Fonctionnaires (partie 7) – La semaine politichienne de Smig

Elle avait des idées sur tous les sujets. A force de se taire et de se cacher d’être elle, elle avait enrichi son intérieur de toutes les objections qu’elle pouvait. Elle remettait en cause toutes les anciennes mesures municipales. Les trouvant toujours trop sages ou insuffisamment courageuses.

Elle voulait de la démocratie directe parce qu’elle avait trop souffert de se taire face à l’horizontalité du pouvoir. Elle voulait accompagner les seniors et guider les plus jeunes, mettre des espaces verts partout et donner un logement et un emploi à tous. Elle voulait changer le monde par le prisme de la mairie de sa petite commune. Elle croyait encore aux bienfaits de la politique, à l’utilité de la politique telle qu’elle se pratique. Elle croyait aux discours, surtout si les gestes et les actes se joignaient à eux.

Elle avait des idées pour tout, des objections pour tous et des explications pour tous les autres. Elle était partout comme poussée par une euphorie qui en fait n’était même pas la sienne. Elle s’était retrouvée là parce que personne ne voulait y aller comme toujours dans sa vie depuis le début. Elle voulait croire que c’était un choix, une sorte de mission venue d’en haut alors elle arpentait les marchés, elle serrait des mains et claquait des bises à des inconnus.

Elle devait avoir réponse à tout ce qui fait une commune sans jamais avouer qu’elle n’en savait rien. Il fallait être irréprochable sur tout, tout le temps et avoir des réponses satisfaisantes sur le terrain de foot du quartier nord comme sur les terres en permaculture de la butte aux merles, des idées pertinentes sur le réseau d’eau potable et celui des bus, et des révolutions en fiscalité et en commerce équitable. Elle travailla comme jamais.

Les concours de la fonction publique, les examens universitaires, les accouchements qu’elle avait fini par oublier, tout lui parut plus aisé que cette épreuve. Elle savait que ce n’était pas vrai mais la panoplie de la difficulté à conquérir un pouvoir illusoire allait bien au teint des candidats. Faire croire qu’on est Droopy à force de nuits blanches avec les cernes jusqu’aux genoux du voisin rendait crédible un candidat construit à la va vite dans la salle du fond du bar des artistes de la place de la résistance.

Elle finit par croire en ses chances parce qu’on lui disait d’y croire. Elle entendit pendant des semaines qu’elle était de loin la meilleure. Elle savait que c’était faux mais comme personne ne lui avait jamais dit auparavant, cela regonfla son ego en berne. Il y a quelques mois, elle parlait à son chat d’en finir avec tout et à son poisson rouge des courses à faire pour continuer d’être dans le système.

Elle méprisait finalement ses collègues qu’elle trouvait suiveur, pleutre et lâche et auxquels elle n’arrivait pourtant pas à se dissocier puisqu’elle était jusqu’à maintenant aussi lâche et pleutre et faible qu’eux. Elle méprisait parce qu’elles étaient comme eux. Elle se plaignait de tout, en permanence mais elle n’avait jamais pu décrocher. Ce n’est pas l’amour des élèves ou du métier, c’est seulement ce travail de longue haleine, pernicieux, d’un monde en fin de vie qui fait croire à tous qu’ils ne sauraient faire autre chose que ce pour quoi ils auraient été destinés.

Aujourd’hui, elle avait la chance que tous les autres attendent et n’ont jamais de devenir quelqu’un d’autre, de faire autre chose et de se sentir utile enfin ou à nouveau parce que cela faisait tellement longtemps qu’elle ne se sentait plus vivante alors que comme chaque être humain, elle avait besoin de cette essence et de cette énergie vitale.

Le pangolin viendra t’il a bout de l’ordolibéralisme? – La semaine politichienne de Smig

 

Il faut toujours voir le positif ou au moins essayer. Plusieurs petites choses se mettent en place qui montrent qu’il est possible d’avancer, quand, enfin, il y a un cap. Il est juste dommage de s’apercevoir que ce cap a été imposé par une vengeance divine (Je déconne!!!! Dieu n’est pas une chauve souris ou un paragaoulin, je ne sais pas quoi, je ne savais même pas que cette bestiole existait avant qu’elle ne nous tue tous).

Désormais, les personnes âgées de plus de 70 ans sont invitées à faire leurs courses entre 8 heures et 8 heures 30. Mesure à conserver et à encourager pour éviter de se prendre la tête avec les papys et mamies qui stationnent, apprêtés comme jamais, le samedi, à 10 heures, dans les allées des supermarchés à raconter d’improbables aventures pendant que nous attendons désespérément que leurs appareils auditifs fonctionnent à nouveau et leur permettent enfin d’entendre nos raclements de gorge et nos plus plates excuses de demander pardon de déranger pour juste attraper la bouteille de Hot Ketchup, la dernière, comme le groupe bidon espagnol du début des années 2000.

Les fabuleux politiciens qui ne juraient que par la mondialisation à outrance, les délocalisations et l’UE s’aperçoivent que, quand même, il y a quelques menus soucis à tout produire, à l’autre bout du monde, dans des conditions hallucinantes d’hygiène, de droit du travail et de sécurité en nous faisant crever ici en détruisant nos emplois mais en nous obligeant à consommer.

