Collane di fiori (colliers de fleurs)

Le rêve se construisait autour de cette utopie d’un sentiment supérieur et plus indestructible. Une chimère qui tenait l’univers et qui lui donnait constance. Et chaque jour, ce rêve s’estompe et se fissure par les coups de canif et les entailles dans la roche et la pierre de nos mondes. Sous couvert d’uniformisation sentimentale, l’obligation de se livrer à un cérémonial collectif afin d’atteindre le nirvana utopique.

Mais moi, si je ne souhaite ne pas me joindre à cette mascarade, moi, qui ne suis pas conçu pour ressentir ce type de sentiments, moi, qui ne veux pas ressentir ce type de sentiments, moi, qui ne suis que stupre et luxure, qu’ai je à faire des jets de fleurs et des colliers de magnolias?

Que cette obligation de sentiments soit faite pour tous mais qu’elle me laisse en paix. Je ne veux vivre que ce qu’il me reste à vivre sans connaître l’impératif d’un monde qui, de toute façon, me rejette ou dans lequel, au final, je ne souhaite pas entrer… Cette profusion de sentiments dégoulinants n’a de sens que si elle ne me concerne pas. Je n’y suis pas sensible et je ne veux pas y être sensible parce que justement, je suis trop sensible. Construire un mur protecteur contre les assauts de ce que le monde est, de ce qu’il construit, de ce qu’il veut qu’on devienne. Il faut être ce que l’on a décidé pour nous. Il faut être ce qui est prévu, ce qui est écrit. Puisqu’il est admis que cette époque ne correspond à rien, que cet univers ne correspond à rien, que la condamnation est désormais éternelle et inéluctable alors ainsi soit il. Il eut fallu changer de paradigmes tant de fois que cela devient exceptionnel de l’imaginer.

Et partout résonne cette litanie sombre d’une musique obligatoire et lancinante. Il faut que… tu dois…. et un petit coup d’impératif pour faire passer tout ça (toussa, toussa). On peut dès lors me taxer de différent, d’étrange, de borderline… C’est tellement rassurant de considérer celui qui ne suit pas la vague comme un « handicapé ». Handicapé sociétal. Incapable d’être dans le moule d’un monde qui n’a pas de sens ni de ligne. Soudain, l’idée d’être handicapé devient un avantage ou une raison de l’entretenir. Tout le monde veut être différent mais pourtant nous cherchons tous à être dans le moule. Alors moulons.

 

Eppure, continuare (et pourtant, continuer)

S’asseoir dans un des derniers bistrots encore existants et regarder, attendre que le monde propose quelque chose. A travers le regard fuyant des gens et les discussions insipides au comptoir, se rendre compte et voir la profondeur de cette solitude. Les problématiques, les interrogations, les rêves et même les souvenirs différents. D’autres préoccupations, d’autres moteurs qui font que les vies ne font pas les mêmes existences, les mêmes divergences. C’est dans l’épaisseur moite de ces sons envahissants que, soudain, la prise de conscience d’être un autre se fait. Et chercher à faire quelque chose de cette altérité. S’arrêter au bord du gouffre que constitue cette vie et considérer enfin que c’est celle qui est à vivre finalement.  Qu’il n’y aura que ça, que ce ne sera que ça et qu’il faudra bien faire avec parce que le choix n’existe plus. Deviner derrière les ruissellements de la pluie sur les baies vitrées de l’estaminet que ce ne sera pas encore aujourd’hui, que finalement tout cela va poursuivre son cours et que rien ne changera vraiment, parce que chacun se débat dans sa propre vie en faisant en sorte qu’elle soit le moins terne possible même si cela doit être un échec. Alors le rêve s’installe, l’envie d’une autre envie, l’accomplissement d’un autre destin, la fondation d’une utopie. C’est au travers de ces mondes intérieurs que la perte se fait plus douce. Se perdre au milieu de soi, dans ses propres méandres, en espérant se retrouver et sortir neuf de ce trajet. Et continuer.

Constater amer que le gris du ciel n’est que le reflet de la vie déconstruite qui guide les pas vers l’inconnu. Continuer d’attendre une improbable révolte, peut être même une révolution alors que le monde n’attend pas. Les événements passent, les jours changent, la nuit tombe et pourtant, continuer.

