Pensées et discussion à l’aire de la nationale (59) ou dialogue de l’auto fou

 

 

La pluie tombait sur son visage. Elle avait levé les yeux vers cette immensité grise et laissait l’eau ruisseler le long de son visage et de son corps. Ses cheveux tombait en vagues poivre et sel sur ses épaules. Elle pensait que finalement, en réalité, il n’y avait pas de problème à être elle. Jouer le rôle de petite fille modèle, d’employée modèle, de citoyenne modèle, d’amante modèle, d’exemple de femme combative, volontaire, cultivée, intelligente l’avait épuisé. Elle se souvint de ses collègues. De toutes ces femmes aux passions tristes et sans but, sans projet autre que d’atteindre les prochaines vacances. Elle se souvenait de toutes ces heures perdues à corriger des copies sans intérêt, à concevoir des cours dont tout le monde se fout, à choyer et préserver les susceptibilités et à croire aux discours de réussite d’une hiérarchie incompétente. Elle se souvenait de ses livres qu’elle avait lus parce qu’il fallait, de ces disques qu’elle avait écoutés parce qu’elle devait, de tout ce qu’elle avait fait pour être la représentante ultime du monde des morts, des décalés, des déconnectés.

Elle avait atteint des sommets dans sa quête. Reconnue par ses pairs, aimée de sa hiérarchie, appréciée par les élèves. Pourtant, elle n’était que ce que tout le monde attendait d’elle. Sans surprise, sans aspérité, prévisible… Triste dans sa routine. Elle avait voulu imposer sa routine, son monde, à toutes les personnes qui l’entouraient, surtout aux hommes. Il fallait qu’ils marchent à son pas, qu’ils soient ce qu’elle avait décidé qu’ils seraient. Et puis, quand elle en avait assez, quand enfin ils étaient les toutous qu’elle avait voulus, elle les jetait comme la caricature des femmes modernes. Elle se souvenait de tous ces sourires forcés, de tous ces compromis, de tous ces déjeuners avec des personnes qu’elle n’aimait pas, de toutes ces concessions quotidiennes pour être le modèle, l’exemple et pour rester dans le cadre. Surtout, surtout, ne jamais sortir du cadre, pas de vagues.
Après tout ce que ces dernières semaines lui avait montré, elle en tirait la conclusion que c’était même bien d’être soi. Elle s’était découverte dans le dénuement, dans le simple fait de regarder le monde comme il ne va pas.

Aujourd’hui, elle pouvait rester sous la pluie et apprécier la fin de son passage. Elle se sentit fatiguée, lasse mais en paix. Une sorte de rédemption dans ce chemin, de purgation. Elle avait fabriqué tout au long de sa vie des cicatrices, des blessures, des traumatismes et pour boucler la boucle, pour finir en apothéose, elle avait redonné vie à un perdu, un détruit, un brisé. Elle avait fait sa bonne action, celle que, inconsciemment, elle attendait depuis toujours. Elle avait sauvé une vie, elle avait donné du sens à une de ses actions. C’était en tout cas la première fois qu’elle se sentait vraiment utile. Que ce sentiment résonnait en elle. Quelque part, elle pouvait maintenant partir soulagée.

Elle l’avait quitté, laissé sur une aire encore ivre de sa bouteille de la veille. Elle savait qu’il n’était pas sauvé, loin de là, mais elle avait fini sa mission. Elle lui avait montré que le passé n’était rien ou que même s’il valait quelque chose, il ne valait pas la peine qu’on s’attarde dessus. Il n’y avait pas de problèmes à être soi. Le vrai problème était d’être celui ou celle que l’autre voudrait. Il était devenu ça, elle avait fait ça toute cette vie et cette fois, elle avait refusé. Elle avait voulu le préserver, le laisser être lui et ce faisant, elle était devenue elle.

Elle se tenait droite, à côté de sa voiture qu’elle avait retrouvée. Elle avait fait en sorte qu’ils retournent sur cette petite aire au milieu de nulle part. Il n’y avait pas prêté attention, comme toujours. Elle avait prévu, organisé la chose, comme toujours. Elle avait profité de son sommeil, de son indifférence pour prendre la route et voir ailleurs si elle pourrait servir. Ce sentiment nouveau la transcendait. L’idée d’être utile changeait la perception du monde. Elle pouvait se tenir debout, à côté de sa voiture, sous la pluie diluvienne et ne plus se soucier de sa coupe de cheveux ni de son apparence. Elle pouvait être elle enfin et cela n’avait plus de prix.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (58) ou dialogue de l’auto fou

 