Là encore, le paradoxe du trou du cul… Faut pas sortir mais aller bosser, faut consommer mais vos emplois et vos salaires sont partis ailleurs.

Ces mêmes politiciens qui juraient que les frontières n’existent plus et qui s’empressent de les fermer, maintenant qu’il est trop tard.

On sait définitivement que les français se foutent totalement des injonctions gouvernementales. On est au stade 3. Il faut faire gaffe, sa mère, mais il faut voter..; Epicetou… Donc, c’est toujours le dernier qui a parlé et qui a raison. Et comme nous sommes dirigés par une bande de tdc, bah le dernier des tdc à parler est souvent le roi des tdc.

Ainsi, le premier ministre, dont personne ne retient le nom, pas même lui, Jacques Michel… Henry Claude… Marcel Etienne… (Bon, je ne sais plus mais ça n’est pas grave, sa seule chance de rentrer dans l’histoire étant d’organiser un génocide de masse et même pour ça, il est nul) fait une conférence de presse, avec des trémolos dans la voix et la barbe (alors qu’il est aussi candidat à une élection le lendemain, jdcjdr) pour nous dire qu’on est juste des trous du cul, pas civilisés, pas civiques et qu’il nous emmerde. Pour le dernier truc, il ne l’a pas dit mais on le sait.

Donc, ce Jean Foutre (c’est un pote à moi que j’aime bien charrier), ce matin, va voter, en roulant des galoches aux assesseurs (ou ascenseurs, enfin les gars qui sont assis et qui disent à voter pour se tenir éveillés entre eux). En gros, vendredi, on va tous mourir parce qu’on est trop con et dimanche, vous êtes tous morts parce qu’il faut absolument que je sois maire du Havre parce que ça commence à sévèrement puer du cul pour ma tronche.

Ensuite, on s’aperçoit qu’un grand nombre des bullshit jobs de ce pays peuvent se faire, sans trop de complications, depuis le domicile. Une sorte de théorie de Friot allégée. Avec deux ou trois aménagements pertinents, le télétravail devient la solution à la fin du monde capitaliste.

Dans la plupart des zones ultra polluées du monde, la crise du pangolain à courtes pattes, a drastiquement fait chuter le taux de pollution dans l’air.

Si un jour, on se sort vivant de toute cette saloperie, se dire qu’on devrait reproduire dans nos pays, en cultivant nos savoirs faire, que des horaires aménagés pour certaines activités permettent de fludifier les trafics, que certains emplois ne nécessitent pas de déplacements permanents, que le pq est une denrée rare, que l’ue ne sert à rien, que les frontières, parfois, ça n’est pas déconnant, que le capitalisme n’est pas une solution viable pour le plus grand nombre… enfin, toutes ces choses que les gens qui vivent à une hauteur humaine savent déjà depuis longtemps mais que toutes les personnes qui vivent le cul au huitième étage et la tête dans les étoiles feignent d’ignorer pour se gaver sur le dos des tondus… Mais, peut être que le pangolin chauve souris de Wuhan apporte la dispersion des étoiles comme le chantent les italiens dans le nessun dorma, sur les balcons ou en avion….

Dilegua, o notte! Tramontate, stelle! Tramontate, stelle! All’alba, vincero!

Dissipe-toi, ô nuit! Dispersez-vous, les étoiles! Dispersez-vous, étoiles! à l’aube, je vaincrai!

16.48 Les Sables d’Olonne, le 15.03.2020 – La semaine politichienne de Smig

Les premiers éclats de soleil du printemps arrivent sur le pays. Ils laissent espérer un printemps lumineux et ensoleillé.

Cette station balnéaire défigurée par la folie architecturale des années 70 n’échappent pas à ce renouveau des forces de la nature.

Depuis maintenant une trentaine d’années, cette bourgade de pêcheurs s’est transformée en cité dortoir de luxe pour retraités aisés, anciens cadres sup ou cadres moyens d’ entreprises cotées de la région parisienne;

En même temps que le prix de l’immobilier explosait, la moyenne d’age des habitants suivait la même courbe pour donner un gout d’EPHAD au remblai (l’avenue piétonne qui longe l’une des plus grandes plages d’Europe).

Contraint par des obligations familiales, sur lesquelles je ne m’épancherais pas, à effectuer un bref passage dans cette cité aux deux casinos, je m’attendais à même trouver une place pour me garer et contempler quelques instants la mer….

Idiot que je suis….

Dans une ville qui dépasse les 60 ans de moyenne d’age, dans une situation de confinement ou, en tout cas, dans un moment critique pour les personnes vulnérables, j’ai assisté, sans sortir de ma voiture, à une sorte de 14 juillet.

Du monde partout, dans toutes les rues et à tous les moments. Du cheveu blanc, du rondouillard, du palot..; Du gens qu’il va falloir sauver dans quelques jours de troubles pulmonaires. Des queues devant les bureaux de vote entre déambulateurs et bâtons de ski pour la marche norvégienne ou suédoise ou islandaise, enfin le truc ou on marche en faisant du ski.

