4 événements et demi

J’avoue entretenir à grands renforts de plongées dans les tréfonds de ce qu’il y a de pire, une sorte de masochisme bien ancré qui me pousse à errer sur divers profils totalement hallucinants et hallucinés, entre marcheurs endoctrinés alors que n’importe quel esprit sain comprend que la politique de ce gouvernement est une horreur absolue ou europhiles indécrottablement béats devant la beauté angélique merkelienne alors que tout le monde voit bien que c’est une catastrophe.

Il se trouve que j’essaie désespérément de cerner les enjeux de l’âme humaine et qu’être confronté à certains extrêmes permet de comprendre que le moment où le monde ira mieux est loin d’être venu.

En 24 heures, quatre événements sont venus me montrer que, si ce n’était pas encore perdu, c’était quasiment impossible de gagner.

Je ne suis plus dans l’enseignement et chaque jour qui passe me conforte dans ce choix et me rappelle à quel point le corporatisme et l’entre soi sont dangereux.

Afin de lutter contre la réforme Blanquer, au demeurant qui peut être discutée, combattue ou rejetée, certains enseignants correcteurs du bac refusent de communiquer les notes des élèves et bloquent ainsi la procédure. On peut discuter des heures durant sur l’utilité de cet acte mais, en me plaçant dans une perspective plus large, il m’est venu à l’esprit l’accident suicide récent de l’homme qui jouait à la roulette russe et qui gagna la partie de manière définitive.

Les velléités et les volontés de ce gouvernement sont connues depuis des mois, sauf pour ceux qui réussissent encore à croire que l’idée même d’une politique sociale existe dans le royaume de Jupiter. Les profs empêchent donc la bonne marche du bac et profitent de leur statut de fonctionnaire pour échapper aux sanctions qu’entraîneraient un tel comportement pour les employés du privé. Si Darmanin a une once de jugeote, on sait quelle sera sa proposition de loi sur la réforme de la fonction publique, deuxième époque.

Ce qui sauve les fonctionnaires, c’est que la notion de réflexion n’est pas actée dans le logiciel marcheur mais sinon, à la place de ce gouvernement qui ne supporte pas le statut de fonctionnaires, une réforme en profondeur permettant de simplifier le licenciement des fonctionnaires pris en faute serait d’une logique implacable. Après les cheminots et leurs grèves qui furent montrées comme des paralysies de l’économie et une volonté délibérée de gêner le pauvre travailleur honnête, après les flics qui, surmenés, se permettent de tirer sur tout ce qui bouge et même sur ce qui ne bouge pas, après les soignants qui se permettent de se plaindre plutôt que de sauver des vies, c’est au tour des enseignants de se plaindre et d’empêcher la jeunesse de France d’accéder au savoir et au marché du travail.

Il me semble que c’est du pain béni pour ce gouvernement et sa politique de casse du service public. On donne le bâton pour se faire battre, la raclée risque d’être bien violente. Alors je ne suis pas fonctionnaire et je ne l’ai jamais été mais il me semble que cette stratégie ne fait que renforcer Blanquer auprès de l’opinion publique. L’éducation nationale n’est pas réformable à cause des profs est une litanie qui va revenir encore plus bruyante. Alors dans ce cas, virons les profs récalcitrants. Le système ne fonctionne pas ainsi? Changeons le système, théorème de Chomski.

Je ne serais donc absolument pas surpris que la sécurité de l’emploi des fonctionnaires soit remise en cause dans les semaines qui viennent. Ce n’est que mon avis.

Autre moment de joie de ses dernières 24 heures, les nominations relatives à l’Union Européenne. En boucle passe l’information que, enfin, la parité est respectée. Les marcheurs célèbrent la victoire de Macron d’avoir su imposer la parité au reste des membres. Il s’est battu de toutes ses forces pour ne pas avoir un allemand (Weber), il aura finalement une allemande que personne ne supporte plus dans son pays en raison de son incompétence avérée.

Et l’enfant qui supportait le monde ne trouve rien de mieux à proposer comme femme, que de recycler une ancienne ministre incompétente, condamnée pour négligence sur les deniers de l’état, et chantre de l’austérité inefficace mondiale. Difficile de trouver plus mauvaise candidature mais il fallait bien s’attendre à ce que Lagarde vienne à toi puisque nous ne voulions pas venir à elle.

Toutefois, les deux sont des femmes et donc, c’est super vachement bien. La moindre critique te fait immédiatement passer pour un salaud de misogyne, blanc, hétéro, anthropophage, chasseur de mulots. Alors, une femme dont personne ne veut dans son pays et une autre dont plus personne ne veut dans le monde sont proposées et on doit se réjouir parce que ce sont des femmes.

