C’est forcément pire ailleurs – La semaine politichienne de Smig

Il se passe, en ce moment, un phénomène tout particulièrement intéressant pour le quidam lambda que je m’évertue de rester et d’être, qui repose sur l’analogie favorable ou la comparaison déraisonnable entre le pire et le encore pire. En France, tout le monde semble s’attrister ou même se plaindre de l’action de Salvini afin de prendre, seul, le pouvoir en Italie. Il est, selon la bien pensance hexagonale, le représentant de tout ce qu’il y a de pire en politique, de tout ce qui pourrait être le pire. Alors, forcément, les « démocrates » français s’essoufflent et s’égosillent pour préserver l’Italie de la peste brune. On passera sur le fait que les italiens sont au moins aussi intelligents ou aussi cons que les français et qu’ils sont en droit de choisir par des élections le poison qui les tue, comme nous sommes français, nous avons le droit et même le devoir de critiquer les autres. Pourtant, nous avons bien élu Macron, nous sommes donc plutôt très mal placés pour juger les autres pays.

Finalement, que reproche t’on à Salvini?

De tenir une discours nationaliste autour du prima italia, son mot d’ordre et la devise de son parti. En gros, de vouloir créer des emplois pour les italiens et favoriser l’économie et la production italienne en relocalisant et en favorisant par tous les moyens possibles, la production nationale, du basique offre demande. Une sorte de protectionnisme qui fait que tout le monde, dans l’UE ou presque, considère cela comme fasciste. Il s’agit, en fait, de la politique chinoise, russe, suisse, américaine, canadienne, australienne, japonaise, des principes économiques du monde, à l’exception de la zone UE. De fait, le monde, qui n’est pas dans l’UE, est fasciste. C’est évident pour les russes, de plus en plus pour les USA de Trump et pour les chinois et les suisses sont déjà des salauds. On reproche donc à Salvini de vouloir mener une politique économique pour son peuple comme le fait la très grande majorité des pays du monde. On peut considérer que ce n’est pas bien mais, dans ce cas, il faut savoir prendre ses responsabilités et il faudra exclure l’Italie de l’UE.

De refuser le débarquement des navires des ong à Lampedusa afin de garantir sécurité et soins aux migrants. Dans un premier temps, cela répond à sa campagne électorale et au mot d’ordre de son parti. Il n’a pris personne en traître contrairement à d’autres pays que nous connaissons bien et qui, sous couvert d’humanisme et de solidarité, ont fermé les ports, les frontières et même raccompagnent clandestinement les migrants dans les pays de débarquement. La France macroniste et précédemment vallsienne (ce chantre de la laïcité dévoyée) a fermé tous ses ports aux bateaux des migrants, a fermé Vintimille et raccompagne, dans les Alpes, les migrants qui avaient débarqué en Italie. La fameuse libre circulation des personnes et les accords de Schengen. On reproche donc à Salvini de fournir de l’eau et des vivres et finalement, souvent, de céder et d’ouvrir un port alors que la France ne fait rien, mais absolument rien, à part critiquer un pays qui a déjà accueilli 700 000 migrants environ.

De vouloir établir une flat tax pour permettre aux riches d’investir dans l’économie et donc de favoriser le ruissellement. De supprimer ou de rogner sur certains avantages sociaux pour permettre cet investissement des plus riches dans l’économie réelle. Critiquer une telle politique, venant de France est assez croquignolet puisque c’est ce qui se fait ici à une échelle bien plus grande et haute.

De traiter avec mépris, depuis toujours, les populations du sud, même si, ces derniers temps, il fait des appels du pied afin d’obtenir des voix mais son parti s’appelait la ligue du nord et ça n’est pas une découverte. Il y a donc un mépris des gens aisés ou des classes moyennes du nord vis à vis des personnes en difficulté dans le sud. En gros, Paris et les grandes villes et fortunes qui mépriseraient et seraient totalement déconnectées des difficultés des banlieues, des campagnes, des petites villes de province…. comment dire?