Alors, sans doute que mon italianité m’incite à exagérer les causes et les effets, mais de là à partir en goguette, à 75 piges, au milieu de la foule, pendant une épidémie pandémique… je m’interroge.

Il ne me reste plus qu’à être d’accord avec Oscar Alain, notre premier ministre qui n’en rate pas une non plus mais qui, là, a raison:  » Moi le premier, je suis comme les français, je ne suis ni civique, ni citoyen, ni je ne sais quoi… » En gros, je suis un gros con mais les français encore plus.

Et franchement, qu’une bande de vieux qui ont tout eu et tout détruit m’oblige à être d’accord avec un mec qui n’a même pas choisi la couleur officielle de sa barbe, c’est gênant.

On a donc eu, en deux jours, deux clowns et une tripotée de ministres, secrétaires d’état, médecins, journaleux qui ont dit : « Les gars, faisez gaffe oh! »

On a un gouvernement qui ferme, de facto, des commerces comme si c’était la rigolade. Un gouvernement qui refuse la moindre once de populisme (ce truc qui vient du peuple) et qui se retrouve contraint de fermer les frontières. Et, en face, on a des vieux qui font du ski sur les bords de mer et qui votent.

Conclusion: On peut toujours espérer que c’était une erreur, une faute de l’histoire, un mépris du destin mais en fait, non… Si on a des abrutis indignes déconnectés hallucinants européistes comme gouvernants, c’est uniquement parce qu’il y a davantage d’abrutis dans ce pays, que de conducteurs de voiture en quête de place pour se garer et rongé par les remords d’être obligé de sortir…

 

Fonctionnaires (partie 6) – La semaine politichienne de Smig

Alors elle comprit que, pour tous, elle valait davantage morte que vivante. Ce qu’elle apportait à la société, ou ce qu’elle croyait apporter, allait être informatisé ou géré par de l’intelligence artificielle. Elle avait choisi cette voie professionnelle à cause de l’humain. Être en contact avec des apprenants, être gérée par des humains, avec un vrai esprit de réussite et de bienveillance. Elle se faisait un devoir de choyer cette relation pour qu’elle devienne un inaccessible rêve. Elle était venue avec ce type de préjugés et puis… Les élèves étaient de moins en moins humains et de plus en plus des consommateurs. Les parents entraient dans la boucle comme des vérificateurs de travaux finis sans avoir la moindre connaissance de l’état des fondations et la hiérarchie n’était plus qu’un monstre froid, obsolète et inhumain. Une machine de destruction massive. À force de situations destructrices, la motivation avait disparu et le sens du métier, mort dans des souvenirs d’une école d’une autre époque.

Elle sentait confusément que son rôle dans ce monde ne relevait plus d’une obligation. Chaque jour lui montrait que sa place se résumait à un numéro dans des colonnes de fichiers excel, dans d’obscures listings de banques ou d’assurances, d’inspection académique ou de service public. Personne ne la connaissait plus vraiment et l’indifférence polie de tous ceux qui lui soutiraient de l’argent, ne pouvait constituer un quelconque soulagement. Evidemment, eux, ne l’oubliaient et ne l’avaient jamais oubliée lorsqu’il avait fallu payer ou recevoir un nouveau décompte des droits à la retraite qui, forcément, invitait à poursuivre la torture du travail quelques années encore alors qu’elle pensait la fin proche.

Plus les jours avançaient, plus les années passaient, plus les élèves défilaient et plus la pesanteur de ce métier appuyait sur ses frêles épaules. Pourtant, elle se demandait souvent ce qu’elle ferait quand tout cela serait enfin terminé. Quand elle serait libre de ses mouvements. Pauvre fatalement, seule forcément mais libre factuellement. Comme toutes les personnes de son age, elle était née trop tard pour profiter de tous les avantages de droits sociaux bienfaiteurs et née trop mal pour profiter de fortunes usurpées. Elle devrait, toute sa vie, se satisfaire d’un niveau de vie de fonctionnaire et, pour tout respectable soit il, bien en deçà de ses rêves et de ses envies. Elle se consolait, comme beaucoup, en se disant qu’elle n’était qu’une de plus parmi la multitude à vivre cette vie là, oubliant qu’une infime minorité vivait ce qu’elle rêvait de vivre et que cette minorité n’avait rien fait pour mériter tout cela. Elle était résignée, comme beaucoup. Elle avait accepté, selon des critères non définis, qu’il existe des riches et des pauvres, des nantis et des gueux, des aisés et des délaissés. C’est cette acceptation d’une vie qui finalement n’était pas la sienne qui voilait et gâchait ce qui lui restait d’existence. Elle avait accepté de n’être que cette petite fonctionnaire surdiplômée, sous payée, maltraitée et oubliée parce que d’autres, souvent moins valables qu’elle, l’avaient décidé ainsi, selon des règles qu’ils avaient définies sans jamais en référer aux victimes.