Comprendre que rien ne changera plus et l’admettre parce que cela épuise de puiser des forces qui n’existent plus. Reconnaître que l’erreur est factuelle et qu’elle réussit à se jouer du destin en offrant une porte de sortie qui en réalité n’existe plus. Mais continuer.

Agripper le haut des montagnes, louvoyer sur le tranchant des vagues, s’ébaudir devant la poussée des embruns verdoyants des champs et mesurer la perte et la décadence de la pluie sur les carreaux sales et ternes du bistrot pour mesurer l’étendue de la perte et la fin des illusions de l’enfance. Mais pourtant, continuer.

E non posso fare di piu silenzioso come silenzio (et je ne peux pas faire plus silencieux comme silence…)

Il serait temps de mettre les choses à plat et en route. Si je considère ce temps comme un facteur incompressible, alors mon système est cadré et borné. Absolument…. Mais contre l’indignité, d’où qu’elle vienne, l’important, c’est de conserver sa ligne et ses convictions…. l’important n’est pas d’avoir raison mais d’en être sûr… Lorsque le temps propose une démarche qui ne convient pas, ou plus, quelles possibilités s’offrent de construire un nouveau déroulé, une nouvelle lecture? … quoique je fasse, le temps va se dérouler de manière identique et inéluctable, je pourrais croire ou penser ou même envisager que, selon les événements, le temps ne passe pas de la même façon, et d’ailleurs, j’ai le sentiment que nous avons tous ce ressenti de moments éternels et d’autres inexistants… pourtant, il n’en est rien… une seconde demeure une seconde et ce qui change tout, c’est la façon de la remplir, de la combler, de la nourrir, de l’enrichir de la construire, de la faire… Je ne peux pas faire plus silencieux comme silence …
Tout ne se construit qu’à travers l’apprentissage et la compréhension limitée que je porte aux éléments… Je ne suis que la somme d’une compréhension limitée et réduite des choses qui m’entourent. .. Ce qui donne sens, c’est cette faculté à toujours envisager que je vais comprendre, que je vais avancer alors qu’en réalité, je ne fais qu’adapter mon existence à un milieu et un environnement… Il ne s’agit pas des fleurs et des légumes mais bien de ce que moi-même je suis, de ce que je construis autour de moi et qui devient plus fort que moi, puisque véritables créations de moi par moi. Je vais bien finir par créer mon propre monde qui va s’avérer à force de s’enrichir plus fort que ma simple volonté d’en changer… Ce n’est pas le changement qui m’effraie, c’est cette incapacité à la modification qui me bloque. En permanence s’émerveiller devant celui qui a osé le changement de vie et s’enfermer dans la sienne parce qu’elle est plus forte.
Je ne comprends pas tous ces gens que je ne connais pas et qui ne me connaissent pas non plus d’ailleurs…. Surtout qui ne me connaissent pas… c’est ça qui me choque… J’ai beau me forcer, j’ai beau chercher, j’ai beau lutter, je ne parviens toujours pas à faire plus silencieux comme silence.
En fait, tous ces gens m’apparaissent comme des clones, tous taillés dans le même costume, et portant tous le même nom… parce que sérieusement, ils ont tous un prénom de peluches … Le vrai problème pour moi, c’est qu’en réalité, je ne joue plus.

Vu et revu de crèche 3 (et ça ne va pas plaire mais faut que je vide la surcharge cognitive)