Il fallait, à un moment, se dire que la vie avait un cours à reprendre. Même auprès de James, toutes les vérités n’étaient pas bonnes à dire. J’avais, peut être, tiré trop fort sur la corde. Toutes les paumées n’ont pas forcément un chat, certaines ont des chiens. En réalité, surtout, ces derniers mois m’avaient montré, m’avaient expliqué que je ne devais plus faire de compromis, que j’avais trop laissé passer d’étouffements de moi. Je n’avais jamais été aussi libre que ces derniers temps et pouvoir enfin exprimer clairement ce qui était une simple réalité ajoutait à cette libération. Je ne supportais plus cette hypocrisie ambiante, ces déjeuners avec des personnes dont on se moque toute l’année, ces soirées avec des gens qu’on n’aime pas, ces journées, entassés dans des pseudo open space, avec des personnes qui, au mieux, nous indiffèrent, au pire, nous pourrissent la vie. Je n’avais plus besoin de jouer au jeu d’appartenir à ce monde, de plaire à tous ces gens qui ne m’aimaient pas. Je n’avais plus qu’à devenir moi comme James me l’avait montré.

Depuis quelques jours, elle était partie. Elle avait rejoint son monde. C’est en tout cas la conclusion que je tirais de son absence. J’avais peut être été trop dur mais c’était le prix à payer. Je devais enfin être sincère pour devenir ce que je devais.

J’avais continué ma route, continué mon chemin, tracé la route. De villages en routes abandonnés, de parkings en bouteilles de whisky, j’avais continué d’arpenter mon nouveau monde. Je voyais enfin de nouveaux visages, de nouveaux sourires. Une vraie vie dont je m’étais privé trop longtemps. J’avais cédé aux sirènes qui me demandaient de ne pas être moi, d’être un autre, d’être selon les désirs et je pouvais désormais vivre autrement. Alors je suis parti loin, le plus loin possible de toutes mes erreurs et surtout loin de la plus grave de toute et plus je m’éloignais et plus je me sentais mieux de ne plus jamais la revoir.

Je marchais, je roulais. Le soleil m’avait noyé, la pluie m’avait rafraichi, la neige m’avait brulé mais je continuais. J’avais allumé des feux sur les plages à compter les vagues et dévorer les étoiles en fermant les yeux pour oublier que je marchais encore. Des jours entiers, dans chaque vague, je croyais voir son reflet. A travers chaque fenêtre, je voyais son corps mais les lumières des ports s’éloignaient de plus en plus jusqu’à ce qu’elles semblent si loin qu’elles n’étaient plus qu’un souvenir dans les neiges éternelles. Mon corps changeait moins vite que mon visage. La barbe poussait plus vite encore que les cheveux et je restais des jours entiers sur les plages, sur le capot de la voiture, sans dire un mot à personne. Plusieurs fois, j’aurais voulu qu’elle soit avec moi et puis, à force qu’elle m’oublie, je changeais encor d’endroits jusqu’à ne plus deviner les traits de son visage. Après tant de route, le point de départ semble tellement vague, tellement loin, tellement ailleurs alors que je ne savais même pas quel serait le point d’arrivée. 

Je continuais à longer les mers. Je continuais à suivre le soleil. Je continuais à me nourrir surtout de liquide. Je continuais à prendre mes bains profitant de l’eau encore chaude. Parfois, cette pensée venait. Il faudra trouver une façon de rester propre même quand le froid arrivera. Je profitais encore de la clémence des jours et de la douceur des nuits. Je ne savais que peu de choses de ce qui se jouait dans le monde des intégrés, de ceux qui se pensent importants. J’entendais parfois les mêmes plaintes qu’avant, lorsque j’étais de ce monde et que je me croyais vivant, alors que j’étais mort à l’intérieur. James me manquait. La solitude me pesait.

Danser nu, sur le toit de la voiture, le soir, avec la musique crachée depuis les enceintes mal branchées, me réjouissait. Je pouvais sauter, bouger, de la manière la plus ridicule possible sans souffrir du regard, du jugement.

Tout ce que j’avais toujours fait, jusque là, relevait d’une importance outrancière. Pourtant, j’étais léger mais j’avais été forcé de tout prendre au tragique, de tout considérer comme grave. Je parlais sans réfléchir quand j’étais moi. Je faisais de l’humour. Je n’avais pas à me comporter comme un intellectuel ou comme un cadre dynamique mais il avait fallu que je devienne ça, que je sois ça, pour rester dans les bonnes grâces. Aujourd’hui, je pouvais parler sans regarder autour, je pouvais sortir sans rendre de comptes, je pouvais vivre sans devoir présenter des excuses. J’avais pitié de celui que j’étais et je le haïssais aussi mais il était mort et je n’avais pas envie d’avoir de sentiments négatifs vis à vis d’un mort. J’étais moi et plus un autre.  Et je le devais à James.