Et puis, un jour, parce qu’il faut toujours qu’il y ait un jour qui succède à la nuit, après des années enfermée dans ce tunnel de vie routinier, dans ce vide personnel qu’elle croyait plein, elle reçut la proposition qui allait changer sa vie. Elle allait pouvoir s’investir et changer le monde. Contribuer, comme elle l’avait toujours rêvé, à faire de cette vie, une vie utile, marquante et inspiratrice. On l’avait sollicitée à participer à la vie de la cité, à s’inscrire dans un projet durable et à long terme. Pour n’importe qui d’éveillé, il s’agirait là d’une plaisanterie, d’une vague utopie qui s’apparenterait davantage à une fabuleuse moquerie mais elle y crut. Elle s’investit au delà de toute raison. Son chat ne la voyait plus qu’entre deux portes mal fermées. Ses cours devenaient, de plus en plus, des récitations linéaires et fades alors qu’elle avait toujours été à la pointe de l’innovation pédagogique, avec des ateliers super chiadés, des évaluations extrêmement bien balisées, un suivi permanent et pertinent. Elle était le modèle de toute pédagogie nouvelle formule, citée en exemple dans les écoles d’enseignants et par les collègues de langues. Toutefois, cette reconnaissance avait fait d’elle une candidate idéale de sa ville. Toujours gentille, abordable, souriante et reconnue pour sa compétence, une perle dans l’océan de l’indignité. Elle résista un peu mais devant l’insistance et l’urgence de sauver son cadre de vie, elle accepta de partir au combat. Un peu la fleur au fusil, un peu poussée par le monde qui s’effondre et surtout par cette énergie soudaine de se sentir enfin vivante à nouveau. Elle avait des envies, des projets, des objectifs mais des vrais, pas de ceux qui consistent à mener des élèves qu’on considère toute l’année comme déficients vers un diplôme désormais sans valeur et sans sens. Elle se sentait à nouveau vivante, vivre, en vie, envie et ça n’avait pas de prix à ses yeux. Elle serait candidate à la mairie et rien que ça, ça changeait sa vie.

Fonctionnaires (partie 5) – La semaine politichienne de Smig

Toutes ces nuits où elle avait l’impression de dormir les yeux ouverts. Toutes ces heures à refaire les journées et à prévoir les futures. On lui avait dit qu’il n’était pas possible de faire autre chose. Ce fameux ON qui n’était personne, qui ne venait de nulle part mais qui avait toujours raison.

Elle aurait voulu une autre vie mais elle n’avait que celle d’une petite fonctionnaire dans une ville triste et grise. Une vie à passer les jours comme celui d’avant et celui d’après.
Personne ne lui avait laissé le moindre espoir, personne ne lui avait fait croire quoique ce soit. Elle avait déjà de la chance d’avoir ce qu’elle avait. C’était la ligne de conduite, la pensée dominante dans ce pays. Ne pas faire de vague, ne pas réclamer, ne pas se plaindre. Etre là où on devait être et ne pas vouloir davantage parce que ça serait déplacé.

Comme tout le monde, elle avait eu des rêves et des désirs, des envies et des opportunités et comme beaucoup, elle était passée à côté de toutes. Elle aurait aimé, elle ne l’avait pas fait.

Finalement, elle avait son chat et c’était déjà beaucoup. De vagues souvenirs de voyages et de vacances souriantes avec des gens qui, depuis, ont disparu de sa vie. Les photos restent dans l’album alors que les noms sont flous et méconnaissables. D’abord, malgré les mesures qui l’éloignent chaque fois de son eldorado, elle attend la retraite.

Elle est usée, elle est fatiguée, plus encore, elle est lasse de faire et refaire et défaire des activités et des relevés de compétences qui ne signifient plus rien, que personne n’utilise ou ne sait lire et qui, finalement, ne servent à rien. Après, elle pourra enfin profiter des belles journées. Faire son jardin parce que ça vide la tête et ne plus se soucier des copies qui s’empilent, des cours en retard et des appréciations à entrer dans un logiciel inefficace.

Le seul horizon lumineux est celui d’une retraite qu’elle considère méritée et qui peut être l’est vraiment. C’est ce point au loin qui devient chaque jour plus roche et qui pousse encore le corps à tenir.

Ce ne sont plus les programmes ou les réformes qu’elle ne lit plus depuis longtemps de toute façon tant elles sont insensées et incohérentes qui la font se lever le matin. Ce ne sont plus les élèves qui, même s’ils étaient agréables, il y a longtemps, ne sont plus qu’un auditoire difforme et évanescent. Ce n’était pas le salaire, ça n’avait jamais été le salaire qui ressemblait davantage à une aumône. Ce n’était pas les vacances parce que les vacances servaient à corriger ou à préparer et surement pas à partir parce que les moyens manquaient pour partir et puis partir où? Personne ne l’attend plus depuis longtemps nulle part.

Alors au son des chaines d’info continues ou des publicités criardes, des chansons d’enfoirés et des émissions ringardes de divertissement tristes, elle attendait. Elle attendait que les jours s’enfilent en rêvant d’un ailleurs vers lequel elle savait déjà qu’elle n’irait jamais.

