Alors bonne année

 

 

Et recommence cette litanie que nous avions évitée pendant presque un an. Comme les anniversaires, il faut que reviennent ces temps de vœux auxquels plus personne ne croit vraiment et qui s’avèrent, pour moi, de plus en plus difficiles à supporter. Chaque année, on recommence et, chaque année, je m’aperçois que l’année passée fut pire que la précédente, que la chute est lente mais permanente. J’aimerais me dire que cette fois, ça sera la bonne, que les vœux de cette année seront couronnés de succès et que, enfin, ça ressemblera à quelque chose.
Evidemment, on remercie. On répond, on remercie, on sourit. En tout cas, c’est ce que je m’efforce de faire parce que je ne suis pas qu’un monstre, mais sans vraiment y croire encore. Je sais que mon pessimisme naturel va ternir ces jours et que la joie hypocrite d’enterrer une année triste ne sera pas suffisante pour me rassurer sur les jours qui viennent. Personne ne sait vers quelle catastrophe nous courrons et personne ne veut vraiment le savoir. En réalité, il y a une sorte de fatalisme dans les vœux de cette année, une sorte de soutien et d’espoir de revoir l’autre vivant parce que c’est loin d’être fait.
Alors, il n’est pas de bon ton d’être seul, d’être triste parce que ce jour n’est pas le même que les autres et qu’il faut que forcément, il soit à part. Tu as le droit d’être un dépressif isolé et solitaire tous les jours de l’année, sauf durant cette semaine. Cette semaine, tu n’as pas le droit d’être lucide et de te poser les vraies questions sur toi ou sur le monde. Tu te dois d’être d’affable à défaut d’être joyeux. Tu te dois d’être sortable à défaut de sortir.
Pourtant, je sais que chaque jour qui passera désormais me rapproche du départ. Il s’installe comme une évidence que je ne resterais pas dans mon antre, parce que je n’en ai pas envie. Le spectacle de la quête de notoriété qu’elle soit en gilet, ou en stylo, ou en gyrophare, accentue cette lassitude. Une course à l’échalote de savoir qui sera le représentant, alors que plus personne ne veut être représenté sauf quelques tenants de l’ancien monde des marcheurs. Chaque jour fournit son nouveau représentant de quelque chose ou d’autres choses. Tout le monde représente tout le monde et plus personne ne semble apte à se représenter lui-même.

Alors soyons représentés par ces fous d’hubris qui veulent exciter des sots pour plaire à des gueux qui visent à marcher sur les justes et les faibles puisque c’est l’issue, le but, le jeu.
Alors soyons heureux de voir des pantins désarticulés s’ingénier à vouloir prendre la parole pour des démunis silencieux afin de les ridiculiser davantage dans l’espoir d’un strapontin inconfortable dans une alcôve sombre. Et jouissons, profitons de ces jours de fête, pendant qu’il est trop tard, profitons de ce que cette engeance autorise encore à prendre et prenons ce qu’on nous refuse puisqu’il faut être une icone et non plus un agissant.
Alors bonne année puisque c’est peut être la dernière de ce système, de ce monde, de moi, de nous, de vous.

Où enfin commencer quelque chose …

 

        De moins en moins envie de m’épancher sur cette société qu’on nous impose, à la veille d’une nouvelle manifestation, que tous espèrent pacifique, en sachant, déjà, qu’elle ne le sera pas partout.

