Pensées et discussions à l’aire de la nationale (22) ou dialogue de l’auto fou

 

– T’en as pas marre d’écrire tout le temps des trucs que personne ne lit ?

– C’est seulement parce que je garde espoir… Je sais, je suis con…

– Tu gardes l’espoir que la personne à qui tu jettes toutes ces bouteilles à la mer, lira un jour ça, alors que ça fait déjà un moment qu’elle est passée à autre chose et qu’elle a même oublié jusqu’à ton existence.

– C’est bien pour ça que je parle d’espoir, sinon je parlerais d’évidence.

– L’évidence c’est que t’es en train de passer à côté de tout parce que les gens ne savent pas ce que tu es et ce que tu vaux.

– Ouais, alors, quand les gens me montrent ce que je suis et ce que je vaux, en général, ça ressemble à une bonne grosse bouse et de toute façon, ça se termine mal.

– Ça, c’est seulement parce que c’est ce que t’as envie de croire.

– Ça fait bien longtemps que l’idée même de croire en quelque chose est morte chez moi.

– C’est pas vrai puisque tu crois qu’elle lit tes merdes.

Elle rit. Elle avait raison et je la haïssais d’avoir raison. Il fallait que j’aille pisser comme pour évacuer les dernières lueurs d’espoir que j’avais.

– T’as raison, cache ta honte.

– J’ai pas honte, je vais pisser.

– Tu appelles ça comme tu veux.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (21) ou dialogue de l’auto fou

– Pourquoi tu n’aimes pas les gens ?

J’avais été surpris, au premier abord, par cette assertion. Je gardais le silence, les yeux braqués sur le vide en face de moi, perdus dans les vagues. Je n’avais pas de réponses audibles en réalité. Ce n’est pas que je n’aimais pas les gens, même au contraire, c’est plutôt que je n’arrivais pas à supporter les trahisons aussi bien que les autres. Beaucoup de personnes surmontent, passent au dessus, vivent avec. Personnellement, je n’y arrivais plus.

– Pourquoi tu n’aimes pas les gens ?

Il avait fallu que la question se pose à nouveau. Je n’aimais pas forcément être odieux mais, depuis quelques temps, ça me venait naturellement puisque je n’avais plus d’attaches, je m’autorisais, enfin, à vivre ma vérité.

– Pourquoi tu n’aimes pas les gens ?

Je gardais les yeux dans le vide et si j’avais eu une clope, j’aurais tiré dessus, alors je me résolus à seulement prendre une gorgée de ce bourbon dégueulasse qu’on avait volé à la station. Le goût était infect mais la brûlure de l’œsophage montrait bien que l’alcool était suffisamment fort pour que j’oublie que je dormais sur une banquette arrière.
– Pourquoi tu n’aimes pas les gens ?

– Parce qu’ils ont toujours l’art de me poser des questions de merde quand je n’ai qu’une seule envie: pleurer en silence.

– OK c’est bon, je ferme ma gueule.

– Maintenant tu peux l’ouvrir, ma tristesse est passée, elle reviendra plus tard.

– J’ai plus rien à dire, tu m’as coupé dans mon élan.

Je tournais la tête et je l’observais. Je ne l’avais vraiment jamais regardée et je compris, en cet instant, que c’était encore une chose que j’avais manquée.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (19 et 20) ou dialogue de l’auto fou

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (19) ou dialogue de l’auto fou

Evidemment, si j’avais la force, je verserais quelques larmes… Trop de raisons pour ça en fait, mais même plus envie de ça finalement… En tout cas, le reflet des étoiles dans la mer, ça a vraiment toujours de la gueule et ça, ça vaut la peine de verser des larmes. Il reste de belles choses au milieu de tout ça et dormir là où on se pose, avec une couverture d’étoiles posée sur le corps à moitié nu, sur le capot finalement, seul, un sourire aux lèvres en attendant la suite, pendant que les moustiques se régalent, ça finit par faire sens et celui-ci n’est peut être pas interdit.

 

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (20) ou dialogue de l’auto fou

– J’ai remarqué que tu t’assoies toujours sur ton capot pour méditer.

– Disons que c’est quand même plus agréable de le faire le cul au chaud.

– Ouais mais là il fait 30 degrés quand même. Tu ne peux pas dire que t’as froid.

– J’ai pas froid mais quand je suis sur mon capot, tu crois que je médite et alors tu fermes ta gueule et je t’assure qu’il y a des moments où je préfère me brûler les couilles et le cul que de t’entendre.

– Mais c’est super méchant ça oh!

– T’as vu quelque part un contrat qui m’oblige à être sympa avec toi?

– Non mais il serait temps de le faire ce contrat.