Fonctionnaires (partie 4) – La semaine politichienne de Smig

 

Elle avait vécu, avant, il y a longtemps, dans une autre vie, une vraie belle histoire de cul, peut être même d’amour; elle ne le saura jamais en fait. C’était il y a sept ans maintenant ou peut être même davantage, le temps passe si vite quand tous les jours sont les mêmes. Un de ces suppléants envoyés à l’abattoir par un rectorat incompétent, encore empli de fougue et de naïveté quant à ce métier, lui avait montré une autre face de la pièce de sa vie. A jouer à pile ou face, puisqu’il n’avait rien à perdre, puisqu’il n’existait pas pour l’éducation nationale, il avait réussi à lui faire croire qu’elle était belle et désirable. Il avait même réussi à obtenir d’elle des faveurs inconnues et des actes inédits.

Sa situation professionnelle, son incertitude professionnelle, avait fait qu’elle avait exigé de lui des sacrifices, qu’elle avait réclamé, ordonné, imposé, obligé et, à force qu’il réponde à ses ordres en faisant toujours tout pour que ce soit pour le mieux, elle s’était lassée. Elle s’était comportée comme une vraie connasse mais elle ne l’avait compris qu’une fois qu’elle l’eut largué, comme une merde comme on dit, pour retourner dans les bras de son ex alors qu’elle savait déjà pertinemment qu’il n’en avait cure de ce qu’elle était. Elle était le symbole ultime du paradigme de la femme insupportable.

Son ex était réapparu de nulle part, grâce aux réseaux sociaux. Ils étaient, elle et lui, restés sur un non dit, sur une histoire finie sans l’être. Il était parti pour une autre. A l’époque, elle avait cru que c’était en raison de la pression familiale, de l’argent, de la situation sociale, alors, il fallait qu’elle soit sûre, qu’elle connaisse la hauteur de ses sentiments, quitte à se séparer avec pertes et fracas d’un homme qui l’aimait sincèrement mais il fallait qu’elle sache.

Alors, elle avait tenté l’aventure du retour de l’enfant prodige, de celui qui l’avait fait chavirer adolescente et jeune femme. Elle voulait être sûre, elle le fut. Comme la première fois, il prit ce qu’il avait à prendre et qui ne nécessitait pas d’investissements trop forts et partit une nouvelle fois, ailleurs, avec une plus jeune, plus belle, plus fraîche et sans doute même, plus riche. Son hybris l’avait perdu et désormais, il était trop tard pour construire autre chose.

Elle avait bien des aventures mais avec des hommes sans intérêt, rencontrés au hasard du net ou de vagues soirées désuètes et provinciales. Ce type de soirées où tous les gens se persuadent, eux mêmes, qu’ils ont de l’importance, qu’ils ont de la valeur. Ce type de soirée où l’impression de faire avancer le monde est la valeur la mieux partagée entre tous, mais où, finalement, le soir même, chacun dans son lit, seul, s’aperçoit qu’il ne se passe rien et que les jours tristes succèdent aux jours gris et que la révolution n’est pas pour demain parce que demain, d’abord, il faudra dessaouler et supporter la présence de la personne qui dort à côté et qu’on a déjà oublié.

Elle avait laissé passer sa chance et la litanie de sa vie se résumait à cela, une succession de passages à côté pour ne conserver finalement que le médiocre. Elle était devenue, malgré elle, tout ce qu’elle refusait de devenir quand elle entra dans la profession. La prof aigrie à cause de ses élèves, de son quotidien, de sa vie de célibattante mais davantage comme une porte que comme les féministes, ou appelées comme tel, qui écumaient les plateaux de télé des chaines d’info en continu, à côté des vegan qui saccageaient les boucheries, des barbus qui défilaient avec les antifas et des politiciens qui promettaient l’avenir en rose avant de s’apercevoir qu’ils avaient un nombre de procédures aux fesses équivalent à la moyenne générale de ses classes, depuis la énième réforme de l’éducation nationale que, comme les anciennes, elle n’avait pas comprise.

Elle enseignait une discipline dont tout le monde se foutait finalement. Il suffisait de partir en immersion quelques mois pour se persuader qu’on maîtrisait la chose. Après sept ans d’enseignement subis par les élèves, à raison d’au moins trois heures par semaine, ils étaient toujours incapables de demander l’heure ou de ne pas pleurer s’ils se perdaient dans le métro. Bien sûr, c’était la faute des élèves qui trichaient aux contrôles ou examens en se refilant les réponses, comme si elle allait prévoir une interro différente pour chaque classe. La faute d’un système qui exigeait qu’il y ait des évaluations de tout, tout le temps, sur tout, même sur le rien. La faute aux collègues qui se plaignent en permanence, qui font sauter des heures, qui ne font rien, qui en font trop, qui sont absents, qui dénoncent, qui sont juste des humains avec tous les travers exacerbés dans un huis clos irrespirable de jalousie. Jalousie parce qu’elle était mieux payée qu’eux grâce à l’ancienneté, jalousie parce que les élèves l’aimaient bien ou ne la supportaient pas, jalousie parce que son thé est meilleur que celui de la machine, jalousie pour ci, jalousie pour ça, pour être une prof et que les autres le sont aussi mais différents. Se détester entre soi mais ne jamais oublier de se sourire. En tout cas, la faute de l’univers s’il le fallait mais surement pas la sienne.