       Ce gouvernement est incompétent dans sa mission qui consiste à répondre à la population, du mieux possible. L’UE contraint les peuples à l’asservissement et est dirigée par une bande de robots pour qui les vertus du capitalisme sont au delà de toutes les religions. Les religions, elles mêmes, sont une malédiction pour le monde, finalement, alors qu’elles auraient dû être une bénédiction. Alors, tout le monde connaît la situation et la solution. Sortir du capitalisme en sortant de l’ordo libéralisme bruxellois, sortir de cette république qui est épuisée des multiples viols subis, donner enfin un vrai pouvoir aux gens, même si c’est populiste, même si vulgaire, mais au moins, admettre que chacun est assez grand pour gérer son foyer et donc ce qui régit celui ci. Selon les cas, nous devons être adultes mais, en même temps (c’est la mode), asservis, esclaves de règles et de personnes inconnues et qui ont, désormais, montré leur incompétence crasse et le danger qu’elles représentaient. Définitivement, les escrocs sont aux commandes parce qu’il s’agit d’une profonde escroquerie d’être guidé et dirigé, comme ils aiment à le dire, par ces individus. Ce constat est factuel et difficilement contestable et une vraie grande honnêteté consisterait simplement à reconnaître que n’importe qui, aujourd’hui, est capable de faire aussi mal que ces deux gouvernements qui dirigent et nous tuent. Oh certes, on pourra mettre en avant que le petit peuple, le bas peuple, est jaloux, vulgaire, sale, ignorant et même méchant. Que ce mot: peuple, ne signifie rien, alors qu’il veut tout dire et que tout le monde le comprend mais il permet, surtout, à cette caste dirigeante, de renvoyer l’opposition populaire à un statut de néant… 

        La fameuse question, c’est qui le peuple ? C’est quoi le peuple ? Question qui n’intéresse que ceux, finalement, qui tirent des avantages de cette situation ankylosée, métastasée. Le peuple, c’est celui qui, à 80%, n’a pas voté pour ça mais aussi les 20% qui ont voté pour ça. Alors oui, j’ai raté ma vie, j’avais plus de talents, plus d’intelligence, plus de culture que la quasi totalité des gens que j’ai rencontrés dans ma vie, peut être, peut être pas, mais je n’ai jamais eu l’esprit de compétition, je n’ai jamais voulu être le 1 et du coup, je ne suis rien. Alors forcément, je me reconnais parmi les riens qui souffrent, qui sont en bas, parce que je suis de cette engeance là, parce que je ne fais pas de bruits, je ne me bats pas, je me tais. Exactement comme tous ces gens méprisés par une oligarchie de plus en plus indigne. On ne m’a pas fait confiance parce que je ne me faisais pas confiance, parce que le petit rebeu du 93, malgré des diplômes à ne plus savoir qu’en faire, et tout ce qui va bien, n’est toujours qu’un petit rebeu du 93. Aujourd’hui, les petits comme moi, veulent exister et montrer qu’ils peuvent, eux aussi, devenir des êtres politiques. Quand on regarde la classe politique aujourd’hui, elle ne mérite pas les gens qu’elle prétend représenter et qu’elle humilie en fait. Alors que le peuple se dirige lui même ne peut être pire qu’être dirigé par « ça ». Ce peuple fera lui aussi des erreurs, c’est certain, mais au moins, elles seront les siennes et ça veut dire beaucoup.

       45 ans, deux enfants, deux bacs+5, chômeur, plutôt mal dans sa peau, avec un nom et une supposée culture qui ne lui correspondent pas, essayant de survivre dans ce marasme parce qu’il y a, malgré tout, de belles choses en ce monde et que je n’arrive même pas à être jaloux. Je devais me coucher tôt ce soir mais ça sera encore une nuit courte à retourner, dans ma tête, tout ce que je ne fais pas, bloqué par ce que tous les autres ne connaissent pas. Ainsi, à quoi bon encore une fois répéter la même litanie. Le monde que nous avons créé n’est pas beau, nous avons énormément pleuré dessus, depuis si longtemps alors si aujourd’hui, il peut y avoir un petit changement, autant l’accompagner plutôt que de le considérer comme forcément vulgaire puisque venant de la plèbe. Quant à moi, personnellement, je ne sais pas, comme d’habitude, ce que je ferais dans le futur ou pas. Peut être espérer un sursaut de confiance ou une chance digne du loto ou plus sûrement un ailleurs où enfin commencer quelque chose.

 

Et puis…

Et puis, il y a tous ces matins solitaires, tous ces levers de soleil à écouter le vent dans les gigantesques arbres sombres en espérant, soudain, trouver le chemin vers un impossible, vers une utopie, vers un rêve qui n’attend qu’un signe pour devenir un quotidien maussade et fade.

Et puis, il y a toutes ces heures à noyer le regard dans des récipients sombres, fumants, odorants et amers à regarder un avenir dissimulé sous les couvertures opaques de mes réalités funèbres et non vécues. La descente de la chaleur âpre et sucrée le long de l’épine dorsale.