Les derniers jours ont été principalement marqués par les soubresauts judiciaires. Je ne suis pas juge donc je ne connais rien aux dossiers. Toutefois, les réactions suscitées par ces affaires me semblent toutes aussi hallucinantes les unes que les autres. Trois histoires bousculent principalement les chroniques (on va dire 4) et toutes ont, pour fond, les rapports entre les hommes et les femmes, à des degrés divers évidemment. Dans un premier temps, le meurtre involontaire, en glissant et sans faire exprès, par inadvertance et inattention, oups chef! j’ai glissé de la joggeuse qui ne courrait pas. Pour toutes les affaires citées, je rappelle que je ne connais pas les dossiers et que donc, je ne donnerai pas mon verdict. Il se trouve juste que cette ligne de défense fut celle proposée, dans un premier temps, par l’avocat de la défense du mari lui-même. On peut dire qu’il commence au taquet. Et les réseaux sociaux se sont vite emparés de cette vaste moquerie parce que étrangler une femme 5 minutes, lui changer ses vêtements, la transporter, la planquer, la brûler (omg), tout ça par accident, je dis juste chapeau l’artiste et vraiment, c’est ballot, c’est pas de bol… autant de mésaventures, c’est quand même un sacré concours de circonstances bien pourri. Mais bon cette histoire est sordide, ce qui me dérange, si tant est qu’elle puisse me déranger, c’est la réaction de la secrétaire d’état de je ne sais plus quoi, Schiappa (je ne sais même plus son prénom, vraiment ce gouvernement est composé d’inconnus qui s’efforcent de le rester pour moi… ils ont beau accumuler les conneries, je n’arrive pas à me souvenir d’eux… ) qui se permet de donner des conseils, des avis, des commentaires sur une affaire judiciaire en cours et nous sortir des termes de féminicide alors qu’il semble juste que ce ne soit que le crime d’un connard, faible et dépassé par tous les événements de sa vie. La faiblesse humaine, et en particulier masculine, n’est pas une découverte alors les néologismes sont un peu fallacieux.

A la limite, pourquoi pas… on oublie la présomption d’innocence, on oublie la justice, on oublie la non indépendance de la justice, on monopolise le temps de parole pour exister… ok… pourquoi pas… mais alors dans ce cas là, on va au bout de ses convictions… de la cohérence, de la constance… et on ne se lève pas pour acclamer un collègue empêtré dans une histoire de viol. Le ministre « Fais pas le malin » (quand je vous dis que les noms de ces gens me posent problème) est accusé de viol. Certes, l’histoire semble assez confuse, glauque, tortueuse etc mais de là à ce que la représentation nationale (je sais, c’est bizarre de considérer les députés LREM comme une représentation de quoi que ce soit mais ça s’appelle comme ça alors soit… ) se lève et applaudisse pour apporter, en notre nom à tous, puisque représentation nationale, son soutien à ce moment là, je troouve ça extrêmement déplacé mais apparemment suis-je le seul. Après Metoo, après balance ton porc, l’assemblée fait une standing ovation à un mec accusé de viol… et tout va bien… qu’on fasse une standing ovation pour son innocence une fois le procès passé, pourquoi pas… et ça serait encore malgré tout extrêmement maladroit selon moi, mais qu’on affiche son soutien à un accusé avant que justice ne soit rendue… c’est moi ou? Je ne sais pas mais si jamais « fais pas le malin » est condamné, il se passe quoi?

A contrario, Tarik lui, a dormi en prison. J’imagine que le dossier est plus solide et plus accablant. Toutefois, lui, ne bénéficie d’aucune présomption d’innocence. Il est déjà coupable. Il est juste à souhaiter qu’il soit réellement coupable parce que sinon il va falloir payer les journées de prison en préventive. Mais bon, il n’a pas eu le bon gout de se présenter à une élection sous la bannière lrem pour sauver sa peau, lui. Et je ne suis pas sûr qu’elle soit sauvable de toute façon. Donc lui aussi, est accusé de viol ou de comportements salopards, mais lui, il a une cicatrice donc il est coupable. En tout cas, il est mal barré. La justice décidera de la suite.

Et puis, il y a la future légende. Le gars sur lequel on écrira des dizaines de bouquins: Nordhal! Accusé du meurtre d’une pauvre gamine’ et là c’est juste horrible, et qui se retrouve mêlé à une quinzaine d’affaires louches. Que dire? 4 histoires sordides, 4 traitements différents, 4 non-dits, 4 présomptions d’innocence étrangement appliquées selon les cas… Les animaux malades de la peste, le retour.