Bien sûr, elle avait entendu les récits des gens qui disaient que c’était pareil dans tous les métiers et pourtant… Des nuits entières, elle avait rêvé à ce qu’elle pourrait faire d’autre, ailleurs. Des nuits entières, elle s’était battue avec elle même pour changer de tout mais des journées entières, elle manquait de courage pour ça. Il fallait payer les traites de l’appartement, remplir le frigo et nourrir le chat, alors, tout plaquer, pour chercher mieux, pour vivre mieux dans la tête, ça n’était pas possible et puis, maintenant, elle était trop vieille pour passer à autre chose alors, elle ferait encore quelques rencontres parents profs, jusqu’à tard le soir, en sachant que c’est totalement inutile.
Alors, elle enquillerait encore des conseils de classe pour se croire importante, alors que, fondamentalement, il y a peu de choses qui soient plus inutiles que ça. Alors, elle ferait encore quelques voyages en espérant qu’elle pourrait même obtenir d’aller plus loin, comme aux USA ou en Chine, parce que c’est très loin, parce que c’est bien et parce que c’est au moins deux semaines sans le quotidien. Des sortes de vacances de soi plus que d’autre chose.

Tout cela était devenu son quotidien circulaire, les cercles dantesques. Se dire, j’aurais dû ou j’aurais pu et faire payer aux élèves, le fait de ne pas l’avoir fait. Faire passer toutes les douleurs physiques inventées par le psychique comme des raisons de se plaindre, de se faire plaindre et de se lamenter. Avoir comme excuse définitive, les douleurs cervicales inexistantes pour ne pas bosser, ne pas baiser, ne pas partir, ne pas innover mais faire pleurer dans les chaumières ou au moins, espérer attendrir suffisamment pour en faire encore moins la prochaine fois et recommencer le lendemain… Passer l’année à se reposer sur l’empathie des élèves, des collègues, des parents et prier pour que ça tienne longtemps et, dès que le mur de l’indigne se fissure, demander et obtenir sa mutation, parce que les points, ça rapporte et recommencer la même chose dans un ailleurs et tant que ça tient, tout va bien… Bientôt la fin, bientôt la retraite et les séries nulles en milieu de journée et attendre la fin puisque finalement, tout cela n’a pas vraiment de sens.

Fonctionnaires (partie 3) – La semaine politichienne de Smig

 

Alors, elle sort d’un geste machinal son exemplaire d’un petit opuscule, tout simple dans sa conception. Un petit livre court: Scriptrice de Carla Pauppe. Elle le relit. Elle l’a trouvé, la première fois, très bien mais trop court alors, elle a peur, comme elle l’a toujours pour tout, d’avoir manqué des choses importantes et elle préfère le relire pour se rassurer.

Le trajet est lent parce qu’il y a toujours de la circulation le matin. Entre les travaux et la pluie, les conducteurs ont la fâcheuse habitude de ne pas avancer et de rouler à une vitesse proche du sur place. Ces ralentissements lui permettent, néanmoins, de terminer la lecture de sa nouvelle qu’elle trouve décidément excellente. Le bus réussit, enfin, à atteindre l’arrêt proche du lycée. Elle arrive à la porte où la gardienne concierge l’accueille, comme à son habitude, sans lever la tête, avec un borborygme qui peut s’interpréter comme un bonjour. Enfermée qu’elle est dans sa cage d’accueil à répéter, chaque jour, les mêmes litanies aux mêmes personnes qui ne comprennent toujours pas les mêmes choses.

Traverser tous les jours la même cour, et gravir les mêmes escaliers pour atteindre la même salle des profs, avec les mêmes plaintes d’élèves réfractaires ou pas au niveau, les mêmes plaintes autour d’une hiérarchie sourde, aveugle et muette comme si un seul handicap n’était pas suffisant, et recommencer encore, comme hier, comme demain…

Et viendra le jour où il faudra se décider à lutter, se mettre en grève pour signifier sa désapprobation, son mécontentement et, éventuellement, défiler dans les rues tristes, grises, trempées par la pluie. Il faudrait poursuivre ce moment pendant des jours, des semaines peut être, mais jamais le corps enseignant n’acceptera de gagner une négociation. Il faudrait être dur et montrer sa détermination jusqu’à obtenir gain de cause mais les autres ne feront jamais ça, parce qu’ils ont trop peur de gagner, parce qu’ils sont les autres. Elle a toujours ce côté révolutionnaire en elle. Se dire qu’un événement finira bien par pousser ses collègues à se bouger mais, pour l’instant, elle fait comme tous les autres, elle refuse de perdre une journée de salaire parce que c’est trop coûteux et qu’en plus, l’état ferait des économies en ne la payant pas. Le combat des révolutionnaires déjà battus et déjà résignés.

Elle voit dans l’œil de ses collègues comme dans le reflet de son image dans les miroirs, les yeux se ternir, les peaux se flétrir, les rides se creuser, les enthousiasmes des débutants se faner et disparaître à force de déceptions cumulées. Déception face à la compréhension ou plutôt son absence et aux résultats des élèves; déception face à sa propre motivation qui fond comme neige au soleil, déception face à cette hiérarchie incompétente, absconse, inutile, absente ou trop présente, injuste; déception face au reste du monde qui ne comprend rien de son métier et de ses exigences et qui critique, qui critique et qui critique encore, qui juge et qui juge et condamne.

