Pensées et discussions à l’aire de la nationale (21) ou dialogue de l’auto fou

– Pourquoi tu n’aimes pas les gens ?

J’avais été surpris, au premier abord, par cette assertion. Je gardais le silence, les yeux braqués sur le vide en face de moi, perdus dans les vagues. Je n’avais pas de réponses audibles en réalité. Ce n’est pas que je n’aimais pas les gens, même au contraire, c’est plutôt que je n’arrivais pas à supporter les trahisons aussi bien que les autres. Beaucoup de personnes surmontent, passent au dessus, vivent avec. Personnellement, je n’y arrivais plus.

– Pourquoi tu n’aimes pas les gens ?

Il avait fallu que la question se pose à nouveau. Je n’aimais pas forcément être odieux mais, depuis quelques temps, ça me venait naturellement puisque je n’avais plus d’attaches, je m’autorisais, enfin, à vivre ma vérité.

– Pourquoi tu n’aimes pas les gens ?

Je gardais les yeux dans le vide et si j’avais eu une clope, j’aurais tiré dessus, alors je me résolus à seulement prendre une gorgée de ce bourbon dégueulasse qu’on avait volé à la station. Le goût était infect mais la brûlure de l’œsophage montrait bien que l’alcool était suffisamment fort pour que j’oublie que je dormais sur une banquette arrière.
– Pourquoi tu n’aimes pas les gens ?

– Parce qu’ils ont toujours l’art de me poser des questions de merde quand je n’ai qu’une seule envie: pleurer en silence.

– OK c’est bon, je ferme ma gueule.

– Maintenant tu peux l’ouvrir, ma tristesse est passée, elle reviendra plus tard.

– J’ai plus rien à dire, tu m’as coupé dans mon élan.

Je tournais la tête et je l’observais. Je ne l’avais vraiment jamais regardée et je compris, en cet instant, que c’était encore une chose que j’avais manquée.

Laisser un commentaire