Pour le reste, en bref, le pouvoir en place continue son immense foutage de gueule qu’il n’est pas de bon ton de critiquer. Nous allons avoir une loi sur les fake news et c’est le gouvernement qui décidera de ce qui est fake et de ce qui ne l’est pas, et dit comme ça quand même c’est plutôt comique. Après le decodex qui décide de qui on doit écouter, (parce que nous sommes trop cons, ne jamais oublier la pensée complexe), c’est au tour des sites internet, des pages FB et ainsi de suite qui se retrouvent contrôles. On assiste à une migration vers d’autres supports tels que VK de ce que certains nomment la dissidence ou la résistance. Mais Jupiter (main sur le coeur, toussa toussa…) qui augmente allègrement toutes les taxes fait le tour de l’Afrique en faisant des chèques (qui du coup sont en blanc non? puisque nous n’avons plus de fric?) clame encore que tout va bien, que les SDF ne dormiront plus dans la rue (bon son secrétaire d’état dit qu’ils sont 50 à Paris donc ça devrait être assez facile à loger), que les retraités vivront mieux (grâce à la baisse de leur pouvoir d’achat sans doute), qu’on doit faire un plan pour pousser les fonctionnaires à la démission sous la conduite de « Fais pas le malin » parce qu’il y en a trop. (C’est quand même un mec qui est accusé de viol, et je ne sais pas si c’est vrai, je m’en fous, mais c’est ce mec qui doit gérer des millions de personnes dont on exige la plus grande rigueur morale, la plus grande droiture et un casier vierge, mais tout à fait!), et un rapport de Bergé, (alors elle je me souviens de son nom à cause du bâton, et j’ai les moyens mnémotechniques que je veux, ) qui considère que les profs devraient vivre au plus proche des élèves qu’ils ont pour mieux comprendre leur attente et leurs problèmes. Evidemment, nous savons tous que les profs vivent à 250 bornes minimum de leur lieu de travail et prennent chaque jour le TGV pour rentrer dans leurs immenses pavillons de petites villes bourgeoises du bord de mer. Ah Aurore! Sa fiche wiki est un bonheur à elle seule. Je vous la met en lien, c’est rigolol… mais ça n’est pas parce qu’elle n’a jamais travaillé qu’elle est incompétente, attention. Ce n’est pas parce qu’elle change de pygmalion tous les ans qu’elle est incompétente et versatile… ce n’est pas parce qu’elle est attirée par les lumières des spotlights qu’elle est incompétente, versatile et insipide… non!!! Elle est naturellement tout ça et elle est naturellement une des représentantes les plus importantes de LREM… Hasard? Coïncidences? Il y a énormément de choses à faire sur l’éducation mais dire que les profs sont déconnectés de la vie des élèves et des familles quand on ne sait même pas à quoi ressemble un prof, c’est juste du macronisme dans toute sa splendeur et ça ne mérite pas la peine d’en rajouter. Je préfère m’acheter du nutella.

Rimanere perché fuggire sarebbe morire per alcuni

Partir nécessite un courage que rester n’implique pas. Partir, c’est mettre en avant des choix personnels au détriment de choix collectifs et parfois même au détriment de la raison la plus élémentaire. Partir c’est aussi se donner une nouvelle chance d’être soi, d’être celui (ou celle) que l’on se doit de devenir malgré tous les aléas qui ne sont pas les nôtres. Partir c’est se souvenir que rester est douloureux et que rester ne résout en rien les problèmes qu’on s’évite en partant. Partir c’est aussi se souvenir de ce que c’est que d’être vivant. Que cet air qui emplit nos poumons et qui nous fait avancer est gratuit mais, en réalité, ne l’est pas, cet air attend de nous que nous méritions de le piller parce qu’il ne veut pas ne pas servir à quelque chose. Que ce soit grand ou petit, mémorable ou oublié avant même d’être fait, il réclame son dû à l’action. Son dû au départ, à la découverte, au voyage, au nouveau.

Partir parce que, à un moment, rester coûte beaucoup trop cher et que les poches sont déjà trouées d’avoir été visitées et déchirées. Partir parce que rester n’est plus une alternative. Trouver, chercher l’endroit qui est notre, l’apprivoiser et se poser là à contempler les étoiles nimbées par les filets nuageux tissés par la nuit. Puisque tout commence avec la nuit, que tout se termine avec la pluie, le reste doit se vivre en plein jour et sous les feux ardents du soleil. Croire que demain apportera une onde fraîche et nouvelle et attendre que les jours passent alors que la seule issue est de changer. Croire que parce que le bouleversement ne se fait pas tout sera comme avant, tout sera rose et cotonneux alors que le avant est mort. Avant, jeune et naïf, crédule et entouré, aujourd’hui, vieux et expérimenté, incroyant et solitaire. Chercher la satisfaction d’une vie terne dans l’événement qui changera tout mais ne pas provoquer l’événement, ne pas aller au bout de l’idée. Rester parce que c’est plus simple, c’est plus responsable, c’est plus adulte alors que tout indique que seul le départ, seul le changement est souhaitable. Prendre le peu de courage qu’il reste pour quitter ce qui est établi et courir, fuir et construire autre chose, ailleurs. Mais non…. Rester parce qu’il faut accomplir le destin, cheminer sur le fil que nous avons tendu et croire que ça avance alors qu’au mieux tout cela stagne. Rester sur place en croyant avancer de peur de fuir parce que ce serait reculer.