Et puis, il y a tous ces jours qui passent les uns après les autres, les uns avec les autres, les uns dans les autres, les uns sans les autres. seulement tous ces jours qui finissent par apparaître comme les fausses perles céramique sur le cou nu d’une succube diaphane et gourmande.

Et puis, il y a tous ces moments qui balancent entre espoir et désillusion, entre actions et attentes, entre rêve et réalité et surtout désillusions, tristesses, insomnies et mal être au milieu de la vie d’autres chimères et pourtant, tout va bien, je ne me suis pas tué.

Et puis, il y a toutes ces femmes que je n’aurais pas, tous ces corps que je ne caresserais jamais, toutes ces peaux que je ne frôlerais pas et toutes ces histoires de vie dont je n’entendrais jamais parler parce que je ne suis pas là et parce que je n’avais aucune raison, finalement, d’y être.

Et puis, il y a toute cette fatigue inutile accumulée à se débattre dans le vide et dans un nuage d’inconnus et d’incompréhensions divines et maladroites. Les méandres obscures d’une vie plate et sans reliefs agrégée à d’autres vies insignifiantes à ne pas recevoir ce qui aurait pu changer.

Et puis, il y a ces luttes, ces combats, ces batailles qu’on mène contre des armées d’ombres sombres et vaporeuses, seul face à des mondes inconnus et des ennemis qui, en fait, ne le sont pas mais le sont parce que la décision ne dépend déjà plus de moi et que la haine naît du vide et vit du vent.

Et puis, il y a les fantasmes, les rêves, les envies, les illusions et les désillusions. Tout ce qui construit une vie parallèle et qui reste toujours plus belle, et qui à la fin font que je triomphe car je ne me suis pas tué.

Francitude

Plusieurs personnes, et à juste titre, et avec talent la plupart du temps, s’indignent du comportement de l’Italie, de Malte et/ou de la France sur le sort réservé aux migrants. Je le répète, les indignations sont justifiées. Toutefois, il me semble qu’en réalité, le problème de la société française face à cet événement, cette horreur, cette forfaiture, ne se situe pas sur l’accueil ou non de 58 personnes en souffrance. Évidemment, ces personnes n’auraient rien changé à la vie du pays. Évidemment.

Le problème, selon moi, et ça n’est que mon avis, vient essentiellement des gens comme moi. Les fils et filles ou petits enfants de migrants. Nous sommes français, nés en France, parlant cette langue. Pourtant, certains d’entre nous revendiquent une appartenance à une autre communauté. Je ne parle pas ici des bi-nationaux. De la même façon que j’entends qu’on puisse aimer deux femmes et même davantage, j’entends qu’on puisse vouloir montrer son attachement à deux pays différents et ceci ne me choque pas, (sauf dans le cas où la préférence pour un des deux pays est marquée, affichée et revendiquée et cela au détriment de l’autre, mais j’y reviendrais). On peut être franco tout ce qu’on veut, il ne faut jamais oublier qu’on est aussi franco, pas surtout mais bien aussi.

