Fonctionnaire 12 – La semaine politichienne de Smig

 

La nuit commençait à tomber. Elle se décida à entrer dans une ville, se garer quelque part de reconnaissable de loin et de errer. C’était un soir comme il en arrive parfois, un soir où tous les miracles semblent possibles. Prise dans sa crise mystique réduite, elle décida de se garer sur le parking de la cathédrale de la ville, à moins que ce ne soit une basilique ou tout simplement une église. Elle se nommait Saint Antoine et elle ne put s’empêcher d’y voir un signe.

Elle avait entendu à la radio que ce soir l’atmosphère serait étrange, lourde, profonde. Au loin, elle entendait cette chanson italienne qu’elle avait réclamée. Le silence brisé par la voix chaude d’un bellâtre aux cheveux longs résonnait sur les murs de la vieille ville. Elle s’était décidée à se perdre dans les ruelles.

Elle avait roulé, longtemps, sans but, et ne savait rien de l’endroit où elle se trouvait. Elle aurait pu chercher les informations sur internet ou même faire appel à ses vieilles leçons de géographie et d’histoire mais cela n’avait pas de sens.
Ses pas claquaient sur les vieux pavés.

Elle avait l’impression d’être seule et pourtant, autour d’elle, la ville semblait en effervescence. Les chiens se répondaient à travers la ville et ponctuaient la chanson du vainqueur. Les ruelles étaient sombres mais elle se sentait en sécurité. Elle n’avait pas envie d’avoir peur.

Les chiens se racontaient des contes où la lune s’effondrait dans la mer et partout, elle voyait les gens courir de ci, de là, comme fous et possédés, comme pris par une énergie venue d’ailleurs, se précipitant pour voir la lune s’unir à la mer.

C’était un soir si doux, comme une coulée de miel, comme un nectar d’ambroisie glissant le long de la gorge. Les places et les rues étaient pleines de monde, de bruits et malgré tout, il n’y avait que le chant qui flottait dans l’air. Soudain, elle crut entendre le bruit d’un bateau dans les vagues comme pour lui rappeler que la mer l’attendait et que la lune l’appelait.

Dans les ruelles étroites, les draps, suspendus au dessus des passants, se gonflaient comme des voiles et semblaient tirer à l’unisson vers un ailleurs. La ville, elle aussi, paraissait bouger, partir, vers l’inconnu, vers ailleurs.

La ville et elle ne faisaient plus qu’une comme cela ne se peut que dans les contes miraculeux. Les voiles, ce soir, ressemblaient à ces draps de soie qui recouvrent les lits des plus beaux palais. Des drapeaux flottant dans les airs et envoyant au reste du monde les cris et les soupirs d’amour comme s’ils venaient de milliers de stades emplis de millions de gens.

Un appel lancé aux étoiles pour envoyer enfin les miracles dont elle avait besoin en cet instant. Toute la ville semblait en mouvement pour décrocher les étoiles. Tous les jardins, tous les immeubles, toutes les places volaient et les gens sortaient des bars, passaient la tête aux fenêtres ou aux coins des murs. Du simple trafiquant aux couples d’amoureux qui ne peuvent se séparer, de la mère avec son bambin dans les bras, au boulanger noyé sous la poussière blanche de sa farine, tous ressemblaient à des pirates sur les guindes de trois mâts s’activant pour atteindre la terre promise.

Et au milieu de cette ville inconnue, au milieu de cette nuit de tous les possibles, elle se dit qu’elle devait essayer, qu’il était temps, qu’il était l’heure, qu’il fallait savoir quelle étoile brillait pour elle, dans le ciel, au dessus des mers. Parce qu’elle se perdrait si elle ne trouvait pas le chemin qui la mènerait là où elle devait être. Elle aurait voulu faire attention comme un vieux souvenir de sa vie d’avant mais elle entendait ce chanteur et cette voix chaude et forte qui lui disait, à elle, et seulement à elle, que ce soir et cette ville volaient autour d’elle et qu’il fallait allumer et saisir les étoiles du ciel pour vaincre à l’aube d’une nouvelle vie.

Au loin, une lumière brillait plus fort dans la nuit, le navire approchait pour lui montrer l’étoile du lendemain. Elle se trouvait maintenant sur le quai, face aux vagues, sa déambulation au milieu des gens qui cheminaient, qui couraient de places en places pour aller voir la fusion du feu et de l’eau, l’avait menée là.

La ville bateau semblait filer, tirée par les voiles draps suspendues partout mais ce soir, dans la profondeur de la nuit, elle voyait l’homme qui chantait pour elle se lever et partir, disparaître en marchant simplement, sagement, tranquillement.

La ville vole et elle cherche son étoile.

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