Voleur d’ombres (4ème époque, Episode 10) Passaggeri del vento

Plus les jours et les errances passaient et plus la possibilité d’un monde meilleur, d’une histoire vraie ne s’amenuisait. Elle ne se sentait plus désirée et plus désirable et si ces préoccupations n’étaient pas partagées par les femmes vénitiennes honnêtes de cette fin du XVI ème siècle, elle avait d’autres velléités, d’autres envies. Une envie d’être heureuse, amoureuse, une envie de plénitude affective qui n’existait finalement que dans les contes pour enfants qui faisaient fureur depuis quelques temps dans les milieux aisés et cultivés des cours européennes. Elle voulait enfin comprendre et connaitre la définition de se sentir aimée. Elle sentait clairement au fond d’elle-même qu’elle en avait besoin pour survivre, pour continuer à supporter ce monde qui n’était pas taillé pour elle, par elle. Elle devait enfin vivre. Les abandons, les trahisons, les traitrises successives ou tout simplement les faux sentiments annoncés avaient sérieusement altérés sa foi en elle et surtout envers les autres. Elle aurait aimé aimer mais elle s’en sentait finalement incapable. Comme beaucoup, espérait elle, elle tombait en amour sur des individus qui ne l’étaient pas, ne la voulaient pas ou se jouaient finalement d’elle et de sa situation. Elle voulait du sincère, de l’honnête, du ressenti, du vécu. Et ça n’existait pas. Dans son monde, ça n’existait plus.
Les soirées se succédaient aux journées surchargées. La gestion de son héritage ne lui laissait que peu de temps et malgré les multiples rencontres quotidiennes, rien ni personne ne la faisait vibrer. Elle se sentait vide à l’intérieur, creuse, molle. Elle demeurait évidemment capable de hausser le ton et de forcer la voix. Dans son monde les hommes se montraient encore plus cruels ou violents envers les femmes que dans le reste de la société. Peut être qu’ils cherchaient à cacher une féminité exacerbée, une sensibilité plus développée ou plus simplement le fait que leur métier ne soit considéré que comme une activité ludique et sans peu d’intérêt puisque, finalement, ça n’était pas un travail noble, ça n’était pas un travail qui remplissait les caisses de sequins.
Les miracles n’existent pas, le hasard non plus. Elle avait rencontré des hommes bien sûr, des femmes aussi comme les mœurs de l’époque et de la sérénissime l’y invitait mais les relations dans le monde qu’elle côtoyait n’était que superficielles et uniquement sexuelles pour tout dire. Elle essaya longtemps de se remettre de sa blessure. Elle avait imaginé des milliers d’histoires mais aucune ne lui convenait réellement. Elle baignait en réalité dans un océan permanent de monotonie, de nostalgie de ce qui avait été et qui n’était plus et de ce qui aurait pu ou du être et qui ne sera jamais.
Les saisons passaient et les rencontres s’empilaient. Elle avait vu des corps nus. Elle avait senti les fausses caresses sur son corps. Les baisers du bout des lèvres et sans passion ; La simple vide expression d’un désir momentané et passager et sans véritable issue. Elle avait eu des têtes entre ses cuisses et des langues râpeuses ou chaudes, humides ou rêches, longues ou larges. Elle avait tenu des sexes turgescents et prêts à libérer leur tension. Elle avait mis ses lèvres sur des toisons parfumées des senteurs les plus rares. Elle avait collectionné les prénoms et les situations. Certains se permettaient même dans son dos de critiquer son libertinage. Elle l’était mais par défaut. Elle aurait voulu être la femme d’un seul homme, de celui qui ignorait désormais totalement son existence. Elle aurait aimé être aimée et aimer en retour et vivre une histoire comme dans les livres que les autres ne savaient pas lire. Elle dût se contenter des ivresses des nuits dans les tavernes des corps de passages et pas tous attirants mais il fallait noyer les souvenirs, tuer les images, bruler les icones. Les miracles n’existent pas, le hasard non plus.