Le problème n’est donc pas autour des bi-nationaux. Il se pose, selon moi, autour des français. De part notre couleur de peau, notre nom ou notre foi, nous sommes continuellement renvoyés à une identité étrangère. Ce que certains nomment racisme. Pourquoi pas. Néanmoins, une des problématiques autour de la triste actualité des migrants, est bien que certains français ne se sentent pas, ne se revendiquent pas, ne s’acceptent pas comme français. ‘Viva Algérie, bienvenue dans mon pays, le Sénégal’ autant de revendications identitaires qui deviennent de plus en plus difficiles à intégrer dans un pays, lui même, en quête d’identité ou de renaissance. Il y a une partie de la population, (et non, pas tous et non, je ne sais pas combien et non, il ne s’agit pas de condamner mais seulement de constater,) qui ne se sent pas français et qui le revendique. Cette catastrophe humanitaire n’existe, selon moi, que parce qu’une partie de la population n’a pas été, (et chacun choisira son vocable préféré), acceptée, intégrée, assimilée… L’une des facilités de la réflexion assignée à partir de là, est que l’état français a failli… C’est vrai… La France n’a pas su accueillir, accepter, chérir, protéger, encadrer, faire grandir comme il aurait fallu, ses enfants. Pourtant, dans l’idée de faire société et de faire sens, il n’est pas pertinent d’attendre que l’état donne tout. Les efforts doivent se faire dans les deux sens et, même si la France ne remplit pas son rôle, ne facilite pas et met même plutôt des obstacles à une reconnaissance pleine et entière, ce n’est pas en se revendiquant d’un autre pays qu’on facilite le processus. Être français, c’est bien sûr administratif mais cela ne peut se résumer aux papiers. C’est aussi, et même surtout, l’acceptation d’un certain nombre de règles et de valeurs. Ce que les politiques, en mal de publicité, ont nommé identité nationale et qu’ils n’ont résumé, au final, que par une opposition à l’islam. La religion, le grain de peau, le nom n’ont rien à voir avec l’idée de francitude. La francitude est tout un ensemble d’éléments dans lesquels nous nous identifions, nous nous reconnaissons et auxquels nous souhaitons tous adhérer. Refuser d’appartenir à la francitude n’est absolument pas condamnable mais, en France, ne peut s’accompagner que de désagréments. Refuser d’appartenir à ses valeurs communes, c’est refuser d’appartenir à la France et, de fait, condamner la France parce qu’elle ne nous accepte pas alors qu’elle se sent refusée est contre nature. La France n’a qu’elle à offrir. Lui demander davantage est reconnaître qu’elle ne nous convient pas.

Le rapport avec les migrants peut soudain apparaître lointain mais il découle, de fait, d’un amalgame logique finalement. Les nouveaux arrivants sont aussi intégrés à la société française que certains français. Les nouveaux arrivants ne maîtrisent pas la langue, ne maîtrisent pas les codes ni les règles pour certains. Ils sont semblables à ceux qui refusent le vivre ensemble à la française mais ceux qui refusent le vivre ensemble et qui sont français, la loi ne peut rien contre eux, désormais. La prison éventuellement mais seulement dans les cas les plus grave et se promener en permanence avec un drapeau d’un autre pays ne fait pas partie des cas graves. Crier sa haine d’autres membres de la communauté ne fait pas partie des cas graves apparemment, où seulement pour, symboliquement, condamner à une amende elle aussi symbolique. Ce sont tous ces comportements de refus d’appartenance à la francitude que paient, aujourd’hui, les migrants. A force de poser une identité étrangère comme supérieure à l’identité française, à laquelle on devrait appartenir, on montre au reste de la communauté, que ceux qui arrivent ne peuvent pas, ne pourront pas s’intégrer ou se franciser, si on doit aller dans l’extrême parce que non, il ne s’agit pas de devenir français et de renier son passé, ses origines, ses coutumes ou ce que l’on est, il s’agit juste de se poser les questionnements légitimes: est ce que le comportement que j’adopte correspond à ce que j’accepterais de l’autre? Français, la plupart le sont et il est hors de question de le remettre en cause évidemment mais appartenant à une communauté nationale qui fait sens, cela apparait un peu plus chaque jour discutable ou ténu. Ce constat là tout le monde peut le faire et il permet juste de remettre le problème des migrants dans la case qui lui correspond le mieux, à savoir un non problème. Ce qui pose problème aujourd’hui à notre société, c’est clairement les migrants français en France. Ceux qui refusent par principes, par mimétisme, par lâcheté, par faiblesse, par abandon, par bêtises, par inertie, par tout ce que l’on voudra, d’appartenir à la France. Il ne s’agit pas de manger du jambon, de boire du pinard, de se renier, il s’agit d’accepter la liberté de chacun dans un sens commun. Si mes convictions, mes comportements ne s’intègrent pas à la bonne marche, au bon fonctionnement de la société et de la cohésion nationale alors que puis je modifier dans cet aspect de ma personne pour que je ne sois plus ostracisé? Parce que si la nationalité française s’obtient par la naissance, les papiers ou n’importe comment , la francitude demande un effort de chacun. Si le pays auquel on prétend appartenir, auquel on se doit d’adhérer à nos valeurs alors on essaie par les voies légales de modifier les codes. On se présente, on se fait élire et on modifie les codes. par exemple. Et si, ce qui compte, c’est de soutenir l’équipe nationale d’un autre pays dont on en possède même pas la nationalité souvent, au détriment du pays dans lequel on vit et qui nous nourrit (dans toutes les acceptions du terme nourriture) alors il est temps, peut être, d’agir en adulte raisonné et de se poser les questions qui fâchent mais auxquelles il est essentiel de trouver des réponses. Suis je français? Suis je prêt à défendre les valeurs, la culture, l’histoire de ce pays? A partir des réponses trouvées, il appartient d’agir en conséquence.