A force de vent, de sel, de soleil, ma peau s’était burinée et, durant quelques jours, elle tomba même en lambeaux. James disait que je faisais enfin ma mue mais je l’arrachais autant que je le pouvais pour accélérer ce fameux processus. J’avais souvent utilisé des expressions toutes faites mais, à ce moment là, je changeais vraiment de peau et je compris alors que ces expressions n’avaient de sens que lorsqu’on les éprouvait réellement. C’est seulement quand on a ressenti les choses qu’on peut les enseigner. Vivre les choses permettait de les comprendre. Et c’est là que je compris que je devenais moi et que je tuais l’artificiel. J’ai continué ma route, j’ai provoqué des conflits que j’avais cherchés mais je n’avais rien fait à ma façon. J’avais toujours fait comme on m’avait dit de faire et je laissais cette peau brulée derrière moi. J’avais supplié que les gens restent près de moi, par peur de l’abandon, alors que leur départ s’avérait un soulagement. Je ne m’écoutais pas, je me précipitais sur ce qui me semblait valable, sur l’instant, mais qui me détruisait au lieu de m’élever. Au moins, cette dernière histoire fut le point final de ma comédie des erreurs. De ce livre où j’avais consigné toutes mes contradictions, tous mes torts, toutes mes peurs qui étaient gravés en moi, j’avais enfin le dernier chapitre, la dernière scène. Dans tout ce parcours, j’avais mené des combats qui n’étaient même pas les miens et même, j’en avais gagné quelques uns mais je laissais trop de moi dans chaque lutte. Trop souvent, j’avais laissé le dessin de mon corps sur des draps dans lesquels je n’aurais pas dû être. Trop souvent, je m’étais trouvé nu alors que je ne savais même plus ce que j’avais dit pour me trouver là. Et le jour vint où il n’y eut plus de lever de soleil pour guider mon chemin d’erreurs, plus personne pour me sauver. C’était le point qu’il me fallait atteindre pour jeter ce livre et oublier tous ces discours inutiles. 

J’aurais dû sombrer, couler sans jamais reprendre mon souffle et elle m’avait repêché. Elle m’avait sauvé et elle était partie comme elle était venue. Sur un malentendu. Je regardais le monde de loin. Pas d’en haut, mais plutôt sur le côté, en marge, en marginal que j’étais devenu et que je devenais. Rien du confort moderne ne me manquait vraiment. Le besoin d’un vrai lit, d’une vraie douche, d’un vrai repas, d’une vraie histoire existait toujours mais il devenait flou, diffus, presque absent désormais. Je vivais au jour le jour et le reste de mes jours devenait vie. J’étais prêt à me construire enfin, ailleurs, loin, autrement, avec d’autres. Enfin.

Un jour j’étais roi… partie 4

Mes armées avaient été défaites sans combattre, décimées, décapitées. J’avais posé les armes à faire confiance quand je n’aurais pas dû et soudain, je me surprenais à repartir sur les routes sinueuses des histoires vouées à l’échec. Je savais que cette fois, je n’avais rien à perdre. Je n’étais plus que l’empereur de mon propre monde après avoir cru être le roi d’un continent.

On me l’avait fait croire, et je l’avais cru et je m’étais trompé. Et maintenant, je pouvais enfin dire, sans retenue, sans peur, sans mesurer le poids de chaque mot, que je t’aime tellement. Que même sans te connaitre, je t’aime déjà comme on ne m’a jamais aimé. Je mélangeais mon sang à mes larmes du passé pour inonder mon ancien royaume de toutes les souffrances endurées et voir s’ouvrir les portes d’un monde inconnu, ton monde. Je pouvais suivre les routes que dessinaient tes doigts sur le sable des fondations de mes palais d’antan. Je pouvais suivre le feu de tes yeux creusant les roches, ouvrant les chemins vers les ailleurs idylliques. Je pouvais enfin pouvoir, je voulais enfin vouloir et ne plus être seulement ce qu’on avait fait de moi. Je pouvais être toi comme je voulais que tu sois moi. Je pouvais enfin être le sentiment qu’on m’avait toujours refusé Tu devenais les possibles, tu devenais le vrai, tu devenais les mers au milieu des océans. Tu devenais l’essentiel que personne n’avait jamais voulu être parce que tu faisais de moi l’essentiel que personne n’avait jamais voulu faire de moi. J’étais enfin important, vrai, réel pour quelqu’un, et ce sentiment changeait toutes les faces du monde. Cette découverte d’un monde nouveau, inconnu, riche d’impossibles devenus joyaux faisait enfin, de moi, un roi.

Avant j’étais roi, désormais je devenais le roi et je t’aime tellement. Les forêts brûlées, les villages ravagés, les maisons incendiées, les hommes éventrés, les femmes gorgées, les enfants pendus, les vieillards jetés des ponts, toute ma déchéance disparaissait quand tu posais sur moi ce regard aimant. Ce regard qui répond qu’il te désire tellement avant même que tu n’aies pu dire, crier ton amour. Ce regard qui devance toutes tes pensées, ce regard qui devance toutes tes envies, ce regard qui fait de toi un être complet, ce regard qui n’existait pas et qui devenait le diadème du reste de ma vie.

