14.

Le volet vieilli entrouvert permettait au fin rai de lumière des réverbères de donner un peu de luminosité à cette pièce naturellement sombre. Les meubles en bois noir bon marché provenant sans doute d’une enseigne scandinave ou d’un autre grossiste du kit, semblaient, eux-mêmes, absorber la moindre trace lumineuse avec une boulimie digne des pires images envoyées par les enseignes de fast food. Je voulais, avant que le filament de l’ampoule ne plonge le lieu dans une clarté trop forte et violente, m’imprégner de cette odeur d’humidité rance, de cette sensation de champignons et de lichens qui pousseraient dans tous les coins. Sentir une sorte de connivence avec le lieu et, de fait, plus largement, plus ouvertement, entrer en confusion avec la victime pour ressentir encore davantage l’assassin. Toujours ce but unique, exclusif et persistant de comprendre l’incompréhensible pour l’anticiper. Jusqu’à maintenant, il avait toujours plusieurs coups d’avance et je me devais de rattraper, de combler ce retard. Il dictait son rythme tel le maître des horloges factice, construisait les événements à la manière d’une fabuleuse tour de Babel improbable et nous n’avions d’autres issues que de suivre, de subir, de rester passif. Cette posture passive, inerte, molle et victimaire en réalité, ne pouvait me plaire. Elle m’était même, en définitive et en réalité, insupportable. Il fallait que je sorte de cet engrenage et l’immersion dans la vie de l’autre me semblait une hypothèse, une issue, une sortie à tenter.

Il flottait dans l’air une odeur de sang séché qui, très vite, prenait à la gorge les non initiés et qui sautait au visage dès l’entrée dans le couloir borgne. Les murs étaient d’un blanc sans âme dans ce genre d’appartement parisien avec le vide décoratif habituel et même tristement classique des locations hors de prix des arrondissements périphériques, les autres étaient totalement inabordables. Une table, une chaise, un lit et des papiers, et des papiers et encore des papiers. Même après une visite de courtoisie des forces de l’ordre, on voyait qu’il s’agissait d’une piaule étudiante. Une uniformité dans tout et une absence de présence d’une quelconque touche individuelle. Quasiment rien ne me montrait que quelqu’un avait vécu ici. Aucun signe ne renvoyait à l’identité de Marine. J’avais voulu comprendre, j’avais voulu savoir qui était Marine et finalement, elle n’était déjà plus rien.

E a volte (et parfois…)

Et parfois, nous ne pouvons être que nous autre chose que nous mêmes. En tout cas, je ne peux être que moi même si l’idée d’être un autre peut être plaisante. Il y a toujours ce moment où se mentir ne peut plus être une alternative. Ce moment où la vérité de ce que l’on est, au plus profond de soi, rejaillit avec force par tous les pores de la peu. Ce moment où il faut s’avouer ne pas être si bien qu’on le voudrait, qu’on l’espérait. Entendre et comprendre enfin que je ne suis rien d’autre qu’un petit bonhomme qui essaie de se débattre avec lui-même et qui échoue et qui continue d’échouer mais qui continue de se débattre. Il n’y a pas à se haïr ou à se mépriser. Tout est dans la même logique mortifère, autodestructrice, la mienne, mais programmée ou pour le moins prévisible, sans surprise. A force d’être jugé, méprisé, rabaissé, critiqué, il ne peut y avoir d’autres issues. Il ne reste plus qu’à subir les cris des bébés qui cuisent sous le soleil de plomb sérénissime, les élans émotifs autour d’un pont qui s’effondre entraînant un pays entier dans l’incompréhension triste. Ma propre histoire n’a que peu d’importance en réalité. il y a les messes dans tous les lieux possibles, les prières entre deux portes et les bruits lointains de voix étranglées et nerveuses à raconter encore et toujours l’indicible sans jamais oublier de pleurer ces disparus et puis, le respect qui lui aussi décède de sa belle mort en laissant dans la mémoire commune ce qu’est la voix de la soul et le vibrato de l’âme. Alors, au beau milieu de ces nuits pleines de la tristesse universelle, les méandres de mes propres souffrances n’ont que l’écho limité d’un réseau téléphonique capricieux au milieu des allées sombres d’un ailleurs improbable et imprévu. Les larmes qui ne coulent plus à force d’être trop sèches sur des joues trop burinées par le soleil transalpin ne racontent qu’un malheur banal d’une vie futile et solitaire au milieu d’une foule innombrable, sauvage, austère. Même si cela apparaît malsain, déséquilibré, violent, c’est la solitude, la confrontation seul avec soi qui fait que la tête se redresse peu à peu parce que l’oubli que l’autre te renvoie devient une présence continuelle, permanente, ancrée. C’est parce que tu pars que l’autre t’oublie et c’est parce que l’autre t’oublie que finalement tu ne pars comme tu le devrais. C’est parce que le choix n’est plus, que tu deviens ce que tu te devais d’être, celui que tu n’aimes pas mais qui est le véritable moi.