C’est cet amalgame là qui fait qu’il y a une crise des migrants. C’est à cause de tous ces français de papiers qui refusent d’être français de cœur qu’on se retrouve à s’entre déchirer à cause d’un bateau à la dérive en Méditerranée. Les migrants ne sont que l’exutoire à un mal être sociétal bien plus profond. C’est parce que certains français qui ont un nom qui ne résonne pas bien ou une couleur de peau qui ne correspond pas aux attentes, ne se sentent plus français et le montrent chaque jour à cette France qu’ils finissent par haïr, qu’il est très compliqué, aujourd’hui, d’accueillir des étrangers sereinement. Certains français (qu’on peut qualifier d’intégrés, de souchiens, de ce qu’on veut) voient les français qui refusent d’adhérer à l’unité nationale comme des étrangers. Et, de fait, ils sont étrangers même s’ils ont les papiers. Alors, recevoir, accueillir, d’autres étrangers confine au trop plein. Bien sûr, il y a des racistes purs et durs, mais, je trouve, ressens, pense, crois, interprète, que bon nombre de français se demandent comment faire accepter la francitude à de nouveaux arrivants alors que nombre de français sur le territoire ne l’acceptent pas. Plus par plus ne donne pas moins.

Pour conclure, si les français étaient unis dans la francitude, l’accueil de migrants serait un non événement parce que la francitude serait suffisamment forte pour montrer le chemin de ce que ce pays attend de chaque arrivant, n’importe quand. C’est parce que nous sommes faibles dans l’évidence de nos valeurs que l’accueil est une impossible pour beaucoup.

Ps: OK je suis raciste, facho, je suis le mal… Comme ça le mal a un nom…

Loin et vite

Il y avait dans cette sédition des formes de courage qui pouvaient paraître maladroites ou même malheureuses pour d’aucun se donnant une chance de survivre. Cela pouvait sembler incongru mais il y avait encore des envies de vie derrière les méandres de l’âme blessée. Alors, je cherche, j’attends, j’espère, et puis je me dis que, finalement, ce qui donne du sens, ça n’est pas de faire ce que tout le monde peut faire et de la manière dont cela est imposé mais bien, plutôt, d’être juste là où cela a presque un sens. Enfin, comprendre que je ne suis pas un parmi la masse inerte et molle des semblables. Que ce que je peux apporter, vaut davantage qu’un faible salaire et une reconnaissance nulle des pairs et des receveurs. Peut être que, en réalité, ce qu’il faudrait, c’est davantage de confiance en soi, peut être même, de la prétention, en tout cas, ne plus se sentir fautif, depuis toujours, d’être là parce que c’est comme ça que j’ai été conçu. Sans faire exprès. Toujours ce sentiment d’être là par effraction, par accident et que le but du jeu a été de cumuler les handicaps, une identité qui n’est pas la mienne, une foi qui ne me concerne pas, une culture qui ne m’intéresse pas, une origine qui ne me correspond pas et, aucun soutien autour. Je finis par me dire que le changement d’identité sexuelle est bien plus simple. Et puis, je me reprends et j’arrête de rêver à un monde meilleur qui ne viendra pas de toute façon, pas dans cette vie, pas dans ce monde. Il y avait des espérances et des envies dans un autre age et dans une autre ambiance et puis, rongé par les catastrophes vitales crées par moi, il n’a plus resté que des regrets à avoir accordé de la confiance et du respect alors qu’il aurait fallu fuir et changer. Loin et vite.