C’est parce que tu ne devais pas venir, pas maintenant, pas là, pas dans cette vie, que tu es apparue. C’est parce que je n’étais pas prêt que je pouvais te prendre la main comme j’ai toujours rêvé de le faire et comme je me suis toujours interdit de le faire. C’est parce que tu ne peux pas exister que tu es là maintenant. C’est parce que je ne suis plus roi que tu es mon royaume. C’est parce que je suis vide que tu es mon empire, mon tout, mon monde, ma vie, ma mort et tout le reste. Avant toi, j’étais roi, j’ai eu cette vie factice, faite de mensonges. Depuis toi, je suis immortel. Je continuerai de vivre dans un cœur qui bat, même après moi, même après les mondes, même après les après. Ce que ton regard m’aura donné vaut plus que ma vie. Tu es le sens, tu es le sang, tu es la raison, tu es ce qui purge le passé, tu es ce qui construit l’avenir, tu es ce que personne n’a jamais voulu être, tu es ce qui ne devait pas être, tu es ce qui est. C’est parce que je ne suis plus roi que tu es mon royaume et je t’aime tellement plus encore que ça et je te veux tellement plus que ça.

Un jour j’étais roi… partie 3

Malgré les orages, mon corps brûlait à l’intérieur. Le feu des trahisons répétées consumait chaque parcelle de ma peau. Autour de moi, la neige s’entassait en collines pures. Rien n’avait vraiment de sens et je sentais bien que je n’étais déjà plus moi. Tout avait changé mais bien moins vite que moi. Je découvrais une liberté que je n’avais jamais eue. J’en avais été privé si longtemps que je ne savais même pas comment la vivre. Je n’étais plus surveillé, je n’étais plus jugé, je n’étais plus coupable, j’étais abandonné.

Soudain, je pouvais être l’inconnu dans les rues, le passant dans les foules, le gueux dans les avenues. Je respirais enfin un air qui n’était plus goûté par d’autres. Je n’avais plus à subir les plaintes, les analyses, les réflexions qui venaient de partout et de nulle part. Je n’avais plus à rire sur du vide ou à m’obliger à croire ou écouter ce qui ne m’apportait rien. Je n’avais plus à déjeuner avec des personnes que je critiquais en permanence ou dont je me moquais le reste du temps. Je n’avais plus de déjeuner. Je pouvais passer auprès des gens sans qu’ils ne me reconnaissent, je pouvais les regarder sans qu’ils ne me voient. Je pouvais enfin être celui que je ne connaissais pas, celui que je n’avais plus vu depuis si longtemps.

Il avait fallu que je sois beau, que je sois fort, que je sois droit. Il avait fallu que je sois un roc alors que je n’étais que verre. Je ne pouvais plus faire les sourires qu’on m’avait obligés à faire pendant si longtemps. Je n’avais plus à soutenir des comparaisons avec mes prédécesseurs. Je goûtais enfin aux fruits défendus de la liberté. Des années durant, j’avais dû faire attention à mes paroles, à mes gestes, à mes pensées. Tout était soumis à jugement, épié, observé, décortiqué. Aujourd’hui, je mangeais par terre, entre les détritus, quand je mangeais. J’avais dû être présentable, enfin j’étais en haillon, et c’était une liberté. Un souffle. Je pouvais disparaître, je pouvais… La simple idée d’utiliser le mot pouvoir devenait un univers en foison. On me croyait puissant alors que je n’avais aucun pouvoir, si ce n’était celui de subir, de suivre, de me taire, de faire bonne figure. Je pouvais être enfin moi et disparaître en paix avec moi et en guerre avec le reste du monde. J’avais perdu les batailles jusqu’ici, faute de combat. J’avais accepté de me soumettre aux décisions extérieures. J’avais accepté d’être l’esclave, le suiveur et désormais, j’étais le meneur de ma propre vie. Ma déchéance était récente et j’étais déjà oublié. J’étais déjà le passé oublié. Parfois, une pensée furtive rappelait mon existence aux loups enragés et me faisait renaître dans la mémoire des muses.

Ca ne durait pas comme si cela n’existait pas, comme si je n’existais déjà plus ; et je n’existais déjà plus pour les muses muettes du temps où j’étais roi. Je savais que je devais mourir mais pourtant, une sorte de serre d’aigle me tenait debout, presque survivant. Dans le futur, je deviendrais grand et le futur commence maintenant. Tout passe trop vite pour attendre que ça arrive. J’étais roi, je suis devenu gueux et, derrière moi, je sentais déjà le regard qui allait me faire devenir empereur. J’avais perdu mon trône, trahi par mes propres sentiments. J’avais perdu mon trône à le confier aux hypocrisies du monde. J’avais perdu mon trône mais je découvrais un empire. Tout semblait simple, tout semblait pur. Si simple, si pur, que la peur m’étouffait. Il se pouvait donc que mes rêves, mes envies, mes sentiments soient vrais, soient partagés, soient honnêtes. On ne me regardait plus comme le roi, on me regardait comme un moi, fait de forces et de faiblesses et non comme une pâte à modeler et à remodeler selon des envies désordonnées et des désirs mouvants. Je n’avais plus à répondre qu’aux seules contraintes venues de moi et non aux injonctions venues de ce qu’il fallait être.