Sto cadendo ma non rinuncero (I fall but i don’t give up)

Ça se termine toujours sous la pluie parce que le ciel pleure ce que tu ne peux plus pleurer. Les mots ne sont plus que des mots. Ce qu’il faudrait, c’est trouver le sens et juste l’envoyer. Juste balancer le sens à l’autre et c’est tout. Juste ça. Ne plus se forcer à expliquer ou à quémander de l’écouter, juste recevoir. Ressentir dans le plissement des lèvres de l’autre que l’information est reçue. Qu’il ne sert à rien de dire. Tout consommer avec mesure, avec modération et renoncer à l’ivresse, à l’oubli, à l’excès. Rester prostré dans un rapport sain et aseptisé.

Ça se termine toujours sous la pluie parce que sinon la lumière est trop forte et divulgue les tristesses et les souffrances. Et qu’il faut être fort et courageux, honnête et droit, franc et sincère. Dévoiler ses sentiments, ses envies, ses désirs. Alors je tangue. Je perds mes illusions. Avouer ses fautes ne consiste pas en un effort, c’est une torture l’aveu de faiblesse. Alors garder contenance et substance. Rester stoïque face aux tempêtes. Considérer les naufrages comme des aventures et les fins comme de nouveaux départs.

Ça se termine toujours sous la pluie parce que l’eau semble purifier des péchés et des travers. Balayer l’ennui et les méandres marécageux des scories inavouables et inavouées. S’en prendre aux orages et au tonnerre parce que, eux, seuls peuvent encore combattre contre cette haine, ce dégoût, cette force qui vient d’ailleurs et qui guide vers l’indicible, vers le chaos. Et rester droit. Debout. Contre les vents et marées, contre les embruns et les neiges, en face, front contre front, yeux dans les yeux, et avancer.

Ça se termine toujours sous la pluie parce que c’est après que vient le beau temps, l’espoir, et la libération. Que c’est parce qu’il y a des souffrances qu’il y a des répits et des joies. Des bonheurs fugaces parce que le reste n’est que houle et aveuglement. Être giflé par les coups des averses, griffé par l’eau qui blesse et sortir sec et indemne parce que rien ne doit faire chavirer. Le bateau rentrera au port parce que le port, c’est la paix recherchée. Et je tangue mais je ne sombre pas.

Le mec qui a inventé l’ampoule n’était pas une lumière…

À quels moments c’est parti en couilles? À quels moments nous sommes nous dits que tout allait bien? Que ça fonctionnait parfaitement? Que s’est-il passé pour que nous acceptions tout cela? Est-ce que poser les questions permet d’avancer ou de progresser? Comment ne fonctionne pas ce monde?

Il n’est pas de mon pouvoir de répondre à ce type de questions parce que je n’ai pas le pouvoir pour donner des réponses politiques ni les connaissances pour donner des réponses philosophiques. Il ne s’agit pas de critiquer ou de juger qui que ce soit juste de se dire que ce n’est pas ce que nous voulons, surement pas ce que nous voulions. Le dire ne changera rien, mais il n’est pas pertinent de le garder pour soi.

Tout ce qui est écrit ne peut pas être du plus bel écrin et parfois se fait sentir la juste nécessité de briser le silence, de dire et d’évacuer un peu ce qui pèse sur le cœur et l’âme sans se soucier d’un quelconque effet de style ou de chair. Faire simplement part de son incompréhension, et là, je ne comprends pas. Ce n’est plus un caprice d’enfant. c’est de l’incompréhension. Il faut continuer. Avancer, grandir, évoluer mais rien n’a véritablement de sens. Alors, mieux vaut ne rien dire sur quoique ce soit puisque, de toute façon, le moindre propos, la moindre parole sera mal interprétée parce que ce qui compte désormais, ce n’est plus le sens, c’est la polémique et, à la rigueur, la personne qui le dit. L’émetteur devient plus important que le message et comme le message vient de certains émetteurs, ils sont de toute façon interdits. A force d’interdire, ils finiront bien par se taire ceux qui n’ont pas le droit de parler.