Tu sais…

Tu sens monter en toi une fièvre incontrôlable. Quelque chose qui te brûle de l’intérieur et que tu ne saurais même pas expliquer, tant cette douleur annihile tes moindres envies ou désirs. Tu voudrais te libérer de cette souffrance impalpable mais, encore une fois, tu échoues. Tu sais qu’il faut se battre, se tenir droit et la tête haute, et pourtant, le poids du monde sur tes épaules t’assaille et te paralyse, alors tu stagnes, tu restes sur place. Tu regardes les nuages voiler, encore une fois, le jour et tu laisses les larmes du ciel couler le long de tes joues. Tu regardes les pins qui cherchent à toucher les étoiles et tu te dis que peu de choses ont réellement de l’importance. Tu écoutes les vagues taper les galets et tu revois encore les mêmes images de ce qui semble être une autre vie. Tu n’es déjà plus le même mais tu ne seras jamais vraiment un autre. Trop de choses ont changé, trop de temps est passé pour te dire que ce qui est passé n’est pas mort. Alors, tu comptes les cadavres. Tu revoies les conquérants et les fleuves italiens trahir le peu de confiance que tu accordais encore aux humains et tu restes seul mais, au moins, tu ne te sens plus vulnérable et manipulable. Tu as vu l’importance que les autres t’accordaient, tu as compris à quel point tu ne pouvais qu’être une monnaie d’échange et tu vois que tu ne seras jamais celui vers qui on se dirige. Tu sais maintenant que tu fais peur et tu sais aussi que tu ne sauras jamais pourquoi. Tu espérais autre chose de toi mais, aussi, des autres et pourtant, tu finis par te contenter de ce qu’ils veulent bien t’offrir mais tu sais aussi, désormais, que c’est très peu. Alors tu regardes impassible la nuit tomber sur l’océan et tu sais.

 

Au loin, il reste elle – Da lontano, rimane lei

 

Derrière les songes éphémères et les rêves détruits par trop de poussière, sur les volcans lunaires des plaines du monde, se cachaient les vertes prairies des histoires féeriques contées par les elfes des mémoires obscurcies.

Au fond des bars à professionnelles avachies sur des tabourets trop hauts et inconfortables pour laisser paraître l’envie d’une conversation stérile, se tenaient les marins avinés des récits guerriers racontés par les bardes burinés.

Au dessus des volcans asséchés par les pluies torrentielles d’un autre âge et les orages violents d’un monde utopique détruit par les marées montantes des larmes enfantines se dressaient les sombres corbeaux des images glauques et infernales des châteaux gothiques en ruine.

Au fronton des édifices religieux en ruine et majestueux, attaqués par les vents brûlants et humides d’un autre temps et les tornades venues des souvenirs embrumés se plaçaient les bibliothèques mémorielles des existences lunatiques.

Sous les songes des princesses endormies et blessées par de trop longues nuits sans sommeil et trop de jours de pluie se faisaient les univers ensoleillés des folles nuits d’été et des mauvais jours d’automne.

En dehors de ces mondes enfiévrés, énervés et démembrés par des controverses futiles et des attaques laminaires d’envahisseurs pensifs de la nature mourante se pâmaient les serviteurs avides et sûrs de leurs certitudes ancestrales sur des barbus décharnés depuis des millénaires non vécus.

Et par dessus les sentiments qui reviennent et restent autour d’autres histoires, d’autres mouvances, d’autres feux qui s’éteignent et s’étreignent sur les marches des palais orientaux se redressaient les luttes ancestrales et les wagons de conflits désarmés aux multiples histoires ensanglantées et fiévreuses.

Et au loin , le cheveu collé et gras de nuits de labeur sous les assauts malhabiles et fébriles de larges marins suants la mer et les contrées lointaines se regardaient dans les yeux vides ces femmes de faibles vertus et de petites vies gigantesques.

Et plus loin encore, le pas maladroit, le talon cassé dans une main blafarde, le chaînon d’un sac vide, bon marché, qui pendouille dans l’autre, à l’orée d’une lisière fumeuse, se déhanchent toutes les femmes croisant les destinées et les souvenirs des déshérités de l’identité lacunaire.

