La semaine politichienne de Smig – Des nazes, des branquignols, des pagliacci…

Oh bien sûr, l’idée du « tous pourris » est une idée courte aux cheveux longs. Bien sûr, elle ne saurait représenter l’intégralité des responsables publics. Toutefois, comme le décrit depuis des années Philipe Pascot, le pp, l’impunité dont les élus et autres édiles ont bénéficiée depuis tant d’années, arrive à la croisée des chemins. Je ne vais pas refaire la liste ici des diverses malversations d’élus de tous bords. Toutes ces affaires, des plus emblématiques comme Guéant, Ferrand ou Cahuzac, comme les plus insignifiantes, de passe droits affligeants sont autant de mauvaises herbes semées dans un jardin déjà bien en jachère, depuis si longtemps.

Certes, les malheurs collectifs ne sont pas seulement dus aux responsables publics. Toutefois, tout est affaire de symboles et ceux-ci sont meurtriers. L’ambivalence des discours et des actes commence à véritablement se voir et à peser lourd sur les échines déjà meurtries de la plupart des habitants de ce pays. Exiger les efforts quand on s’octroie des privilèges alors que ceux-ci étaient, parait-il, abolis, devient inaudible et je dirais même, enfin cela devient inaudible!!!

Oh bien sûr, la gabegie Jouanno n’est qu’un épiphénomène. Elle est énarque et a donc fait le nécessaire pour bénéficier de tels salaires. Certes. Néanmoins, personne ne peut cautionner une telle rémunération, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord il s’agit d’argent public et donc, de notre argent. Ce type de rémunération ne peut plus être légitime dans un pays en faillite pour reprendre les termes d’un autre escroc notoire qui échappe à tout, pour l’instant. Ensuite, la teneur même de l’emploi semble particulièrement discutable. Un comité théodule dont personne ne voit jamais les résultats. Une sorte de commission occulte. Enfin, il s’agit d’une personne fonctionnaire qui se permet de refuser une mission d’état. Dans une entreprise privée ceci serait considéré comme une faute grave. Les conséquences pourraient varier mais elles ne seraient être absentes comme c’est le cas actuellement.

En résumé, elle touche dix fois environ le salaire d’un professeur des écoles pour diriger une commission dont personne ne sait à quoi elle sert et qui se permet de refuser des missions d’état. Indéfendable.

C’est le grand bénéfice qu’on peut déjà tirer de ces 9 semaines de colère jaune. Les comportements, les avantages, les magouilles, les crapuleries sont désormais épiés, dévoilés et commentés. Beaucoup ne laissent plus rien passer et il se trouve que cette mandature est du pain béni pour constater tous les jours les dérives.

Chaque député, chaque ministre semble être entré dans un cercle ou jeu qui consiste à sortir le plus inique que son collègue. Il y avait la promesse d’exemplarité et le constat final est affligeant. Il fallait marcher pour être dans le coup et finalement, ça court dans tous les sens comme des oies sans têtes.

Alors évidemment, on peut s’interroger sur ce soudain mécontentement au sujet de ces comportements inadmissibles mais la facilité des réseaux et de l’envoi de sources permet de tout savoir, le vrai comme le faux, le bon comme le mauvais, le propre comme le sale et finalement, on sait ce qu’on ne voulait pas voir auparavant.

Cette soudaine lucidité touchant un grand nombre ne remet pas en cause le privé. On peut même s’interroger sur l’absence, si marquée de contestations autour du privé alors qu’il représente la majorité des emplois. La raison essentielle tient dans le fait que le système libéral et capitaliste fait que le quidam n’a aucun pouvoir ni aucune prise sur les enjeux du privé. Les modes d’action pour contraindre le privé sont marginaux et complexes: dénonciation et boycott éventuellement, mais qui gênent peu finalement. Tout le monde sait ce que Nike, Coca ou autres font et pourtant, les méthodes de contestation restent valeur négligeable sur les chiffres d’affaire.

Les contestations, contrairement au siècle dernier, se portent désormais sur la sphère publique parce que, enfin, le grand nombre a compris que c’est là que son action pouvait avoir un poids. Les méthodes de lutte contre le privé ne permettent rien parce qu’il est incontrôlable ou alors il s’agit de remettre en cause la propriété privée pour que ne subsiste que la propriété d’usage, mais ça, il semblerait, que peu soient prêts à ce changement philosophique.

Les patrons étaient vus comme le mal et comme de vils profiteurs mais l’accès à une plus grande connaissance des effets économiques a permis de comprendre que rien ne changera, si on ne change pas totalement de système.