Chaque note de musique sonnait délicatement. Je sortais d’un monde de violence, de dureté, de méfiance et j’étais enfin entré dans les rues des villes franches. Sur les portées, j’errais simplement, humblement, mais tout sonnait juste, enfin. J’avais reçu le cadeau d’être oublié, de pouvoir enfin devenir ce que je n’aurais jamais dû cesser d’être. Je traversais les rivières, les ponts, les fleuves, les boulevards, les forêts, les montagnes, les mers pour atterrir là où je me devais d’être, là où j’aurais toujours dû être. Suspendu, accroché à son cou, pour ne pas tomber à nouveau, partir dignement, courageusement, dans un sourire, dans une larme. Le grincement des cordes du violon, le timbre de la clarinette au loin, le souffle court, sourd du saxophone qui s’éteint lentement, le petit déroulé du doigt sur la barrette, le monde devenait musique douce après ces années de concerts désarticulés. Je souriais. A nouveau, je trouvais la force de sourire en me noyant dans ce regard sincère. J’avais oublié ce qu’était la sincérité depuis trop longtemps et je sentais le frisson de son retour dans mon dos.

Un jour j’étais roi… partie 2

 

Tout le monde me croyait en fuite alors que j’errais sous les fenêtres de mon ancien palais, j’arpentais les rues de mon royaume sans jamais avoir le droit d’y entrer, sans jamais pouvoir y retourner. Je restais le fantôme invisible que tout le monde avait déjà oublié. Personne à hanter puisque déjà oublié de tous. J’avais entendu si longtemps des sirènes me chanter que j’étais admirable et admiré, que j’étais génie et génial, que j’étais l’homme alors que je n’étais déjà plus rien. J’avais voulu rester humble et ne pas croire le chant des mauvais augures et, avec le temps, à force, je m’étais pris au jeu et, au moment où les défenses se baissèrent, le coup de grâce tomba. Le fil toucha la nuque et d’un coup net emporta les dernières espérances d’un monde meilleur que je croyais réel. J’entendais monter les rires et les blagues sur mon compte, je voyais encore, pourtant, mon sang couler et se répandre sur le billot. Je me savais déjà parti mais j’étais toujours là, comme quand j’étais roi, comme quand les océans s’ouvraient à mon passage, ou que les montagnes me pressaient de les saisir et de les embrasser à pleine bouche, comme quand je visitais les forêts sombres à la recherche des plaisirs perdus et qu’elles sont maintenant rasées par les ordres d’un autre. Je voyais encore mes palais, mes mondes, mes châteaux s’effondrer. Les fondations rompre parce qu’elles n’étaient que de sable, de paille et de glaces fondant sous les canicules des ardents désirs extérieurs. J’étais loin désormais. Dans d’autres vies, dans de vagues souvenirs de livres d’histoire que personne ne lit jamais. Je n’étais même pas le nom d’une ruelle malfamée d’un village oublié. J’étais le néant des vies passées. Tout le monde que je m’étais efforcé à bâtir, reposait sur des sables mouvants et j’étais avalé par les antres de la terre. Mon passage était fini et il n’avait rien de mémorable. Il s’était rompu quand je commençais à prendre la mesure du rôle.

Les étoiles scintillaient, la lune éclairait le monde, les vagues faisaient une musique douce et calme quand j’étais roi. Aujourd’hui, les étoiles se cachent derrière les nuages, la lune ne répond plus au soleil et la mer est démontée ou trop calme mais ne chante plus. Seuls les remplaçants se gaussent et se repaissent dans des banquets orgiaques pendant que je regarde les ampoules griller une à une et les plaintes tomber autant que les masques.

