Et si je devenais moi….

Depuis que le monde est monde et que j’erre en son sein, un sentiment confus, étrange mais permanent m’étreint. L’impression chevillée au corps et non démentie mais prégnante dans chacun de mes pas, de ne pas être de ce monde, de cette époque, de ce moment. Il ne s’agit pas de faire de la nostalgie de romans de gare, du « c’était mieux avant »… Déjà parce que je n’en sais rien, je n’y étais pas mais surtout parce que ce n’est pas le propos. Il ne s’agit pas de comparer les époques, les lieux, les mondes. Il s’agit juste de voir que ce monde n’est pas le mien, non pas parce qu’il est nul ou je ne sais quoi, il est ce qu’il est, mais juste parce qu’il n’y a pas la place pour moi. Peut être même pour les personnes comme moi. Que sais je? Il n’y a pas un aspect de cette société qui me semble correspondre avec ma propre construction mentale. Ce sentiment confus, mais qui me semble partagé par beaucoup, de ne pas être à sa place, si tant est qu’on puisse imaginer avoir une place. Alors, certes, ce monde n’est pas beau, mais il ne vaut pas la peine qu’on pleure dessus et ce n’est pas mon envie. Il s’agit juste de prendre conscience que ce que j’ai construit, chaque jour, jusqu’alors, en réalité, ne me convient pas. En fait, je ne suis pas moi. Et c’est cela qui en réalité me chagrine davantage que le capitalisme ou le libéralisme ou n’importe quel autre mot en -isme. Ce monde tel qu’il est, ne me permet pas d’être moi. Et ce n’est même pas sa faute. C’est parce que j’accepte les règles de ce monde qu’il a ce pouvoir sur moi. On peut toujours se dire, puisque c’est la période des résolutions, cette année, je n’accepte plus ça ou ça. Se le dire est rassurant. On a comme l’impression d’être vivant et maître d’une certaine partie de son propre destin. C’est très bien. Personnellement, j’en arrive à la conclusion que le monde tel qu’il est, n’accepte pas et ne permet pas l’authenticité. Il n’est nul besoin d’être un rebelle ou un extrémiste. Le simple fait d’être moi confine à une attitude extrême et même radicale mais cette radicalité là, je ne peux l’exprimer si je veux rester dans la société. Evidemment, comme je l’ai dit, il ne s’agit pas de dire c’était mieux avant. Il est clair que mes pensées, mes attitudes, mes envies n’auraient pas été mieux vécues ou accueillies à une autre époque. Elles auraient même, sans doute, été confrontées à une censure politique. Et c’est là que je me sens mal. C’est parce que, dans notre monde actuel, la véritable force est autour de l’auto censure. Je m’interdis d’insulter, ou de gifler, ceux qui, selon moi, le mériteraient. J’ai inscrit dans mes gènes l’obligation d’être cordial, civil, correct et donc le plus souvent, hypocrite. Au final, la seule personne que cette éducation là dérange, c’est moi. Je m’auto gène d’être le moi devenu lisse par les méfaits d’une éducation et d’une bien pensance sociétale. Alors, de plus en plus, et par un long apprentissage, je sors de ce carcan. Je sors des règles que j’ai érigées autour de moi pour tenter de construire le monde à mon image et non à celle commune de l’ensemble du monde. Ce déconditionnement ne se fait pas et ne peut se faire sans heurts parce qu’il implique la fin du gris clair/ gris foncé. Il y a obligation à être sa vérité même si elle n’est ni passionnante ni super bandante. Mais au moins, elle a le mérite d’être et de me correspondre davantage.

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