Alors on peut faire valoir la haine, le dégoût, le mépris, le dédain, l’indifférence ou même la violence contre les patrons mais on sait déjà que ça sera inutile. Par contre, il est à craindre que maintenant que les enjeux sont entendus, la haine et peut être même la violence, se retournent contre la puissance publique et chaque jour davantage.

Nous avons collectivement un pouvoir sur nos employés, nous n’avons aucun pouvoir sur le privé. Pour obtenir une once de pouvoir sur le privé, il faudrait avoir le contrôle du public pour rédiger des lois contraignantes puisque, aujourd’hui, nous n’avons même pas ce pouvoir.

De fait, les mouvements sociaux ne tournent plus sur une occupation d’usines ou même une rétention de managers. Les événements connus dans le passé ne reviendront plus et l’on se dirigera plutôt davantage sur du coercitif vis à vis des élus ou représentants, c’est à dire là où nous pouvons avoir un poids. Un peu.

Le capitalisme est devenu une valeur et une philosophie refuge par manque d’ambition politique. Sans doute manque de rêve politique plutôt. Il a fallu glorifier les réussites capitalistes parce qu’elles permettaient aussi de couvrir les exactions des politiciens et qu’elles faisaient semblant de donner un rêve bleu aux gueux.

Aujourd’hui, ces représentants qui ne représentent plus, affichent des désirs de starlettes, des comportements d’enfants pourris gâtés, des actions totalement déconnectées et allant majoritairement à l’encontre du plus grand nombre. Ces représentants s’affichent dans les magazines people pour étaler une réussite capitaliste qui n’en est pas une. Gagner une élection ne doit pas garantir la réussite financière parce que ça n’est pas l’enjeu et lorsque les gilets jaunes prétendent monter une liste sans programme, sans visée, sans consensus, l’arnaque au poste bien rémunéré et sans contraintes se fait jour. Député européen est devenu le bullshit job le plus rémunérateur et le plus peinard du monde. Forcément, le plus grand nombre veut en croquer. Aucun pouvoir, aucun contrôle, gros salaire et moults avantages.

Oui, les écarts de salaire ont atteint des proportions hallucinantes mais, sans remettre en cause le capitalisme, on ne peut rien y changer et remettre en cause le capitalisme, ne peut passer que par des actes politiques forts.

Ainsi, donc, de remettre en cause le pouvoir électif. Les émoluments indus ont explosé dans l’artistique pour certains cachets et dans le sport pour certains. Toutefois, ces rémunérations sont de l’ordre du privé mais, comme je l’ai dit ailleurs, il me semble que l’industrie artistique va bientôt devoir revoir son modèle parce que les subventions d’état vont, elles aussi, être remises sérieusement en cause par le vent nouveau.

Aujourd’hui, si certains footeux bénéficient de telles rémunérations, si certains artistes bénéficient de tels cachets, c’est parce que les sociétés privées acceptent de donner de telles rémunérations. Pour les hauts fonctionnaires, les actionnaires de l’entreprise état n’ont jamais donné leur accord pour de tels avantages. En tout cas, on ne m’a rien demandé.

Une des premières mesures facilement applicable serait de faire sauter le verrou de Bercy et de taxer justement comme la loi l’indique les bénéficiaires. Plus il y a d’argent, plus il y a d’entre soi et d’entre gent et moins la possibilité de taxer ou de lutter contre l’évasion fiscale est possible. Il est difficile de faire cracher ses amis, sa famille, ceux qui vous ont placé à de tels postes.

Les funérailles nationales et même ultra planétaires de certains évadés fiscaux notoires sont choquantes mais c’est du pouvoir politique que doit venir la décision de ne pas cautionner de tels agissements or comment refuser de telles faveurs à des gens que vous aviez à table ou qui, bénévolement, ont participé à votre mariage, circoncision, bar mitsva?

Pour établir une justice sociale, il ne faut pas seulement la demander, il faut qu’elle soit promulguée en haut lieu et c’est très loin d’être le cas. Il est possible de considérer que les politiciens n’ont qu’un pouvoir tout à fait relatif. C’est possible mais personne ne leur a demandé de se présenter à ces postes. Macron démission, Jouanno et fillon, rendez l’argent et les autres aussi sont, certes, des revendications maladroites mais elles sont légitimes parce qu’il s’agit de l’argent de tous et que le service rendu pour de telles sommes est loin d’être acceptable.

Alors, on peut considérer qu’il est simple et même simpliste de réclamer de nos représentants qu’ils nous représentent et qu’ils fassent enfin le job pour lequel ils ont tué père et mère.

Les pseudos représentants, de ceux qui ne veulent plus être représentés, montrent effectivement, chaque jour, davantage leur médiocrité pour ne pas dire plus. A force d’être nuls et consanguins, ça va finir par se voir.