Amalgame et moi…

Sur les fonds baptismaux des brumes éparses que mes souvenirs devraient construire et que mes réalités avaient détruits, j’ai cherché longtemps et ailleurs le sens giratoire d’un accomplissement particulier et parcellaire dans lequel j’aurais pu ou dû trouver la clé de ce que j’envisageais être moi ou au moins ce qu’il aurait dû être sans toutes les choses que j’avais ratées. Ce soleil éblouissant, écrasant, brûlant jusque sous la peau, ce léger vent qui chauffait encore davantage les ruelles et les passages interlopes et où même l’ombre pesait des tonnes sur les épaules dénudées. Toutes ces épaules sur lesquelles, on s’empresse de peinturlurer des horreurs tribales sans la moindre considération pour le pauvre quidam qui passe nonchalamment au milieu des merveilles et se retrouve nez à nez avec ces dessins baveux et décatis, laids et vides de sens. Certains prétextent un sens personnel, une signification supérieure, quasi mystique même, en tout cas hautement symbolique qui fait que seuls les intéressés peuvent comprendre le sens profond de toutes ces lettres ou signes ou dessins qui tombent en ruine sous les affres du temps, du soleil et du mauvais gout. Puisqu’il s’agit de symboles incompréhensibles pour le perdu que je suis, en ce cas, pourquoi m’imposer ce que je ne peux comprendre, pourquoi m’imposer une telle profondeur d’esprit indicible et de toute façon indéchiffrable. Il s’agit d’une sorte de conflit, de guerres entre ceux qui imposent et ceux qui subissent cette viande saoule au hasard d’une route ou d’un chemin, d’une allée ou d’une ruelle. Le soleil se rappelle à notre souvenir et c’est une collection de graffitis cutanés qui explose aux yeux de la victime innocente que je croyais être. La rue n’est pas un musée et les œuvres d’art que je considère comme ratées, ne sont pas celles devant lesquelles je m’évertue à stagner, dans le désir de comprendre, enfin, le sens caché de la formule baveuse inscrite en lettres gothiques, sous l’avant bras pendouillant d’une mère de famille grasse, en débardeur rose délavé du plus mauvais gout. Une constante qui semble s’inscrire dans le paysage sérénissime, la mère promenant son landau avec un bébé rougi et boursouflé par la chaleur, et un autre, ou même deux autres enfants, courants autour de l’équipage, en criant, comme de bien entendu, avec cette volonté manifeste que tout le monde repère qu’il ne s’agit pas là d’autochtones. Une langue incompréhensible, hurlée à travers les ruelles, un landau inapproprié à la visite d’un lieu construit autour d’escaliers, de ponts et de pavés et lorsque le regard trouve enfin la provenance de cette ignominie, un tee shirt rose… Et là, tu te surprends, toi, à comprendre la langue proférée par ce groupe… et tu repenses à ce couple de braves retraités qui se baignent allègrement dans le canal à la vue du monde entier et tu te dis que là encore, tu comprends la langue… et comme par hasard, comme s’il fallait un signe en plus pour qu’on reconnaisse véritablement l’origine, des tatouages.. Parce que la reconnaissance tribale, c’est important… que tout le monde sache enfin , le hasard n’existe pas et le tatouage réunit ceux qui ont compris… au détriment de ceux qui ne veulent que profiter de la beauté du monde…

Sic Transit Gloria Mundi…

Afin d’éclairer les différentes polémiques passées et à venir, je concède avoir un problème majeur avec l’idée de religions… je considère que la foi est un domaine individuel et que je n’ai pas à connaitre les inclinaisons de chacun. Lorsqu’on m’impose une idéologie croyante, et d’où qu’elle vienne, le poil s’hérisse… Chacun fait ce qu’il veut, comme il veut… du moment qu’il me fout la paix. Je continue donc de critiquer les religions, ce qui est totalement différent de l’idée de critiquer la foi. L’idée même de croire en quelque chose, de la même façon que son voisin, me semble tellement déconnectée de la réalité spirituelle que cela implique et sous-entend, que je ne peux souscrire à cette idée. C’est sans doute le nombre, l’idée de foule, de communion vers une même transcendance qui m’apparaît totalement anachronique et désarmante. Je reste plutôt convaincu par les bienfaits de la méditation et donc d’une foi intérieure qui s’approche davantage d’une spiritualité personnelle que d’un combo massif en suivant des chants élégiaques comparables à un ‘Tous ensemble’ du plus mauvais atour. C’est bien la religion selon les dogmes extrémistes de certains et le prosélytisme accentué qui me posent problème et non la foi qui elle, est, et de loin, totalement respectueuse. de la même façon, la pratique d’une quelconque religion dans le respect de l’autre ne peut, pour personne, représenter le moindre inconvénient. Et je fais partie du tout le monde s’opposant au personne.