Exactement comme le mec (ou la nana) qui a inventé les ampoules à double encoches. A quel moment a-t-il ou t-elle changé des ampoules dans sa vie pour inventer un système aussi pourri? Parce qu’il est là le fond du problème. On t’oblige à avoir une boite d’ampoules dans ta bagnole sinon tu es verbalisé, mais quand l’ampoule grille, tu t’aperçois que tu ne peux pas la changer parce que ta main ne passe pas. Il faut démonter le bloc lumière. Mais si tu étais garagiste, ça se saurait!

Vu et revu de crèche 2 (et ça ne va pas plaire à tout le monde, en fait ça ne va plaire à personne… )

Houlà houlà… là y a eu fâcherie! 70 % de remise sur le nutella waouh!…. Plusieurs sentiments se croisent et s’entrechoquent… en réalité, 2 oppositions qui luttent dans la même idée… Dans un premier temps, les gens sont dingues de se taper dessus pour une pâte à tartiner bourrée de saloperies et écologiquement catastrophique, c’est quand même bien minable. Et on se gausse devant la connerie de certains qui en sont venus aux mains pour ces quelques bocaux. Ok cette analyse est simple et efficace, quoique efficace, cela reste à démontrer. Toutefois, cette manifestation de folie collective est représentative de bien d’autres symptômes selon moi.

Le fait de soudain se battre pour un produit de grande consommation parce que celui-ci passe de 5 euros à 1.50 environ est, tout de même, révélateur d’un autre problème, bien plus sous-jascent, bien plus profond, bien plus noir. Le nutella, c’est souvent le produit qu’on achète aux enfants pour faire plaisir et soudain, faire plaisir aux gamins devenait presque accessible, faisable. Alors les gens se jettent sur l’opportunité offerte de, pour une fois, satisfaire l’enfant et le voir sourire. Acheter un produit de consommation courante à 5 euros est pour certains totalement impossible et on se moque de leur réaction lorsque soudain cela devient presque réalisable. En plus, à ce prix là, certains peuvent même envisager en prendre plusieurs pots pour reproduire le bonheur de peur qu’il se sauve. Premier temps, les gens sont fous. Second temps, les gens n’ont plus les moyens de se fournir en produits de consommation courante. Troisième temps, les gens n’ont plus les moyens de faire plaisir aux enfants sans sacrifice alors qu’il s’agit d’enfants. Quatrième temps, le plaisir se décline à travers des produits de merde. Le plaisir en devient néfaste. Cinquième temps, certains sont prompts à se moquer des gens qui souffrent économiquement sans doute parce que cela nous rassure de ne pas être dans ce cas et puis, de toute façon, comme il n’y a pas de nains dans la foule des combattants, on peut critiquer et se moquer alors qu’en réalité, cela est révélateur d’une souffrance sociale bien plus forte. Enfin, je crois.

Mais bon, il y a 50 individus qui se sont échappés d’une structure nationale et, de fait, on évacue toute une infrastructure populaire. Il ne s’agit pas de députés parce que les 50 dont je parle ont davantage d’humanité; il s’agit de 50 singes du zoo de Vincennes. On s’en fout en fait mais Paris est sous les eaux et comme d’habitude avec Paris, dès qu’il y a le moindre problème météorologique, cette ville devient un bordel sans nom et le centre de l’univers. La centralisation parisienne. On ne parle majoritairement que de ce qui se passe à Paris parce que 10 % de la population habite Paris ou sa banlieue. Soit 90 % des français qui ne sont pas sur Paris mais, en fait, apparemment, tout le monde s’en fout. La culture se passe à Paris, l’art se passe à Paris, la politique se passe à Paris. De fait, pourquoi voulez vous que ces domaines nous intéressent? Je ne sais pas ou plus ce qui se fait au niveau cinématographique, théâtral ou musical parce que je ne vis plus à Paris et, dès lors, tu t’aperçois que tous ces domaines n’intéressent en fait que les quelques bobos des arrondissements centraux. La plupart de mes potes de banlieue s’en foutaient déjà à l’époque. On nous parle des césars, des victoires de la musique, des molières… je n’ai rien vu, ni rien entendu de ce qui est nominé dans ces concours parce que, clairement, je n’en ai rien à foutre. Et même, je ne sais même pas ce qui est nominé. L’art français est devenu quelque chose sans intérêt, majoritairement subventionné par l’état, dans le cadre de perfusions permanentes pour maintenir le décédé vivant. L’art français est devenu le Bouteflika du sublime. Un truc mort qu’on fait semblant de maintenir en vie parce que ça profite à quelques uns qui sont totalement dépendants du bon vouloir économique des subventions d’état. En gros, si le peuple décidait vraiment de ce qu’on fait de son argent, beaucoup « d’artistes français » auraient du souci à se faire pour leurs vieux jours. Toutefois, avant cela, les politiques en prendraient pour leur grade alors forcément, le peuple ne décidera jamais de ce que l’on fera collectivement de son argent parce que le verrou est établi dans le but d’instaurer un statu quo. Tant que tu te bats pour payer du nutella à tes gosses, tu ne te soucies pas de la couleur des gants mapa. Même si ça pique.