Alors le poujadisme perpétuel anachronique s’explique de lui même puisque le simple citoyen n’a aucun pouvoir pour remettre en question un système totalement aberrant. Les missions dévolues aux serviteurs de l’état deviennent de plus en plus, totalement incompréhensibles, totalement absconses et pourtant rémunératrices.

Il y a de multiples mesures qui peuvent être prises pour constituer et garder un corps de fonctionnaires performants et pertinents: l’interdiction du pantouflage et donc du conflit d’intérêt, par exemple.

Il faut forcément distinguer le fonctionnaire, infirmiers, profs, pompiers, docteurs ou flics et ceux qui commandent et représentent tous ces personnels très souvent admirables. On va dire dans un monde presque parfait.

L’un des problèmes perçu est certes une critique du fonctionnement de la fonction publique mais aussi la gabegie de toute cette haute fonction publique, en grande majorité très nombreuse, inefficace, déficiente et extrêmement coûteuse.

De fait, les deux problèmes sont conjoints et n’en font en réalité plus qu’un. Les hauts fonctionnaires, les politiciens ne nous représentent pas ou plus, ne nous défendent pas ou plus, bénéficient de privilèges indus et indignes. Ils sont discrédités.

Les grands patrons et les entreprises du cac ou équivalent qui profitent des faiblesses d’un système pour ne pas payer les impôts, pour ne pas pratiquer de véritable RSE contraignante, peuvent se le permettre uniquement parce que le pouvoir politique est devenu faiblesse.

Il y a des demandes de justice et d’amender le capitalisme mais ces demandes sont celles du petit peuple, des petites gens et pas des nantis ni même de la plupart des intellectuels ou affiliés qui souhaitent, eux, que le capitalisme perdurent.

Le problème n’est même pas le libéralisme, il est cette tendance à ne jamais envisager d’autres paradigmes économiques que celui dans lequel le monde se débat actuellement.

J’ai fait long alors je fais une synthèse rapide mais une telle réponse ne pouvait se faire en quelques lignes et je conserve des arguments dans la besace.
Oui, les rémunérations et privilèges accordés aux hauts fonctionnaires et autres représentants non représentatifs sont incompréhensibles parce qu’il s’agit de l’argent public.
Oui, les politiciens ont de moins en moins de pouvoirs puisqu’ils se déchargent au profit d’autres institutions plus opaques encore, de ce pouvoir.
Oui, il faudrait s’attaquer aux véritables marqueurs du capitalisme mais ceux-ci sont trop ancrés dans les mœurs et dans les esprits des politiciens, les plus opaques, comme les plus visibles, que rien ne changera à ce niveau là.

La seule idée qui soit devenue consensus est que le but, pour tous, est de profiter au maximum de la bête et que, pour les autres, cette bête devienne immonde.

Il y a ce monde à deux vitesses où ceux d’en haut feront tout pour rester en haut et conserver cette position privilégiée grâce à l’entre gent et la possibilité d’écrire eux mêmes les lois censées protéger les petits qui sont la deuxième vitesse et qui n’ont pas d’autres horizons que d’espérer, un jour, toucher le premier étage de la fusée. D’un côté ceux qui étouffent par tous les moyens, de l’autre ceux qui cherchent les moyens légaux de respirer et quand la légalité devient inutile pour réaliser ses rêves alors, il ne reste plus que la haine et parfois, les pires des extrémités deviennent violence.

A force de rester sourds, d’écraser, d’humilier, de fustiger, la cocotte explose et nul ne peut plus la contrôler et là, ça sera pire que tout. Et surtout, surtout, contrairement aux époques de jadis et même d’avant, les représentations qui ne représentent plus qu’eux mêmes sont devenus des crétins, arrogants, profiteurs et même pas discrets.

Des nazes, des branquignols, des pagliacci… le pagliacisme bruxellois à toutes les sauces et surtout les plus mauvaises.

2 réflexions au sujet de « La semaine politichienne de Smig – Des nazes, des branquignols, des pagliacci… »

  1. Pas d’accord avec toi sur le déni du ‘tous pourris’. On sait depuis 2500 ans que le système électoral est un système corrupteur et corrompu. Il n’intéresse que les nantis et ceux qui sont à la recherche d’honneurs (ils seront les nobilis du 1er census à Rome). Tout le spectre de la classe politique et syndicale est voué aux gémonies. Rapidement ils comprennent – y compris les ‘révolutionnaires’ du PCF et de la CGT, qu’il peuvent en vivre, directement ou indirectement. Je pense notamment au budget de la formation professionnelle qui sert de caisse noire officielle aux partis et aux syndicats. Alors, pour la bienséance, on peut toujours les appeler des apparatchiks, mais le fond reste le même.

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