Comment faut-il être né.e pour s’exprimer en français.e?

J’aurais beau tenter d’inventer le réel qui deviendrait, ainsi, une utopie utopique d’un monde improbable et irréel, je ne me sens pas capable d’inventer un tel principe langagier qui me rappelle dangereusement, sous couvert d’une égalité illusoire et utopique, là encore, la novlangue orwelienne. Il y a moins d’une semaine, une maison d’édition, d’ouvrages scolaires, a tenté, et tente encore, je pense, de s’enrichir grâce à la parution d’ouvrages rédigés entièrement en écriture inclusive. S’ouvre alors devant nous la pente savonneuse de la dérive verbale ou scripturale qui peut, très vite, nous cataloguer dans une catégorie islamo facho nazi siouniste etc etc… je ne sais… Nous ne sommes pas dupes au point de considérer qu’il s’agisse ici du moindre enrichissement de la culture ou de l’intellect. Si enrichissement il devait y avoir, il se situe bien évidemment dans les revenus de la maison d’édition sus non nommée. On peut se demander quel est l’intérêt de cette démarche, l’enrichissement de cette maison ne doit pas camoufler le véritable sujet qu’inspire cette parution. Evidemment, on fait du business sous couvert d’égalité… mais quelle égalité? Cette méthode apparaît à mes yeux plutôt comme un pare feu qu’autre chose, et si l’égalité passe par la destruction du sens, alors l’égalité est bien peu de chose, mon amie la rose. Il est de notoriété publique, parait il, que notre langue est l’une des plus difficile à apprendre et à maîtriser. C’est possible. Comme ce niveau de difficulté ne suffit pas, on ajoute une complexité complexe et surtout complexante, créatrice de complexes, en mélangeant tout, pour le plaisir de quelques uns. Bien évidemment, à l’exception de quelques décérébrés mentaux d’un acabit humanoïde aléatoire, tout à chacun est partisan de l’égalité, mais être partisan d’un concept ne signifie pas pour autant tomber dans le ridicule et là, on y est. Les français ont du mal avec leur langue et bien, on s’en fout, on multiplie les difficultés.

La langue française a été construite sur la supériorité du masculin sur le féminin. Je n’y suis pour rien, c’est un fait. Il faut alors critiquer Clément Marot et ses goûts pour la langue italienne (et par essence, pour le latin antérieur vulgaire). Je ne sais si cette idée stupide provient d’un quelconque lobby trans genre fémino sexiste, polythéiste, polygame, polychrome, mais là, on est au delà des réseaux de bonne tenue. Il est des combats qui sont nobles par les phénomènes qu’ils dénoncent. Il en est d’autres qui deviennent ridicules de part les extrémismes qu’ils installent. Cette dérive du tout égalitaire doit elle se retrouver dans les pages de la littérature? en effet, pourquoi Hugo, Proust ou Balzac ne récriraient pas l’intégralité de leurs œuvres en accordant à tous les genres disponibles? Pourquoi Molière, La Fontaine ou Dumas n’accepteraient-ils pas de considérer enfin la femme comme l’égale de l’homme dans la langue? Alors on pourrait me répondre: « Ducon, parce qu’ils sont morts! »… cette réponse suffit à elle-même pour souligner l’absurdité de ce combat. Ce combat, on le retrouve également dans les œuvres choisies pour le bac. Il faut impérativement, selon certains, mettre, de manière paritaire, des textes rédigés par des femmes. Très bien. Super idée de merde. L’histoire de la littérature française est patriarcale et ça compte dans son enseignement. Je ne dis pas que c’est bien, je dis que c’est ainsi. Que pendant très longtemps, il fut interdit aux femmes d’écrire, sauf si elles appartenaient à la noblesse, et certaines, bien sûr, le faisaient en cachette. Ainsi, nous avons peu de femmes de lettres en proportion et comparaison aux hommes. Cela ne signifie pas que nous ne devons pas enseigner les textes rédigés par des femmes mais dans la construction d’un cours, il y a déjà suffisamment de contraintes à respecter pour ne pas s’ajouter celle du genre. Un texte est choisi à l’étude pour la pertinence de son propos et non pour les préférences de l’auteur, ou son sexe, ou sa couleur, ou son origine, ou sur sa coupe de cheveux ou sur ses résultats au 100 mètres brasse. Ou alors, cette préférence devient la thématique ou la problématique du cours, séance, séquence et devient dès lors un autre support d’étude.