J’ai aussi définitivement un problème avec LREM, et plus largement avec la quasi intégralité de la classe politique française que je considère incompétente, égoïste, égocentrique, déconnectée et même assez obséquieuse. Ces défauts sont particulièrement rassemblés et condensés dans cette engeance maléfique que constitue LREM qui a la particularité de rassembler l’intégralité de ces défauts et tous les autres, en plus. Si vous êtes un soutien de Jupiteux, vous risquez d’être gêné ou dérangé par certains de mes propos et je ne vous reprocherais pas de quitter ce navire à la dérive que constitue ce profil FB. Je suis définitivement favorable à la démocratie et, même s’il s’agit d’une utopie, je préfère envisager une utopie plutôt que de considérer ces personnes comme représentants du peuple, et donc de moi. J’attends le jour où une véritable constituante populaire sera mise en place et qu’une tabula rasa sera appliquée pour croire que la politique n’est pas mue par de simples intérêts particuliers au détriment d’intérêts collectifs. Nous sommes aujourd’hui dans une oligarchie ploutocrate et absolument pas en démocratie. Il est de ma philosophie personnelle de m’opposer à ce régime qui ne correspond en rien aux attentes de bonheur de la majorité. CQFD.

Je suis également opposé à l’UE sous la forme qu’elle prend. L’idée d’une coopération des états européens sur la base de l’égalité et de la réciprocité est une excellente idée et j’y souscris mais l’UE actuelle ne répond en rien à ce cahier des charges selon moi. (Merci Olivier Delorme Romancier)
Je suis également un pacifiste, je sais que c’est très con comme notion aujourd’hui, mais je l’aime bien et donc, je suis contre l’armée. Je sais aussi que cette posture est totalement utopiste mais passons… Quand je dis armée, je parle des groupes d’intervention militaire… les pompiers ou les gendarmes ainsi même que les crs, soyons fous, ne rentrent pas dans cette catégorie à mes yeux. On ne peut pas être contre l’ingérence et promouvoir en permanence les dérives militaires. Certes, on peut entendre les causes humanitaires mais le troisième budget de l’état et l’envoi massif de troupes et d’armes sur des théâtres de guerre, à l’autre bout du monde, n’ont jamais apporté le but escompté à savoir la paix. Je peux me tromper mais aucune intervention militaire n’a apporté le moindre soupçon d’amélioration pour les autochtones. Le plus souvent, ce qui est proposé comme une intervention pour sauver les peuples et amener la démocratie (avec toutes les formes de précaution à utiliser sur ce terme et sur ce que les politiques en ont fait), se transforme en colonisation silencieuse mais bien factuelle. Evidemment, et contrairement à ce que certains ont voulu penser faute d’arguments recevables pour me contredire, je ne suis en rien, factuellement, raciste. J’ai juste une profonde acrimonie et antipathie pour les cons. Ce n’est pas ma faute si cette catégorie se retrouve dans tous les corps de métiers, dans toutes les religions, dans toutes les strates de la population professionnelles, culturelles, intellectuelles, philosophiques, sportives, religieuses, spirituelles, pelles à tarte, économiques ou autre… Et que cette détermination de la connerie est évidemment complètement subjectif et individuelle. Elle n’a donc que peu de fondements et peu de cohérence. Elle ne dépend que de moi et de mes opinions. Ce n’est pas du racisme, ce n’est que de la protection et de l’hygiène mentale. On peut facilement considérer que cela serait du racisme ou de l’ostracisme afin de s’opposer à une opinion personnelle. Cela ne me dérange pas. Mais ce n’est pas le cas. Il s’agit juste que sur certains sujets, dans certains domaines, je ne parviens pas à être d’accord avec tout et tout le monde. Et principalement les domaines évoqués plus haut. De fait, j’accepte l’augure d »être le con de service ou de servitude. Je ne peux pas catégoriser certaines personnes et refuser de l’être moi-même. On est dimanche, c’est le matin, je viens de rentrer alors si le texte est décousu, j’ai des circonstances atténuantes. La synthèse est simple, au départ, j’aime tout le monde et je me fous totalement des orientations sexuelles, des origines, des croyances de chacun. A partir du moment où ces domaines deviennent la priorité de la discussion, oui, ça me fait chier. On peut discuter de politique, d’histoire, de géo, de géo politique, de sports, de littérature, de musique, d’arts plus largement et de milliards de choses incompréhensibles comme l’amour ou l’amitié ou la paternité mais chercher à m’imposer des idées, c’est peine perdue. Dès qu’on a voulu m’imposer quelque chose dans ma vie, je me suis évertué à faire l’inverse, l’esprit de contradiction, et ce, même si je savais que c’était mal ou autre. J’ai du mal avec ce qu’on m’impose, donc l’armée (et oui, je suis vieux, j’ai fait le service militaire), l’école en tant qu’élève ou enseignant, ont finalement été des tortures pour moi.

Ceci étant mon mur, j’y mets ce que je veux et j’y écris ce que je veux, même si je sais que ce texte extrêmement long ne sera, sans doute, pas lu et sera, de toute façon, assurément, modifié dans les heures et jours qui viennent. Toutefois si jamais vous avez eu le courage de lire cette prose décousue, je vous demanderais de le signaler, de la manière qui vous sied le plus afin que je constate de visu que tout le monde s’en fout. Mais je fais ce que je veux comme chacun d’entre nous.