Voleur d’ombres (4ème époque, Episode 9) Passaggeri del vento

L’ombre de tous ces hommes qui voulaient décider pour elle, sur elle la poursuivait. Elle avait beau se dire que sa situation lui offrait désormais une position à part dans la cité, elle se savait femme et savait qu’elle le resterait malgré tout aux yeux de tous.

Il y eut tellement de jours avec des pensées lourdes, des absences pesantes et des présences si insuffisantes qu’il était temps sans doute quelque part que les mondes se rencontrent et partent enfin dans le sens des jours anciens. Il y eut les abandons, les rencontres, les souvenirs et les nuits sans sommeil et tout cela n’était que la construction d’un printemps lumineux. La douceur des jasmins disparus offraient, désormais, un véritable vent de fraicheur, un renouveau, une vraie vie que les jours passés avaient rendu triste, monotone, routinière, fade. Enfin, les véritables jasmins fleurissaient et livraient l’intégralité de leur parfum. Enfin, le monde prenait sens, enfin tout ce qui avait été gris durant trop longtemps devenait lumineux et vivant. A force d’être ignoré, elle avait fini par apprendre à vivre sans ce qui l’avait réduite au silence. Elle pouvait enfin reprendre la parole et renaitre dans ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Elle ne racontait jamais cette histoire passée, à quiconque. Elle gardait pour elle enfouie au plus profond cette blessure, cette morsure, cette idée qu’elle avait cru que le jour était venu.


Les voix se faisaient nombreuses, multiples. Dans sa tête des dizaines d’idiomes différents s’entrechoquaient et se renvoyaient la parole les uns aux autres. Les lumières grises des jours d’automne ne l’empêchaient pas d’avoir chaque jour les souvenirs et les blessures qui continuaient à se rouvrir. Elle avait appris à les cacher, à vivre avec les plaies béantes et encore ruisselantes de souffrances non digérées. Ce n’était en réalité que peu de choses. Une rencontre hasardeuse, un sourire maladroit, un désir à sens unique qui devient une sorte d’obligation faite comme une offrande et des messages qui ne firent que la rabaisser, la réduire mais la forcer à rester quand même. Elle se disait que quand il lui faisait du mal, elle ne s’en souciait plus parce que quand il lui faisait du mal, elle se sentait vivante. C’est ainsi qu’elle l’avait vécu et noyée dans ses souvenirs et dans ses pensées, elle déambulait souvent jusque tôt au petit matin en partant après les représentations dans les ruelles de la cité république. Et chaque fois, elle était comme sortant d’un incendie ou d’une tempête. Elle ne savait jamais comment mais elle rentrait de ses errances totalement détruite, décoiffée, les vêtements arrachés ou salis et les différents artifices de maquillage ruisselant le long de son cou. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que le temps se montre clément, elle se retrouvait chaque soir dans le même état qu’après ses visites auprès de lui. La confiance en berne, le mépris de soi au plus haut et le physique et l’apparence giflés par l’épreuve.


Elle n’avait jamais aimé l’alcool et pourtant elle errait en quête d’oublis artificiels. L’absinthe était devenue son graal et pourtant, elle détestait ça. Les vents tournaient, les tempêtes s’enchainaient et ses cheveux partaient en tous sens au grès des souffles venus d’ailleurs. Souvent, elle trébuchait sur les pavés mal taillés ou dans un trou creusé par les aqua alta de printemps. Et malgré ses chutes, elle ne se réveillait pas vraiment. Elle savait qu’elle ressemblait à ses êtres inconnus qui arpentent les nuits, à ses buveurs de sang qui fleurissaient dans les légendes ramenées en ville par les marchands ambulants des terres derrière les montagnes. Elle regardait par les fenêtres opaques des bars infréquentables des bas fonds du Cannaregio. Et au travers elle ne voyait que les souvenirs qui n’étaient que plus présents encore. Elle voyait à travers elle-même. Et elle se parlait sans s’entendre et elle se touchait comme si elle le touchait encore, sans ressentir la moindre émotion, sans savoir pourquoi mais elle restait là. Et la nuit l’enveloppait comme il le faisait jadis et la nuit la rejetait comme il le faisait à chaque fois. Et pourtant elle voulait rester encore et encore et elle regardait à travers les passants, à travers les gens, les yeux embués, remplis de vide et de larmes mais elle restait.


