Les mains dans les poches pour les vider

Le temps était passé et les blessures auraient dû ou pu être évacuées. Et pourtant… il y a cette faculté humaine incroyable qui consiste à occulter les vrais beaux moments, parce qu’en réalité, la souffrance est proportionnelle à la beauté du moment. En fait, ce qui blesse le plus, c’est que je vis un moment heureux et, qu’au moment où je me rappelle cette personne, ce moment, je vois que cela n’arrivera plus. Elle est là la souffrance. La présence de l’autre n’existe qu’à la hauteur de ce qu’il a laissé. Le plus souvent elle d’ailleurs. C’est ainsi que je sais réellement ce que l’autre vaut dans ma vie. C’est dans l’absence que je mesure la place que l’autre avait prise ou que je lui avais donnée ou laissée. Et avec le temps, je vois finalement que l’autre n’avait qu’une place momentanée. Tout cela est une évidence mais ça va mieux en l’écrivant. Ainsi, l’autre n’a d’importance que dans celle que je lui donne. Il est donc aisé finalement de ne pas souffrir de l’autre à partir de cette prise de conscience. Profiter uniquement de l’instant présent, ne pas se reposer sur un quelconque acquis parce que concrètement, il n’y en a pas. Promettre un amour eternel, une amitié inoxydable et finalement passer à autre chose, à un autre individu, parce que c’est comme ça. Finalement ce n’est pas la présence de l’autre qui manque, c’est juste les moments partagés avec l’autre qui font que les souvenirs existent. Alors selon chacun, la place des souvenirs est plus ou moins importante apparemment. Je reconnais que je me souviens de beaucoup de choses mais justement parce que j’accorde beaucoup trop d’importance à des gens qui, au final, n’en ont pas. Alors ce peut être le besoin de se sentir aimé ou juste apprécié ou une mémoire exceptionnelle mais quoiqu’il en soit j’apprends à faire en sorte que ceux qui ont construit ces marques, ces traces soient présents parce que je ne parviens pas à les supprimer mais deviennent sans importance parce que finalement ils n’en ont pas. De l’ami ou de l’ancienne amante qui revient ponctuellement, on est juste dans l’insupportable incohérence du truc qui est que ces personnes ne valaient pas la peine que j’en ai et vice et versa.

5 réflexions au sujet de « Les mains dans les poches pour les vider »

  1. Tu es toujours présent. Notre solitude commune n’en est pas vraiment une. Et il ne neige toujours pas l’été, même si ça n’etonnerait plus personne.

    1. ce qui est abandonné a toujours une présence. Cela peut être la culpabilité, ou le dégoût de soi ou de l’autre. La solitude permet au moins de comprendre ou de relativiser ce qui vraiment a de l’importance. De comprendre que ce qui compte vraiment c’est de pouvoir faire confiance à l’autre ou de se faire confiance. Le sentiment de trahison et de mépris qui accompagne les abandons ne vaut pas vraiment la peine d’être vécu. Il vaut mieux en définitive se sentir seul et même l’être mais ne pas sentir en permanence l’épée de Damoclès tournoyer au dessus de sa tête. Se demander en permanence à quel moment l’autre plantera son couteau entre les deux épaules. Ce qui a été fait une fois peut être refait… Tout passe même si ça fait mal mais les épreuves traversées pour que ça passe, a t’on réellement envie de les revivre à nouveau? Une fois que tu es trahi, et bien, que ce soit en amour ou en amitié, même si je trouve que c’est pire en amitié, comment refaire confiance au traître? Ce qui complique encore le pardon… parce qu’on peut toujours pardonner en fait, c’est l’incompréhension. Quand soudain, sans raison, tu es trahi, sans savoir pourquoi et sans comprendre pourquoi… quand tu ne reçois aucune explication mis à part du mépris… tu deviens fragile et dur à la fois, insensible et distant pour tous et tout le temps… On ne sait jamais les douleurs qu’on cause à l’autre mais elles sont toujours plus profondes que ce que l’on imagine. Et il ne neigera pas cet été parce qu’une fois que tu te sens trahi, cette histoire s’apparente à l’hiver… elle n’est plus source de surprise météorologique du coup…

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