Je devais diriger le monde de mes rêves et je n’étais plus qu’un observateur lointain et oublié d’une décadence prévue depuis trop longtemps. Le roi est mort mais il n’y a pas de vive le roi. Seuls les mauvais souvenirs, les mauvaises actions, les mauvais jours restent en mémoire et tournent en boucle. J’étais le banni et on me cherchait pour m’exiler, pour démembrer ce qu’il restait de mon corps pour l’exposer aux yeux de mon monde pour qu’il constate ma chute, pour qu’il reparte vers de nouvelles aventures en sachant que le pire est à venir. Je ne serai plus là pour le protéger, pour le chérir, pour l’aimer. Je l’aimais désormais autant qu’il m’aimait, d’un dégoût profond, d’une indifférence crasse, d’un mépris brûlant. Il m’avait banni, il m’avait réduit au silence, à la mendicité, il m’avait oublié. Je prenais la route du pèlerinage en laissant derrière moi la pluie, les nuages sombres, les nuits sans lune et ces villes faussement agréables. Je laissais derrière moi ces chants faussement poétique, ces textes faussement littéraires, ces films faussement intelligents. Je sortais du monde des plaintes pour entrer dans le monde du vrai monde. Et pour des raisons que je ne saurais plus expliquer si ce n’est par l’absence de ma tête, je commençais à ressentir un soulagement dans cet oubli, dans cette haine muette. Comme si, enfin, j’étais libéré de cette fonction qui n’était pas moi, de cette charge que je n’avais pas voulu. Je n’étais pas l’homme, je n’étais qu’un parmi la multitude et j’étais déjà remplacé par l’un parce que je n’avis rien d’unique. Tout avait explosé, tout avait volé en éclat, les portes, les fenêtres, les murs, les souvenirs, les rêves, les désirs, les illusions. Tout était en miettes et à reconstruire, ailleurs, avec d’autres et je n’avais plus que mon baluchon et un mélange de parfums bons marchés sur le corps laissé par des rencontres de quelques heures. Je m’étais vendu aux plus offrantes. Contre un corps nu, même sans atours, mais juste pour noyer dans le stupre, les dernières illusions d’un monde en décomposition, contre une bouteille de mauvaise liqueur, je m’étais donné et je ne le regrettais même plus. Il n’y avait pas de retour en arrière et plus personne ne savait qui j’étais

Un jour j’étais roi … partie 1

Les pavés des rues, de mes rues, scintillaient sous la lumière de la lune qui se reflétait dans les larmes que le ciel avait jetées sur le monde. Le sang avait coulé à flots mais les cieux avaient, dans leur mansuétude, décidé de nettoyer et de purger le monde de cette engeance révolutionnaire. Ils avaient crié des jours durant que j’avais trompé le monde, que j’avais trahi les dieux et ma lignée et ils hurlaient mon nom comme une insulte et ils me maudissaient sans rien savoir de moi, sans rien connaitre de ce que j’étais et de ce que j’avais voulu. Je m’étais grimé, caché en gueux, en mendiant, en damné de la terre, moi qui avais été béni des dieux et des hommes. J’avais bu de l’eau croupie et mangé les restes des poubelles des pauvres. J’avais été chassé comme un moins que rien, un pire que tout, de mon palais d’argent et d’ambre. J’étais le maître du monde et, en quelques phrases, j’étais devenu l’homme à abattre. En quelques jours, j’étais devenu le banni, l’oublié, le pestiféré. Ma chute avait été plus rapide que toutes les illusions perdues de mon peuple. Je n’étais plus rien alors que j’avais cru être tout. J’étais le vide alors que j’avais été le trop plein illusoire. Les murs s’étaient effondrés, les privilèges avaient sombré. J’étais oublié, ignoré, moqué, raillé… Je n’étais plus rien.
Les choses devaient être immuables. Il en était ainsi. Les dieux l’avaient décidé, l’avaient écrit. J’étais roi et seule la mort avait du pouvoir sur moi. Et puis, un imposteur m’avait déjà remplacé. Il avait pris ma place à coups de belles paroles et de faux semblants. Il avait fait croire à des sentiments qu’il n’aura jamais parce que personne n’aimait ces forêts sombres, ces montagnes enneigées, ces gouffres profonds, ces vagues déconstruites davantage que moi et personne ne saurait jamais le faire mieux que moi. J’avais pris tout l’amour de l’univers pour ce monde, qui était le mien. Il ne restait nulle part la moindre parcelle de désir pour ces collines de pâture, pour ces crevasses inconnues. Moi seul pouvais aimer ce monde à ce point et pourtant, j’entendais les cloches de toutes les cathédrales sonner, sans cesse, la gloire de ma chute. J’étais tombé, renversé par un imposteur et mon monde avait consenti à se faire tromper alors que personne ne pourrait jamais l’aimer comme je l’avais fait et que personne ne pourrait souffrir comme je l’avais accepté.
J’avais noyé mon chagrin dans tous les vieux rades des ports et dans toutes les couches de toutes ces femmes qui ne m’aimaient pas et qui ne m’aimeraient jamais. J’avais visité des lits brinquebalants et des corps décatis. J’avais partagé ma détresse dans la nudité et le stupre avec ce qu’il restait de dignité à ce monde. Toutes celles qui avaient dit oui, pour de l’argent que je n’avais plus ou pas, recevaient le seul trésor qu’il me restait. Il ne me restait que le temps et je n’avais rien d’autre que ma compagnie à offrir. J’avais bu, j’avais visité les paradis artificiels que j’avais toujours voulu ignorer. Je découvrais le monde que je gouvernais. Et tous les matins ou les soirs, je me réveillais seul, perdu dans une ruelle sans nom, au milieu des excréments, de la pluie et des souillures. Je traînais là où on m’avait laissé. J’étais déchu, collé contre les murs sales de mes anciennes villes par les rafales de balles que je ne voyais pas venir. J’avais été roi et ce souvenir me tenait debout en même temps qu’il me rongeait à l’intérieur. J’avais connu le paradis qui ne m’avait pas préparé aux enfers. Je continuais à tomber. Je brûlais et parfois le feu était si fort que j’oubliais même d’où il venait. Il était là comme une présence permanente, comme cet ami imaginaire qui accompagne les pèlerins que j’avais rejoints.
J’avais senti dans certains yeux, dans certains regards, quelques fois, de l’amour, du respect, parfois même de l’admiration mais ce n’était en réalité que les restes des vieux principes de l’ancien monde où il fallait faire croire que tout cela avait encore un sens et où l’autre avait de l’importance.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (57) ou dialogue de l’auto fou