Et tout au bout du chemin, derrière ce que j’aurais voulu garder et que j’ai perdu à force de ne plus savoir ce que je cherchais vraiment se tenait les formes lascives et mémorables de ses envies contrariées parce que, finalement, au loin, il reste elle.

 

 

 

 

Inoltre, ho perso di nuovo (et puis, j’ai encore perdu)

J’ai regardé dans mon passé pour voir si je trouvais des traces de bonheur auxquelles me rattacher. Ravaler les larmes et les sanglots qui brûlent la gorge. J’ai vu aux coins des forêts obscures, les danses de toutes ces nuits déjà oubliées puisque trop furtives, trop vite passées, trop vite oubliées. J’ai aperçu les rires de séduction, les yeux pétillants de satisfaction, les moments complices et les silences emplis de joie et d’espoir. Et puis, j’ai encore oublié.

J’ai touché dans mon futur du bout des doigts pour sentir un monde meilleur dans lequel me projeter. Avaler des couleuvres et les énergies venues d’ailleurs qui brûlent la peau . J’ai caressé dans le creux des nuages, les strip tease déjà disparus puisque jamais vécus, jamais réalisés, jamais contemplés. J’ai effleuré les regards amères, les cris d’indignation, les jours de pluie et les tintamarres bouffis d’orgueil et de honte. Et puis, j’ai encore effacé.

J’ai marché à travers mon histoire en regardant tout autour si je voyais encore des fleurs ouvertes et des parfums d’amour. Courir à perdre haleine et les jambes qui deviennent si lourdes. J’ai traversé les océans déchaînés, enchaînés par mes propres haines, les mers mortes de faim, de soif, de peur. J’ai parcouru les fleuves sombres et volontaires, les lacs sages et délétères, les rivières folles et les torrents incontrôlables. Et puis, j’ai encore rêvé.

J’ai ressenti dans mon présent, le moment de tourner les pages jaunies par trop de détours, dans lesquelles se noyer. Plonger au fond des ravins et voir les poumons qui se consument. J’ai éprouvé les chutes en apnée , les bousculades effrénées, les glissades non maîtrisées, non contrôlées, non désirées. J’ai subi les attaques des herbes folles et vigoureuses, des ombres blanches et lumineuses, des soleils ternes et des arbres agressifs. Et puis, j’ai encore failli.

J’ai entendu dans un autre monde pour comprendre des idiomes qui n’existent pas dans lesquels perdre la raison et retrouver la tête. Acquiescer à la moindre alerte et les oreilles qui saignent de trop de maux. J’ai écouté les murmures hurlés par des femmes muettes, les chants d’enfants, les plaintes psalmodiées, pleurées, injustifiées. J’ai compris les messes déraisonnables des nonnes acariâtres et fourbes, des prêches sombres et meurtriers, des oraisons funèbres et des communions violentes. Et puis, j’ai encore juré.

Altrove, altrimenti, una volta

 

J’ai balayé les projets, j’ai refusé les longs discours. J’ai cherché si c’était vrai et j’ai passé mon tour. J’ai attendu que tout soit parfait et finalement, j’ai compris que ce ne serait pas pour cette fois. Alors, j’ai regardé autour et je me suis dit, après tant d’hésitations, allons au bout de l’histoire, on verra bien où nous mènera le compte à rebours. Tout est déjà décompté puisque tout tourne plus vite que nous. Que même si je le voulais, je n’arrêterais pas la machine qui tape comme un tambour. Après tout, je ne suis que ce que je suis et ce que j’aurais pu être, restera dans l’ombre des suppositions les plus imaginaires.

J’ai regardé les nuages s’envoler, j’ai passé le temps à compter les jours. Attendre que tout devienne de l’amour, c’était insupportable. Fallait plutôt reprendre la route, et marcher vers l’horizon. Ailleurs, y aura des chances d’être un autre, autrement et de ne plus attendre que tout soit en place. Alors, je suis parti dans les chemins de traverse, dans les murs du son et mes faiblesses et j’ai cherché la paix jusqu’à ce que le soleil tombe. Que même si je pouvais, je n’aurais pas su arrêter le cours . Après tout, à force de vouloir être ailleurs, je suis resté dans l’ombre de moi même puisque tout est imaginaire.