Alors The voice reprend, et la Russie va dézinguer des millions de chiens et chats pour faire joli pour la coupe du monde de foot… ça, on devrait en entendre parler bien comme il faut… parce que tuer des chiens et des chats pour du foot est bien plus important que de ne même plus pouvoir faire plaisir à ses gosses… Les priorités changent. Le combat féministe, la sauvegarde des chiens et des chats, le respect de l’identité genrée ou religieuse sont prioritaires face à la mise en esclavage de la population. Il faut écrire en inclusif et ne plus employer le terme de matriarche, il faut sauver tous les animaux et les traiter mieux que des humains, il ne faut plus faire de blagues sur les juifs ou les musulmans mais détruire le code du travail, augmenter les prélèvements, ignorer le peuple, ça, ça passe crème. Le monde change et change de priorités. C’est comme ça. Let it be.

Non ho un titolo …

 

Le début se fit de nuit parce que tous les débuts naissent dans la pénombre.

Un mélange de chaleurs moites et de sécheresses humides. Indéfinissable à première vue et à premières vies. La seule autorisation, la seule errance touristique valable, c’est de se perdre. Il n’y a pas d’autres possibilités que l’errance pour vivre enfin ce que ce lieu peut donner. Et il ne donne que du sublime. Il ne sait pas faire le laid. Il ne sait plus. Même le laid, si on le trouve, est doux.

Le ciel envoyait un bleu immaculé et le soleil donnait sa chaleur et sa lumière et tout cela, faisait briller encore davantage les églises et les palais. Pourtant, les pieds nus posés sur la pierre ne ressentaient nulle chaleur, au contraire même, la peau recevait une sorte de soulagement à se poser nue sur la roche tiède. Même le sol est doux.

Le soleil aurait pu être l’ennemi et pourtant, à l’exception de quelques places qui rappellent aux touristes non avertis qu’ici, c’est le sud, il n’y a qu’ombres et courants d’air qui circulent dans le dédale des passages. Parce qu’il n’y a pas de rues. On ne peut appeler cela des rues. Il y a des chemins marbrés ou pierreux. Des voûtes basses et ombragées. Des ponts où l’on ne passe qu’à deux… bien serrés… c’est peut être pour ça que tout cela est considéré comme le temple du romantisme… Parce qu’il y a toujours forcément promiscuité, quant au romantisme, il se cache à chaque coin de mur, il navigue entre chaque île, il circule autour de chaque église, mais au final, il n’est nulle part. Il n’est qu’un souffle à travers la ville et ses quartiers mais il n’est pas présent. Une illusion. Un indicible. Parce que même les ruelles sont des oeuvres d’art et que le soleil n’apporte que ce qu’il faut pour que le sublime rayonne.

Et puis, il y a le silence, le calme, la tranquillité malgré la foule. Trop de monde et pourtant, il n’y a personne. Tu peux te perdre sans croiser personne et te cacher dans une porte d’immeuble, dans une ruelle, dans une alcôve et t’envoyer en l’air parce que l’air est doux et le calme transpire dans tous les canaux. Ce n’est pas de l’eau. Ce ne sont pas des bras de mer ou des embouchures de rivières et de fleuves, c’est la sérénité. Rien ne peut te perturber et t’empêcher d’être parce que c’est là. C’est l’endroit. Car les fleuves sont des tempêtes tranquilles.