– Longtemps, j’ai cru que ce que je faisais, était utile. Je croyais que construire des passerelles, offrir et développer les compétences, aiguiser le sens critique, ça avait du sens. Longtemps, j’ai cru, même, que c’était essentiel, vital. Une sorte de salubrité publique. Il fallait que la jeunesse de ce pays soit capable d’évoluer dans le monde, de faire évoluer le monde… Il le fallait.
Alors, chaque matin, je prenais mon bâton de pèlerin et j’allais prêcher la bonne parole, construite par d’autres.
Evidemment, je pensais que j’étais libre de mes actes et que je pouvais diffuser mes convictions, en même temps que mes savoirs. Je pouvais éviter de contaminer les jeunes têtes blondes par la télé et les discours convenus, en proposant autre chose que cette voix de la doxa. Je pouvais me permettre d’être rebelle, dans l’antre même du conformisme. C’est en tout cas ce que je croyais.
Je pouvais être respectée parce qu’il ne serait jamais venu à la tête de la plupart, de se révolter contre l’autorité et les quelques rebelles qui s’y essayaient, étaient vite remis dans le droit chemin, par des sanctions inadaptées. Ils n’étaient majoritairement pas encore prêts, pas déjà, à défier ou même remettre en cause les fondations et j’étais l’autorité et j’étais le représentant des fondations. J’avais même choisi cette voix parce que je la trouvais utile, nécessaire, importante. Fiat lux. Tout n’était qu’illusion.
Peu de choses restaient de nos passages. La très grande majorité oubliait nos noms au bout de quelques mois. Alors, évidemment, le contenu de nos propos disparaissait encore plus vite pour la très grande majorité. Nous n’étions que des passages et nous n’avions rien de passages mémorables. Seulement pour quelques égarés déjà totalement formatés, nous représentions un phare, ou une lampe de poche quand même.
C’est ainsi que je me levais, ce jour là. J’étais décidée à reprendre les choses en main, à faire quelque chose qui, vraiment, voulait encore dire quelque chose. Les possibilités restent faibles, finalement, quand tu ne sais rien faire… à l’exception d’accepter les règles iniques. C’est un préalable mais ça n’est pas suffisant pour changer de vie et c’est même totalement contre productif pour donner du sens.
Il fallait que je trouve du sens pour en donner. Et ce que je faisais n’avait plus de sens depuis trop longtemps, déjà. En réalité, j’ai eu le même défaut que toi face à l’amour. J’y ai cru.
Toi, tu as cru en l’amour, moi j’ai cru que je pouvais changer les choses avec mon travail. Aujourd’hui, on voit le résultat.
Alors avec le temps, j’étais devenue la caricature de moi même. Prompte à écouter les chanteurs pour bobos qui mélangent poésie et riffs de guitare pathétiques en m’exclamant, du haut de mon savoir de sachant, que c’est merveilleux, que c’est génial. Alors que c’est inaudible.
Lire les textes conseillés par une pseudo élite, qui s’éclate à décrire le monde des pauvres, des battus, des souffrants parce que c’est toujours mignon de s’apitoyer sur les petits. Ma vie, c’était ça.
France culture et ses dogmes du bon goût, des chanteurs français à cheveux longs, dont personne ne comprend les textes, des écrivains de Saint Germain des près qui dissertent sur le sexe des anges et la difficulté de vivre en cité et surtout, mon chat sur les genoux ou à mes côtés, à ronronner et digérer sa pitance équivalente à un mois de salaire d’un enfant congolais comme tu aimes à le signaler.
Les soirées faussement mondaines, les émissions « must see », les conférences essentielles et le tout, dans la norme, dans le bon, dans ce qu’il faut aimer, ce qu’il faut voir, ce qu’il faut écouter. Etre, celle qu’il faut être. Préférer le superflu à l’essentiel.
La petite fonctionnaire, bien dans le moule, bien dans le cadre, qui discute de manière accorte avec ses collègues, de ce qu’il faut savoir. J’étais devenue le stéréotype de ce que tout le monde déteste, même les gens qui sont ça. Le conformisme absolu, avec de grands et beaux discours sur tout, et une vie réglée comme sur du papier à musique. J’écoutais ce qu’il fallait écouter, je voyais ce qu’il fallait voir, j’achetais ce qu’il fallait acheter, les vacances décidées des mois à l’avance et l’essentiel des sentiments pour mon chat.