En cherchant à égaliser tous azimuts, on en oublie les combats essentiels (les violences faites aux femmes, les salaires, les injustices…) et on focalise l’attention sur les différentes terminaisons possibles du participe passé selon le genre qui doit être le genre de tous, en même temps. On est bien dans cette culture du en même temps. Objectivement, si la priorité est de publier un livre totalement illisible sous couvert d’égalité des genres alors, définitivement, la France va super bien.

L’image contient peut-être : texte

6 réflexions au sujet de « Comment faut-il être né.e pour s’exprimer en français.e? »

  1. De prime abord, je suis plutôt en accord avec ce qui est dit à propos des quotas d’auteures féminines au baccalauréat (… auteures féminines … ou quand la langue française nous pousse à la tautologie). Chercher à caser à tout prix des auteures pour étudier des périodes passées où elles étaient largement sous représentées relève quasiment de l’anachronisme historique. Et en même temps, (la main sur le coeur toussa toussa) il convient de rester attentive. (Cette dernière phrase était purement gratuite et futile … disons … purement politique … disons … purement essentielle (tautologie, je t’aime), essentielle comme toute chose gratuite et futile en outre …)
    Concernant la « supériorité » du masculin dans la langue française; effectivement, je conçois qu’il ne s’agisse que de conventions grammaticales et que, finalement, de manière triviale, on pourrait tout à fait s’en battre les couilles (… en prenant soin de ne pas stigmatiser les ovaires par la même occasion, bien évidemment). Pourtant, mon goût immodéré pour la justice, qui me vient de mon arrière-arrière-grand-mère paternelle qui a refusé de se plier aux conventions de son époque et qui a déclaré tout de go un matin nuageux de septembre : « lés oumes, o rousine quant o cause pas », qu’on pourrait traduire par « les hommes, ils ne font pas grand-chose à part parler » … je mégare … et j’illustre sa sagesse par la même …
    En fait, ce qui me chiffonne, c’est l’emploi du terme « supériorité » et tout le champs lexical qui va avec, par exemple, comme dans l’expression hautement pédagogique (… ou didactique, je confonds toujours les deux) : « Le masculin l’emporte toujours sur le féminin ». Qu’est ce qu’il est fort ce masculin quand même. C’est pas comme ce fichu féminin que l’on traine comme un boulet depuis des millénaires. Rendez-vous compte, par exemple, dans la phrase, « un homme et mille femmes étaient bien embêtés de cette situation », eh bien, il y a beau avoir mille femmes, le seul homme concerné suffit, par sa supériorité naturelle, à imposer son genre à l’embêtement. N’est-ce pas tout bonnement mirifique ?
    On pourrait très bien trouver d’autres mots pour remplacer ce vocabulaire de la gagne. Au lieu de parler de supériorité du masculin, on pourrait utiliser le terme de prévalence, qui a une connotation bien plus conventionnelle que monsieur supériorité et ses muscles saillants. Car, ne nous y trompons pas, quand un professeur des écoles assènent à une classe la phrase suivante « Le masculin l’emporte toujours sur le féminin ». Elle aura beau préciser que cela ne concerne que la grammaire et ses conventions gratuites (… donc essentielles …), dans l’oreille d’une petite fille de même pas dix ans, cela sonnera comme une terrible injustice.
    A ce propos, lire l’excellent article de Titiou Lecoq, qui propose d’ailleurs le retour à l’accord de proximité, règle qui était en vigueur jusqu’au XVIIe siècle; quitte à être conservateur, autant l’être jusqu’au bout. Sinon, on a qu’à dire que l’on accorde soit au masculin, soit au féminin, et que l’orthographe, finalement, c’est pas si grave. Masculin ou féminin, on fait comme on veut en fait. La théorie du genre n’a pas finit de faire parler d’elle … la coquine …

    http://m.slate.fr/story/151880/masculin-emporte-toujours-feminin

  2. je suis assez d’accord au final pour considérer que l’orthographe est mère de tous les vices (et versa) et qu’à force de tourner en rond on tourne à vide alors féminin ou masculin quelle importance faisons tous les accords en trans genre et selon la force du vent et l’humeur du jour et les notes des dictées s’en trouveront logiquement augmentées… d’autant que au final pourquoi une couille alors que ça n’est qu’un appendice masculin? ou un ovaire ou un sein alors qu’objectivement naturellement ça n’appartient qu’aux femmes? donc à mort les genres et vive le neutralisme ou neutralité (comme ça pas de faché.e.s.es) on met comme on le sent et c’est beau…

Répondre à Sabine Aussenac Annuler la réponse.