temps, la facilité avec laquelle nous entrons tous dans un rapport de servitude avancée. Chacun d’entre nous accepte donc d’être rabaissé par des personnes qu’il ne connait pas et que, s’il avait le choix, il ne fréquenterait pas… C’est somme toute quelque chose d’étrange. Nous avons été façonnés, construits pour accepter une hiérarchie même si celle-ci est nulle. Ce phénomène se reproduit à l’infini dans tous les domaines de nos vies. De la petite enfance, à la scolarité, de l’emploi salarié aux activités ludiques, de la vie de couple à la fin de nos jours, nous sommes tous en confrontation permanente avec des personnes qui s’arrogent le droit de nous être supérieures. Notre éducation est contrôlée par autrui, notre emploi est contrôlé par autrui, notre mort est contrôlée par autrui, notre vie amoureuse est contrôlée par autrui.

A partir de là, pouvons-nous simplement évoquer une quelconque idée de liberté? La question est posée mais la réponse n’est pas encore d’actualité. Alors, ce principe de Peter s’applique à tous les événements et à toutes les constructions sociétales auxquels nous devons faire face. Il est trop tard, une fois mis en place, pour le critiquer. C’est par notre inertie que ce principe existe et se renouvelle. Il est évidemment beaucoup plus marqué dans le rapport quotidien d’une hiérarchie aux n+1 ou n+2. Trop d’entre nous sont confrontés à cette hiérarchie directe qui nous méprise puisqu’au final, elle nous infantilise. L’idée de faire de nous des enfants est particulièrement efficace puisqu’elle nous place, par définition et par principe, en situation d’infériorité. Nous acceptons d’être les enfants de nos supérieurs hiérarchiques et, de fait, ils nous traitent comme des enfants; ce schéma se reproduit systématiquement jusqu’en haut de la pyramide. Notre n+1 agit ainsi parce qu’il est lui même humilié et maltraité par son propre n+1 et ainsi de suite, et l’on reproduit à l’infini ce schéma totalement contre-productif. Il existe, bien sûr, des exemples de traitement égalitaire ou horizontal mais ils ne sont encore que minoritaires, convenons-en.

De fait, le principe de Peter trouve une accointance humoristique avec le syndrome de Peter Pan…. Nous refusons de grandir pour ne pas avoir à nous révolter contre une hiérarchie incompétente. Puisque nous refusons de grandir, on peut considérer que ce traitement nous convient. Placer sous tutelle consentante avec l’inutilité de se révolter puisque, au final, c’est un choix assumé. Nous acceptons ce principe et nous célébrons, étrangement, celui qui refuse ce principe et décide de s’opposer à cette hiérarchie. La peur que nous éprouvons à la perte de notre emploi, par exemple, est sublimée par le fait que, quelqu’un, quelque part, accepte de prendre ce risque et se rebelle. Celui qui dit non, apparaît comme iconoclaste, en marge, à part, alors qu’en réalité, il ne fait que faire valoir son droit et celui que nous avons tous, à l’égalité. Personne n’est supérieur à un autre individu sauf si l’autre est un enfant, une femme, un noir, un arabe, un subordonné hiérarchique, un vieux. Ainsi, toute notre vie se construit autour de l’idée que nous serons toujours inférieurs à quelqu’un parce que c’est rassurant. La société place sur notre chemin en permanence des incompétents qui nous dominent afin que nous soyons rassurés, que nous ne prenions aucun risque et que nous appliquions docilement ce que la société a décidé que nous devions être dans un continuum confortable qui permet à une certaine élite incompétente de rester dans les hautes sphères et au reste de la populace de trouver cela normal parce que malgré tout cette hiérarchie illégitime et incompétente est quand même plus apte à décider pour nous de ce qui serait valable et bien pour nous.

Si le principe de Peter est un principe actif, c’est uniquement parce que nous l’avons voulu et décidé et, peut être, même initié. Il ne dépend, dès lors, que de nous d’en sortir et de nous montrer, soit rebelles, soit d’accepter ce fait mais alors et surtout, de cesser de se plaindre. Partout, tout le temps, on entend des plaintes sourdes gronder et monter au sommet des tours et des édifices protégés mais tout cela ne reste que du vent parce qu’il n’y a pas d’actes fondateurs ou agitateurs. Chacun accepte, tête basse et épaules tombantes, son triste sort et chacun se convainc que quelqu’un, un jour, aura le courage de dire non et qu’ alors, nous pourrons tous nous engouffrer dans cette brèche ouverte pour faire valoir nos droits à la liberté.

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