Il ne faut surtout pas donner d’amour dans cette configuration. Faire croire qu’on aime pour obtenir ce que l’on souhaite, selon les jours mais surtout, ne pas s’impliquer, au risque de perdre le lien avec l’élite.
J’étais ce type de prof. Appréciée des élèves parce que pleine de bons sentiments, de bienveillance et d’empathie. Tous ces mots valise utilisés, en toute circonstance, et qui permettent de noyer la pensée dans du vide.
– Ouais en fait, t’étais une connasse quoi
– J’étais la prof par excellence, en hurlant partout et à qui voulait bien l’entendre, que j’étais différente et que je n’étais pas comme les autres. Et, évidemment, quand un vrai marginal apparaissait, un vrai mec à part, il me le fallait pour que je puisse le détruire et le remettre dans la norme. J’étais la normative. Je faisais croire que j’étais différente, alors que j’étais le summum du conformisme, en jouant celle qui était différente.
– Limite salope en fait… Tu fais croire que tu as des sentiments pour obtenir ce dont tu as besoin et dès que tu as ce que tu voulais, tu dégages… Je vois bien l’idée.
– C’est comme ça que ça fonctionne.
– C’est comme ça que ça fonctionne dans le monde des méprisés. Vous voulez être aimés alors que vous faites tout ce qu’il faut pour être méprisé. C’est votre seule réussite. Les gens vous méprisent parce que votre supériorité ne repose que sur du sable, du vent. Vous voulez qu’on vous aime, vous êtes détestables. Vous jouez à être une élite, vous jouez aux sentiments, vous jouez mais comme dans tous les jeux, il y a des règles. Vous ne savez rien du monde, rien de la vie, si ce n’est ce que d’autres ont construit, comme imaginaire, pour vous et vous voulez enseigner cette non connaissance au reste du monde. C’est d’une prétention, en fait, hallucinante. Vous n’êtes sortis de votre bulle de parisianisme, même en province, uniquement pour traverser la rue et prendre des photos des pauvres, mais vous voulez donner des leçons. Le pire, ce sont ceux qui viennent du monde des pauvres et qui se retrouvent, souvent par hasard, dans ce monde élitiste, élitaire. Le fait d’avoir vécu en cité ou d’avoir bosser, quelques mois, dans le vrai monde, serait un passeport infaillible pour expliquer ce que c’est, que d’être un vrai humain. Alors qu’on s’en fout. Un vrai humain, c’est par ce qu’il a dans le cœur qu’on le juge et pas parce qu’il a fait caissière en supermarché, pendant les vacances d’été, en prenant le RER, tous les jours. Je suis sûr qu’il y a même des profs qui sont humains mais, dans ce cas, ils ne restent pas ou ils finissent en burn out, ou pire. Tu peux pas être humain et prof, selon moi, parce que si tu es humain, tu as des sentiments et si tu as des sentiments, tu ne peux pas rester dans cet univers là. On a l’impression que vous détestez tout le monde mais vous voudriez que tout le monde vous aime.
Etre aimé, ça nécessite d’aimer en retour, sinon ça s’appelle de la manipulation ou de l’égoïsme. Le résultat, c’est que vous finissez seuls, avec vos chats et vos musiques expérimentales dégueulasses. C’est un choix. Le problème, c’est que c’est votre choix et que vous nous le faites payer. Ce sont toujours les gens simples et honnêtes qui paient pour les crapules.
– Tu caricatures et généralises vachement là…
– Ouais… Moi aussi, je peux être aussi con qu’un bobo qui écoute des chevelus hipster, en lisant le dernier économiste sociologue philosophe à la mode, en caressant la tète de mon chat. C’est tellement facile que, même moi, je peux le faire, tu vois.
– T’es au moins aussi connard que je l’étais.
– Je le suis beaucoup plus et j’en suis fier. La vraie différence, c’est que moi, c’est naturel. Je n’ai pas besoin de me forcer pour être ridicule.

Pensées et discussions à l’aire de la nationale (56) ou dialogue de l’auto fou

– Et merde… Y en a marre d’être moi. Même quand tout va bien comme là, en ce moment, et même très bien, il faut quand même que je pense et que je me demande quelle prochaine merde va me tomber sur le coin de la gueule. Ça m’épuise en fait. Question d’habitude, je crois. T’es libéré, t’es dégagé des contraintes, tu respires, t’es zen, t’es vraiment bien et pourtant, en arrière plan, toujours, de manière insidieuse et permanente, cette question: c’est quand que ça déconne… Je vais me reprendre un café en baillant moi, tiens…