– Je vais méditer sur la question sur mon capot là.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (16, 17 et 18) ou dialogue de l’auto fou

 

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (16) ou dialogue de l’auto fou

 

A force d’attendre des signes, je vais vraiment finir par lire dans le marc de café… ça marchera aussi bien, c’est à dire pas du tout mais au moins, j’aurais un truc chaud dans le ventre.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (17) ou dialogue de l’auto fou

Une chose positive dans le fait d’écrire ou de parler dans le vide, c’est que tu peux dire ce que tu veux, personne ne vient te faire chier avec des commentaires pourris que de toute façon, tu n’as pas envie d’entendre ou de lire… Le truc négatif, c’est que plus les jours passent, plus tu es totalement hors du monde… Ah non, en fait, finalement, c’est positif ça aussi

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (18) ou dialogue de l’auto fou

En fait être inutile, ça te rappelle vraiment que tu n’es indispensable pour personne, même pas à toi… L’idée, c’est de se rendre utile à quelque chose, parce que se rendre utile à quelqu’un, dans le sens indispensable, c’est surtout une chimère et une belle connerie que nous ont vendue les livres. Et comme tout ce qui est matériel est futile, se rendre indispensable ou même utile, sur du futile, ça apparaît très con quand même, ou bien c’est moi ?

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (13, 14 et 15) ou dialogue de l’auto fou

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (13) ou dialogue de l’auto fou

 

Alors d’habitude, j’en ai rien à foutre de rien… C’est acquis mais alors en ce moment, savoir que le marseillais est meilleur toubib que le parisien, ou pas, savoir que le gars de Tourcoing peut très bien gérer sa ville et un ministère puisque Tourcoing n’est plus en France depuis ce vote, savoir que Aulas veut jouer la coupe d’Europe avec une équipe en carton, que Camilla (pas Musso) se ferait contrôler et que ça lui fait peur, qu’il y a encore des gens qui croient en l’UE, au marché commun et à toutes ces conneries … j’atteins des zones insoupçonnées du je m’en foutisme primal. C’est quand même ça qui est bien dans la décroissance imposée, c’est que très vite, les vraies choses reprennent leur place et que les réponses apparaissent limpides. Franchement, vivement ailleurs parce qu’ici, ça craint velu mais définitivement je crois.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (14) ou dialogue de l’auto fou

En fait, ce que j’apprécie en ce moment, c’est que je peux parler sans m’autocensurer ou être censuré, ça me change carrément… Après, y a que moi qui m’écoute, alors j’ai du mal à me couper la parole. Et j’ai quand même encore des scrupules à me dire : »ta gueule ».

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (15) ou dialogue de l’auto fou

Soudain, là, à regarder les vagues, sur je ne sais quelle plage (j’ai oublié le nom du bled), je me souviens que les aiguilles de l’horloge avancent vite. Un frisson causé par une rafale de vent plus frais. La nuit. Une multitude d’étoiles scintillant au dessus de moi et là, la prise de conscience qu’il reste à peine 3 semaines de survie et qu’après, s’ouvriront, en grand, les portes de l’enfer. On s’amuse, on rit, on pleure, on survit mais la réalité revient toujours nous rappeler que toutes les choses ont une fin et que les meilleures cessent plus vite que les autres. 21 jours et après … les portes se fermeront derrière moi, encore une fois, et forcément à chaque fois, c’est de plus en plus violent et de plus en plus improbable de les rouvrir.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (10, 11 et 12) ou dialogue de l’auto fou

 

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (10) ou dialogue de l’auto fou

 

– Mais tu fais vachement plus jeune que ton âge en fait

– Non mais ça, c’est depuis que je suis seul et que j’ai maigri

– En fait, t’es une sorte de Jean Jacques Goldman quoi

– Alors comme ça, à froid, je vois pas le rapport mais ouais, si tu enlèves le fric, les diplômes, l’âge, le talent, les cheveux, le pognon, la renommée, les nanas, le poids, la notoriété, y a équivalence ouais…

– T’as dit deux fois pour l’argent

 

 

 

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (11) ou dialogue de l’auto fou

 

– Et après, tu vas où ?

– J’irais bien là bas, ailleurs en fait

– Et c’est loin ça ?

– C’est toujours loin quand t’es tout seul

– Tu vois, tu fais encore ton Goldman

– Tu vois, j’ai toujours pas compris le rapport mais si tu le dis …

– Bah, tu marches seul

– Je suis en bagnole, je marche pas …

– Ouais mais si tu fais aucun effort d’imagination aussi !