En fait, je pense que ce que les français, et plus particulièrement les « progressistes », reprochent à Salvini, c’est de ne pas faire, en tant que ministre de l’intérieur, du Castaner et de ne pas encore user de violences pour faire taire la moindre contestation. Il est possible que ça vienne mais Casta aura quand même pris quasiment un an d’avance sur les répressions policières, les injustices judiciaires, les compromissions et les avantages.

Même si de nombreuses mesures furent impulsées par le m5s, il existe une moralisation plus forte en Italie qu’en France aujourd’hui dans le monde politique. Incroyable. Salvini se balade torse nu pendant ses vacances, en dansant, sur une plage, avec des femmes. Il est célibataire et aime les femmes et, même si l’image est gênante pour certains, elle montre un homme qui n’a pas besoin de mettre en scène une sortie dans une pizzeria pour se mélanger à la foule alors qu’il passerait ses vacances cloîtré dans un fort, avec des gardes du corps tout le tour du ventre. Salvini ne mange pas de homards ou, en tout cas, pour l’instant, personne ne lui en a fait le reproche mais Salvini aurait sans doute, lui, fait les 60 kilomètres qui séparent son lieu de villégiature, du cimetière où l’on célèbre la mémoire d’un maire décédé dans l’exercice de ses fonctions. C’est aussi ça le populisme. Etre proche physiquement mais aussi au niveau de l’affect, de ce que d’aucun qualifie le peuple et qu’on pourrait juste qualifier de gens parce que le mot peuple est désormais interdit en France. Personne ne sait et j’espère que personne ne saura jamais comment Salvini aurait ou réagirait face à la mort de Steve, mais je ne suis pas certain qu’il se montrerait aussi méprisant que Jupiter, le dieu des dieux romains, comme quoi on ne sort pas de l’Italie, face au deuil des parents, des amis, des nantais pour protéger un mafioso vodkainé adultère.

Alors oui, Salvini est un danger parce qu’il veut réunir autour de lui tous les pouvoirs. Avoir une majorité dans les deux chambres comme d’autres veulent modifier la constitution pour avoir la majorité au sénat alors qu’ils l’ont déjà à l’assemblée nationale. Salvini n’est pas fiable et fait peur parce qu’il apparaît dur et intransigeant. Les autres ne font pas peur puisqu’ils se montrent serviles au détriment de leurs propres populations. Salvini fait peur parce qu’il porte des maillots de foot et pas des costards cravates, qu’il supporte le Milan AC et pas la Juve, qu’il parle franc et direct même pour dire des conneries, plutôt que d’utiliser des paraboles et des discours sans consistance qui durent des heures retransmis par BFM devant un parterre de personnes acquises à sa cause et qui, de toute façon, n’ont pas le droit de s’exprimer.

Je sais déjà que je serai rangé dans la catégorie des soutiens de Salvini et je n’en ai cure puisque je n’ai pas le droit de vote en Italie donc, mon avis importe peu. Je m’interroge seulement sur les éléments qui peuvent expliquer le sentiment français vis à vis de Salvini alors que le gouvernement français est bien pire et n’essuie pourtant pas les mêmes critiques. Il ne faut pas dire que nous vivons sous un régime autoritaire qui, chaque jour, s’approche davantage de la dictature mais il faut critiquer un homme qui appelle les électeurs aux urnes. Drôle de conception de la démocratie qui me fait dire que la démocratie à la française est un concept particulier. Dès que les gens votent et s’expriment, c’est mal. On l’a vu avec le brexit où les anglais apparaissent définitivement comme des connards, on le voit avec les italiens qui seraient appelés à voter pour de nouvelles législatives. En fait, en France, voter devient anti démocratique. Quelque part depuis 2005, on s’en doutait un peu et ce que le gouvernement juvien fait sur la question du référendum sur la privatisation d’ADP ne fait qu’accentuer l’idée, qu’en France, le vote, c’est le mal.