Au milieu de nulle part, dans une contrée improbable, marécages, moustiques, pigeons et paquebots, parait-il… et pourtant non… rien de tout cela. Juste l’impression d’être là où on doit être et comme on doit l’être. Parce que c’est ça. Se détacher de l’heure, de la chaleur, de l’humidité, du silence ou du bruit, simplement parce qu’il faut profiter de cet ici qui ne peut être ailleurs.

Et au milieu….

Des ponts qui débouchent sur des places qui accueillent des églises toutes plus mystérieuses, improbables, belles, anarchiques au milieu d’un flot de lumières même sous la pluie et derrière, un autre pont… et le long, des palais parce que les bâtiments s’appellent palais et qu’ils te rappellent à chaque pas qu’ici tu n’es pas ailleurs, tu n’es pas n’importe où. Tu es sur une forêt renversée. Tu marches sur les cimes des arbres qui n’ont jamais été là entre les branches et les feuilles. Tu marches sur la boue, tu t’enfonces sur la vase et pourtant tu flottes au sommet des arbres pour voir les montagnes au loin qui te contemplent, paisibles. Parce que la forêt est sucrée.

Chaque pas s’accompagne d’une musique et d’un chant divin. Chaque regard s’accroche à un chef d’oeuvre inconnu parce que déjà oublié. Chaque toucher s’imprime dans la peau à cause de la douceur des pierres, du charme des vents, des appels de l’écorce des arbres. Chaque fruit dépose le sucre du soleil au fond de la bouche comme un nectar de vie, une potion magique alors que ce n’est que de l’eau. Chaque odeur ressemble désormais à la quiétude du lieu et se mêle au reste du décorum. Tout est harmonie parce que tout est silence au milieu du vacarme de la vie et des attenzione qui résonnent au passage des vrais gens. Parce que tout est rêverie, et tout recommence.

 

Venise, hiver (texte invité)

Venise, hiver
Dans le reflet irrégulier du vieux miroir piqué nos visages usés par la ville et par la marche, nos yeux fatigués d’avoir trop vu et trop appris semblent s’effacer doucement dans la lumière tamisée du café Florian, figé dans une éternité d’élégances surannées; à côté deux antiquités trés “années trente” papotent, évoquant des souvenirs d’amants, un faux ersatz de sexe évanoui, une vie archivée derrière le masque de la vieillesse.
Mon fils me parle du brouillard, et de notre quête d’une cour secrète tant espérée et finalement trouvée aux derniers feux du crépuscule grâce à un chat bavard qui nous présenta à son puits préféré en des mots étranges seuls connus des aventuriers de la cité.
Venise est un mirage de ville posé entre les flots obscurs et une brume qui parfois paraît éternelle. Une ville sert de paravent à une autre ville, sitôt que l’on s’éloigne des voies d’eau pour ne cheminer que par les ruelles et les cours humides.

Salons XVIII°s du Florian. Un temps arrêté sur l’élégance.
Jamais je n’exprimerai assez ma reconnaissance à Hugo Pratt, qui fut mon premier guide dans le labyrinthe vénitien, et dont je relis toujours avec profit la Fable de Venise, son parcours initiatique et secret au-delà de la vitrine banalisée de la place Saint-Marc. Je me souviens d’une soirée, là encore avec mon fils cadet, dans ce repaire du monde trés particulier de Corto Maltese qu’est le petit restaurant A la Rivetta, où nous découvrîmes avec délice les spaghetti à l’ancre de seiche, avant, dans l’humidité noire des passages, seuls vivants passant au travers des fantômes de la gloire évaporée d’une ville au bord du monde, de mettre nos pas dans ceux de Corto pour rejoindre en trois heures de marche notre auberge prés de Cannaregio.
Nous sortons du Florian, la ville nous attend, cette nuit pas question de dormir, des silhouettes diffuses et instables nous guident vers le Grand Canal, bientôt nos pas résonnent seuls sous des arcades soutenant la nuit près de la Pescheria. Mon gamin et moi nous perdons avec joie dans cette obscurité où se devinent des églises somptueuses et d’où surgissent de la pénombre et de nos souvenirs les visages masqués de Casanova, de Goldoni et de Sollers…
Saintes, 10 Novembre 2017.

Dans les pas de Corto…
PHOTO HAUT: Grand Canal, hiver…