 

 

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (12) ou dialogue de l’auto fou

 

Et au milieu de tous ces paysages et de toutes ces nuits, je vais chercher à découvrir quelle étoile tu es. Pourquoi devrais-je me perdre si je comprenais enfin que ce soir, tu ne seras pas là ? Je reviendrais peut être demain et les nuits suivantes puisque forcément tu brilleras un soir uniquement pour moi

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (7, 8 et 9) ou dialogue de l’auto fou

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (7) ou dialogue de l’auto fou

Alors, l’idée qui consiste à croire que c’est au moment où tu n’y penses plus que les choses, finalement, arrivent, c’est aussi débile que de se dire que parce qu’on ne bouge pas, la guêpe ne nous piquera pas. La guêpe ne te piquera pas si tu lui fous la paix, ça n’est pas bien compliqué à comprendre. De la même façon, si tu veux que les choses arrivent, ce n’est pas en leur foutant la paix qu’elles vont frapper à ta fenêtre. Et au milieu de cette nuit dans la cour des miracles, je vais bien finir par trouver l’étoile que tu es, puisque je cherche. Il n’y a qu’en cherchant qu’on trouve sinon ça s’appelle un hasard et comme le hasard n’existe pas …

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (8) ou dialogue de l’auto fou

– C’est parce qu’il fait chaud que tu dors sur le capot de la bagnole ?

– Ah non, mais pas du tout, comme j’ai perdu 17 kilos, je n’abîme plus la carrosserie quand je monte dessus, alors je me fais plaisir…

– Donc du coup, tu dors comme ça alors…

– Bah non, parce que maintenant que tu me l’as dit, ça me fait chier donc je rentre, même si je crève de chaud

– Ah ouais, t’es juste un connard en fait…

– Et t’as encore rien vu, je suis pas à pleine puissance là.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (9) ou dialogue de l’auto fou

– Ah ouais? Tu te casses?

– Pourquoi je resterais?

– Bah je sais pas, on est pas mal là non?

-Ok, je me casse …

Pensées et discussions de l’aire de nationale (4, 5, 5 bis et 6) ou dialogue de l’auto fou

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (4) ou dialogue de l’auto fou

C’est pas que j’aime le couscous mais à force de pédaler dans la semoule, j’ai vraiment l’impression d’avancer à reculons alors les trucs qui ne nous tuent pas bla bla bla… mais ça déglingue la tête quand même et ça rend pas plus fort. Je ne peux même plus bouger tellement mes forces sont parties en vacances. Elles avaient le droit, elles.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (5) ou dialogue de l’auto fou

Avoir moins de face que ça, c’est être transparent. A force de dire le contraire de ce que l’on fait et de faire le contraire de ce que l’on dit, on ne peut pas se plaindre d’aller ailleurs que là où on voulait aller et d’y aller avec quelqu’un d’autre que celui avec lequel on devrait. C’est comme pour tout en fait. Si tu vas à l’encontre de ton cœur, il ne faut pas te plaindre, et quand t’as même pas de cœur, tu écoutes ton cerveau et là, on ne va que de mauvaises surprises en choix catastrophiques. A force de se planter, on finira bien par récolter des radis… ou autre chose.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (5 bis) ou dialogue de l’auto fou

C’est pas parce que tu te prends pour le centre du monde qu’on va aller mieux.

 

 

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (6) ou dialogue de l’auto fou

Après la pluie vient le beau temps… Heureusement qu’il était seul Noé parce que sinon, il aurait eu l’air d’un con le gars, qui lui sort ça… A un moment, faut vraiment arrêter de prendre les cons pour des gens, ça épuise et ça rend triste même… Non, ça n’ira pas mieux mais c’est pas pour ça qu’on s’habitue et qu’on démissionne de tout …

 

Pensées et discussions de l’aire de nationale (1, 2 et 3) ou dialogue de l’auto fou

Pensées et discussions de l’aire de nationale (1) ou dialogue de l’auto fou

Etre fan de ce mec, ça n’a pas de sens, c’est comme être fan d’une eau du robinet ou d’un magasin Ikea. Théoriquement, je comprends vaguement l’idée mais ça ressemble surtout à l’idée que je me fais des femmes, en France, qui sont les plus belles du monde, puisque je n’ai pas le droit d’y toucher. En fait, on aime ce qui brille par son absence dans nos vies.

Pensées et discussions de l’aire de nationale (2) ou dialogue de l’auto fou

En réalité, je m’en fous totalement de ton affection. Tu m’aimes bien, c’est sympa mais à quel moment, tu te dis que ça m’aide à vivre d’être considéré au même niveau qu’une tablette de chocolat au lait Lindt ? En plus, toi, tu préfères avec des noisettes dedans… T’as autant d’affection pour moi qu’un truc que je trouve dégueulasse. Non, c’est sûr, ça m’aide carrément à vivre. Je me demande même comment je faisais avant. En fait, c’est plus crédible quand tu oublies mon existence et là dedans, t’es vraiment balèze et t’as même pas besoin de noisettes.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (3) ou dialogue de l’auto fou

A force de voir toutes les balises disparaître et mourir un à un tous les phares, il est normal, à un moment, de se perdre au fond des bois, des mers, de la mémoire.
A force de voir tous les sentiments disparaître et mourir un à un tous les souvenirs, il est normal, à un moment, de ne plus rien en avoir à foutre de rien, de tout …
J’aurais bien pris un café moi ce matin

Commence déjà par essayer de prendre une douche.. Les choses complexes, on verra plus tard …