Depuis longtemps, elle a fait son deuil d’expliquer aux autres, ce qu’elle vit au quotidien. De toute façon, elle ne parle plus beaucoup à de « vrais » gens de la « vraie » vie. Quelques commerçants, éventuellement, mais sinon, son quotidien relationnel se trouve dans ses collègues et dans les collègues trouvés dans les groupes de discussion et sur les réseaux sociaux. Son métier n’a plus rien d’épanouissant et pourtant, elle se noie dedans, ne parlant que de lui, ne vivant que de lui alors qu’il la ronge petit à petit. Elle tente toujours désespérément de se donner un nouveau souffle, en se disant qu’elle fait tout cela pour ses élèves, que seuls, eux, sont importants mais, même cette ritournelle, elle refuse de l’admettre, est déjà une mauvaise histoire qu’on raconte aux enfants pour qu’ils finissent leur dîner. Les élèves ne sont là que, parce que, sans eux, elle n’existerait pas mais la prise de conscience que même avec eux, elle n’est pas grand chose est plus longue à accepter. Et aujourd’hui, ça devient tellement évident qu’elle refuse encore de l’admettre.

Fonctionnaires (partie 2) – La semaine politichienne de Smig

Auparavant, elle aura croisé le facteur dans le hall d’entrée. Comme les autres jours, ils se salueront mais il ne lui donnera pas de courrier parce qu’il y a bien longtemps que plus personne ne lui écrit. Les factures arrivent directement par mails, les lettres d’insultes des uns et de mécontentement des autres parviennent comme par magie, désormais, dans sa boite mail alors le facteur n’est plus qu’un quidam qu’on croise sans qu’il ne soit une existence réelle. Juste un porteur de gibecière dont personne ne sait plus ce qu’elle peut contenir.


Déjà, la faune vivante de sa petite ville provinciale se met en branle pour donner une illusion de réalité, de prise, d’emprise. Les roues des camions bennes qui circulent par secousses traversent l’eau que les véhicules de nettoyage et les balayeurs comme on disait autrefois ont déjà répandue sur les voies. Au loin retentira la sirène d’un camion de pompiers ou d’un samu, plus surement d’un véhicule de police lancé dans la quête du rétablissement de l’ordre alors que plus personne ne sait ce que ce mot veut dire. Une symphonie de bruits entre sirènes, jets d’eau, levage de poubelles, klaxons répondants aux cliquetis des sonnettes de vélo monte des travées de la ville. En même temps que le jour achève de se lever, la ville devient cette personne à la fois amicale et dangereuse, vivante et mortifère, douce et violente.
Aujourd’hui est une journée particulière. L’infirmière viendra dans la classe pour présenter son action dans l’école. Cette journée de décembre s’annonce plutôt calme puisque la police interviendra, ensuite, pour sensibiliser aux dangers des réseaux sociaux, de la circulation ou des drogues. Ou d’autre chose.


Elle monte alors dans le bus qui vient d’arriver et espère secrètement que Sami sera au volant. Elle aime bien Sami. Il est gentil et plutôt beau garçon. Il est jeune et il dit bonjour et merci et ça, elle en avait perdu l’habitude et même que très souvent, il sourit. Et puis, elle cherche une place dans ce bus vétuste et bondé. Longtemps, elle avait espéré que quelqu’un se lèverait et céderait sa place à une femme âgée mais elle s’était fait une raison. Entre les revendications féministes, identitaires et ce que devient la société, elle savait qu’elle resterait debout. Elle réussit à se nicher dans un coin. Ainsi, elle peut à peu près lire. Le confort est précaire mais comme elle n’est pas une fétichiste, elle peut corner le livre, le tordre et même le faire tomber sur le sol humide et sale du bus. Cette fine pellicule d’eau saumâtre et noirâtre qui stagnait perpétuellement dans ce type de transport en commun.

Fonctionnaires (partie 1) – la semaine politichienne de Smig

 

Elle se lèvera dans une lumière entre chien et chat. Elle aura passé sa nuit à tourner dans son grand lit vide et froid. Elle restera couchée, éveillée, à regarder les minutes passées sur son radio réveil en attendant que, enfin, l’heure du lever ne retentisse en diffusant les voix des donneurs de leçons radiophoniques.

Le monde va mal, les gens sont fâchés, le climat explose partout sur la terre et pourtant, elle continuera à se plaindre du manque de moyens de son établissement, du nombre d’élèves par classe, de la violence des parents, des frères, de la rue, se plaindre des salaires qui ne correspondent à rien et de la retraite qu’elle pense ne jamais connaitre. se plaindre aussi de la nullité des collègues et de l’incompétence de la hiérarchie, incompétence crasse, vulgaire, méprisante et méprisable.
Elle allumera machinalement la télé afin d’être sûre que le monde va vraiment aussi mal que ne le dit la radio. Quelque part, elle se sentira rassurée que les medias d’état disent tous la même chose. Que les fonctionnaires médiatiques crachent sur les autres fonctionnaires plus petits qu’eux, en continuant de vénérer les hauts fonctionnaires parce que, eux, ils ont le salaire, le prestige et la fonction. Ils ne font rien, ils ne servent à rien mais ils gagnent beaucoup et ils ont de l’influence alors qu’elle, pauvre petite fonctionnaire de l’éducation nationale perdue dans une province oubliée, ne mérite pas qu’on s’attarde sur ses problèmes.
Personne pour écouter ses envies, même le dernier homme avait cédé face aux plaintes récurrentes. Il n’était pas du métier, il ne pouvait pas comprendre.