J’ai touché du bout des doigts, j’ai caressé des peaux de velours. J’ai regardé de loin des mondes s’effondrer à force de ne pas y aller. J’ai passé les hivers, les uns après les autres, et j’ai recommencé en été. J’ai partagé des souvenirs de vies que je n’avais pas vécues. Autrefois, j’aurais eu les chances d’être ailleurs, avant que tout ne me retienne dans un monde que j’ai laissé se construire autour de moi sans participer à sa chute. Que même si je fus bâtisseur, je ne pouvais repartir de rien. J’avais gardé les fonds baptismaux et les murs porteurs. Après tout, je ne reste que le même qui repart vers un nouvel imaginaire.

J’ai partagé des regrets, j’ai contemplé des mondes lourds. J’ai passé les nuits à espérer un miracle qui n’était que l’espoir d’un ailleurs moins sombre. J’ai passé mes futurs, les uns après les autres, et j’ai recommencé en hiver. Autrement, j’ai voulu faire autrement, ailleurs, autrefois et après. J’ai regardé dans le miroir liquide si j’étais sur la bonne route poussiéreuse. Que même si je suis seul, je le suis avec moi même. Accompagné par moi, comme mon Sancho sur les routes temporaires, à construire ce nouvel univers pour être face aux restes de moi sur Rossinante, à la conquête de moulins imaginaires.

E a volte (et parfois…)

Et parfois, nous ne pouvons être que nous autre chose que nous mêmes. En tout cas, je ne peux être que moi même si l’idée d’être un autre peut être plaisante. Il y a toujours ce moment où se mentir ne peut plus être une alternative. Ce moment où la vérité de ce que l’on est, au plus profond de soi, rejaillit avec force par tous les pores de la peu. Ce moment où il faut s’avouer ne pas être si bien qu’on le voudrait, qu’on l’espérait. Entendre et comprendre enfin que je ne suis rien d’autre qu’un petit bonhomme qui essaie de se débattre avec lui-même et qui échoue et qui continue d’échouer mais qui continue de se débattre. Il n’y a pas à se haïr ou à se mépriser. Tout est dans la même logique mortifère, autodestructrice, la mienne, mais programmée ou pour le moins prévisible, sans surprise. A force d’être jugé, méprisé, rabaissé, critiqué, il ne peut y avoir d’autres issues. Il ne reste plus qu’à subir les cris des bébés qui cuisent sous le soleil de plomb sérénissime, les élans émotifs autour d’un pont qui s’effondre entraînant un pays entier dans l’incompréhension triste. Ma propre histoire n’a que peu d’importance en réalité. il y a les messes dans tous les lieux possibles, les prières entre deux portes et les bruits lointains de voix étranglées et nerveuses à raconter encore et toujours l’indicible sans jamais oublier de pleurer ces disparus et puis, le respect qui lui aussi décède de sa belle mort en laissant dans la mémoire commune ce qu’est la voix de la soul et le vibrato de l’âme. Alors, au beau milieu de ces nuits pleines de la tristesse universelle, les méandres de mes propres souffrances n’ont que l’écho limité d’un réseau téléphonique capricieux au milieu des allées sombres d’un ailleurs improbable et imprévu. Les larmes qui ne coulent plus à force d’être trop sèches sur des joues trop burinées par le soleil transalpin ne racontent qu’un malheur banal d’une vie futile et solitaire au milieu d’une foule innombrable, sauvage, austère. Même si cela apparaît malsain, déséquilibré, violent, c’est la solitude, la confrontation seul avec soi qui fait que la tête se redresse peu à peu parce que l’oubli que l’autre te renvoie devient une présence continuelle, permanente, ancrée. C’est parce que tu pars que l’autre t’oublie et c’est parce que l’autre t’oublie que finalement tu ne pars comme tu le devrais. C’est parce que le choix n’est plus, que tu deviens ce que tu te devais d’être, celui que tu n’aimes pas mais qui est le véritable moi.