Ne nous y trompons pas, le casting n’est pas meilleur chez les hommes où, là aussi, on recycle les has been dont plus personne ne veut (et même si la Belgique est un petit pays, être dégagé d’un pays, c’est quand même violent surtout quand c’est le sien). Il est d’ailleurs très étrange de remarquer que Moscovici et Barnier n’ont pas encore trouvé de poste à hauteur de leurs mérites. Personne ne veut d’eux en France, pour des raisons assez évidentes, mais il semblerait que l’UE non plus n’en veulent plus. Impossible pour moi de déterminer si c’est en raison d’une trop grande nullité ou si, finalement, une qualité fut trouvée chez ces deux personnages. (Faire le café, passer la serpillière, ramasser les bugnes)

En gros, si tu es femme, nulle, incompétente, avec des casseroles (je parle au figuré ici), détestée par la plupart des gens qui ont entendu parler de toi, postule dans l’UE, il y a des postes vacants, la soupe est bonne et, si on pense à toi, c’est que le job ne doit pas être trop compliqué, finalement.

Troisième événement étonnant, l’arrestation puis libération de la capitaine du Sea watch, Carola Rackete. Interrogée par les autorités italiennes pour être entrée dans les eaux territoriales du côté de Lampedusa afin de permettre aux migrants qu’elle avait recueillis au large de la Libye, d’être en sécurité. Si tu trouves que le comportement de cette femme est discutable, pour plein de raisons, tu es un putain de facho qui soutient Salvini qui, lui même, est le fils caché de Hitler et de Mussolini et dont l’oncle Pinochet et la tante Lénine (on ne juge pas ici les mœurs des gens, s’il vous plait) vous saluent bien. Si, au contraire, tu trouves que c’est une héroïne alors tu es l’abbé Pierre adopté par Soeur Teresa et élevé par Mandela.

Encore une fois, aucune mesure n’est possible. Tu es pour ou tu es contre et, selon ta réponse, tu seras fusillé ou on construira des temples à ta gloire. A partir de ce postulat, évidemment, le choix est vite fait. Vous connaissez donc ma position mais par contre, pour l’autel, dans mon temple, je préfère la pierre au bois, merci.

Ultime événement de ces dernières heures, l’éternelle affaire Chouard. Encore et toujours l’affaire Chouard. On eut pu croire que les deux dernières prestations du sieur régleraient définitivement l’histoire. Que nenni.

J’ai longtemps soutenu Chouard et je le dis et le reconnais sans honte. Les déclarations sur Soral, même si elles grattaient sévèrement le fondement, s’accommodaient de mes réticences. J’acceptais la maladresse. La cause de la démocratie via le tas, plus participative, plus horizontale, plus « populaire » (oh le vilain mot!!!) valait bien d’avaler quelques couleuvres.

Les dernières sorties médiatiques font que je ne peux plus suivre. Mon histoire personnelle, ma vie, mes convictions font que je ne défendrais plus ses positions parce que je ne peux pas le faire. Je suis toujours attaché aux idées qu’il défend mais je le ferais par le prisme des auteurs et des penseurs qu’il a contribué à me faire découvrir mais plus par son entremise. Pour moi, il a franchi une ligne dans sa posture du dubitativisme scientifique. Je respecte sa position, il dit et fait ce qu’il veut et il n’a pas besoin de mon accord mais je ne suis plus (du verbe suivre).

Que n’ai je fait en exprimant clairement cette position. On me parle de trahison, de mépris, d’ingratitude. Que je lui serais redevable parce qu’il a eu l’idée des ateliers constituants. Je ne réponds plus tant c’est navrant, finalement. Un individu, quel qu’il soit, est toujours beaucoup plus complexe qu’une idée aussi bonne soit elle. Pétain a sauvé la France avant de la détruire et de l’humilier. Chouard a eu l’idée des ateliers constituants apparemment et d’autres propos et réflexions extrêmement pertinents mais, pour moi, ses derniers propos ne sont pas défendables et je n’ai pas envie de les défendre. Il est autorisé de douter de certaines choses mais pas d’autres selon que ça arrange ou pas les sceptiques.

C’est un crime de lèse majesté de ne plus vouloir cautionner les maladresses, j’en accepte l’augure mais lorsqu’on est en désaccord avec une position, il faut savoir en tirer les conséquences (Théorème de Chevènement) sauf quand on est marcheur, là, on peut retourner sa veste autant que possible pour faire ventilateur et, en ce moment, ça pourrait faire du bien. C’est en hiver que cela est problématique et malheureusement, le pays connait un hiver qui dure depuis très longtemps (on se croirait dans GOT).

Tout cela finalement serait totalement et complètement insignifiant si la remise en cause d’une certaine idée de la conception du monde n’était pas gravement en danger. Les gens sont nommés, non plus sur des compétences, mais sur des genres (il ne faut pas dire sexe pffff), l’idée de défendre des droits ou d’en obtenir de nouveaux ne s’envisage qu’au détriment d’autres personnes plus faibles, il est interdit de ne pas avoir d’avis et de ne pas vouloir juger ou critiquer la politique ou la justice d’un autre pays soi disant souverain, et il est impossible de ne pas cautionner les prises de position lorsqu’on est un fan (qui vient de fanatiques parce que ça tourne à ça).

Forcément je suis de moins en moins en adéquation avec ce monde. J’avais des conceptions de méritocratie, de non ingérence, de respect des institutions, de libre arbitre, de sens critique, d’équité davantage que d’égalité et il m’est quelque part douloureux de comprendre, enfin, que tout cela n’existe pas finalement.