Elle nourrira son chat parce que, avoir un chat, est une obligation mythologique dans son monde. Elle aurait aimé en avoir d’autres même, mais le vieux félidé qu’elle traînait depuis si longtemps ne le voyait pas du même œil.
Alors, après les travaux de ravalement d’usage pour camoufler l’aigreur qui commence à se dessiner sur son visage, à moins que ce ne soit l’âge tout simplement, elle descendra son vieil escalier en faux marbre et à la rampe en teck industriel.


Elle attendra gentiment son bus en regardant son fil de Facebook et verra tous les messages de toutes ces personnes qui ne savent même pas qu’elle existe. Elle voudra commenter. Elle voudra participer et puis, elle renoncera parce qu’elle ne supporte pas la haine des réseaux dits sociaux qui ne font que déchirer la société.

Si la majorité devient mineure – La semaine politichienne de Smig

On peut toujours se dire que ça ira mieux demain, en l’occurrence dans deux ans et demi et croire dans des lendemains qui chantent et au grand marché commun.

De fait, l’individualisme devient la première religion, la valeur refuge, et chacun prône pour la reconnaissance de sa propre particularité, de sa propre souffrance, le plus souvent ressentie que vécue.

Ainsi, sous prétexte de souffrance animale, un groupuscule exige le retrait des tableaux de maître représentants des scènes de chasse ou de banquets avec des viandes et/ou du gibier.
Ainsi, sous prétexte de pudibonderie, un groupuscule, ou plusieurs, réclame le retrait des œuvres d’art représentant des femmes nues ou dénudées ou insuffisamment couvertes.
Ainsi, sous des prétextes religieux médiévaux, certaines personnes vivants sans doute dans des grottes, menacent des pires sévices le monde, si les œuvres d’art représentant des hommes nus n’étaient pas interdites à la vue. Il faudrait même sans doute les détruire comme les bouddha en Afghanistan, on gagnerait du temps.

Dès lors, s’interroger sur le bien fondé de telles demandes (il n’y en a aucun, que ce soit bien clair) revient à donner une visibilité à l’expression de minorités qui ne souffrent même pas. Ne pas aller dans un musée n’est pas en soi une souffrance, d’autant que les personnes pleurnichant n’y allaient pas avant. Pas de changement donc quel intérêt de manifester ou de se plaindre ou de lutter pour supprimer quelque chose que, de toute façon, on ne faisait pas avant? De toute façon, il n’y a pas lieu d’argumenter. Les opprimés sont légions, nous le sommes tous, finalement, et ils ont toujours raison, donc forcément, tu as tort.

Tu veux porter un parasol dans le cul même si ça empêche tout le monde de se garer? T’as raison! Et qui sommes nous pour t’empêcher de vivre comme bon te semble? Ce n’est pas comme si nous devions faire société ou un truc dans le genre. Tu veux interdire les statues de nu, les toiles avec des animaux, les caricatures, les reproductions (sous toutes ses formes d’ailleurs), tu veux pouvoir porter le voile, crier que tu es une victime de la colonisation finie depuis 60 ans, de l’esclavage fini depuis deux siècles. Tu veux pouvoir dire que tes parents ont reconstruit ce pays (pendant que les autochtones se la coulaient douce à Juan les pins puisqu’ils sont sionistes), tu veux pouvoir dire que ta famille a subi de plein fouet l’esclavage, même s’il n’y a plus aucun survivant, tu veux pouvoir crier que tu es victime des pires soeurs zombres de l’histoire, il y a 80 ans, ce qui avouons le, ne nous rajeunit pas, alors, fais le ! De toute façon, l’état te donne ce droit et te le renier serait un outrage à l’état, à dieu, aux lois, à l’univers, au cassoulet, à l’habeas corpus et aux huîtres.

Il faut donc pouvoir se considérer comme minoritaire parce qu’on est une femme, ou noir, ou lesbienne, ou musulman, ou vegan, ou écolo ou socialiste ou maradonien et toute cette énergie mise dans la reconnaissance de cette pseudo souffrance doit se faire à l’encontre des autres. Cet autre qui est par définition, blanc, catholique, homme, vieux ou cinquantenaire, cadre ou assimilé, cultivé ou érudit ou en quête de l’être. Dès lors, puisque toutes les minorités s’agrègent contre cet individu unique et que toutes les tensions se concentrent sur ce pov’ gars, il n’est pas stupide de considérer que finalement, la véritable minorité devient l’homme blanc , tout ça, tout ça… Il faut bien que j’assume mon statut de facho puisque l’obs a décidé qu’en tant qu’apostat , je l’étais par définition donc j’assume…