Voleur d’ombres (4ème époque, Episode 8) Passaggeri del vento

Elle se disait qu’en restant encore à subir cette souffrance, à supporter l’indicible, le jour viendrait la sauver et lui redonnerait la confiance qu’il avait détruite. Elle se raccrochait à des signes qui n’existaient pas mais qu’elle voulait inventer pour continuer d’avancer à reculons, à l’envers. Elle se sentait si proche de lui alors qu’elle se savait si loin. Elle se voulait toujours dans sa mémoire, dans son quotidien, dans ses pas et dans ses rêves mais elle savait qu’elle n’existait plus pour lui depuis longtemps, si longtemps. Elle avait construit des relations inutiles de quelques heures. Elle avait refusé leurs chances à tout ce que le soleil lui apportait. Elle restait dans l’ombre, elle restait la passagère du vent et pourtant immobile crier intérieurement puisque personne ne l’écoutait plus. Elle s’allongeait sur les pavés humides. L’eau de mer, l’eau de pluie, l’eau des larmes la noyaient à chaque fois mais elle ne savait pas vraiment où elle était ni même qui elle était. Elle aurait pu partir. Peut être même le rechercher ailleurs que dans ses rêves mais elle restait avec les démons qui la brulaient, les démons qui la noyaient, les démons qui la tuaient.

A la fin des nuits, quand les étoiles donnent toute la lumière qu’il leur reste, saoulée par sa propre violence, par sa propre destruction, elle entendait enfin le calme autour d’elle. Personne n’était plus autour d’elle. Ce qui restait suffisait. Elle entendait, au loin, les heures sonner aux différents campaniles de la ville. Et les coups des carillons sur les surfaces des cloches ressemblaient aux chutes des anges sur la terre ou aux coups que chacune des phrases qu’il avait dites lui portaient. Elle avait depuis longtemps oublié la fierté parce que malgré les épreuves, malgré la tristesse, malgré l’abandon, son château n’était pas tombé. Mais regarder les étoiles sans lui était toujours au dessus de ses forces. Toujours au dessus ce qu’elle pouvait supporter. Là, où la vie reprendrait bientôt ses droits, où les marchands de partout chercheraient à faire fortune, là où les pécheurs partis depuis si longtemps viendront vendre au plus offrant le fruit de tant d’heures de mer, là où les forgerons, les cordonniers, les vanniers et les bouchers, les verriers et les bijoutiers, les boulangers et les maraichers prendront place, elle restait. Il y avait au milieu de la mer qui entourait la ville, une immense plaie béante qui restait sombre et laissait sa vie dans l’obscurité. C’était devenu une addiction de penser à lui, une sorte de lumière sombre dans l’obscurité. Même sous la neige même sous le vent, elle se souvenait des étreintes feintes comme des champs couverts de jonquilles ouvertes à tous les vents et brulant sous le soleil de son immense amour. Et lorsque les fleurs du mal fanèrent, elle chercha les jasmins, elle voulait trouver les senteurs du bonheur mais la dépendance était trop forte et malgré tout ce que les hommes peuvent dire, toutes les belles choses que toutes les femmes auraient aimé entendre, il restait sa douleur. Elle tombait, elle s’enfonçait et il ne la sauverait pas. Et si d’autres s’essayaient à sauver l’improbable, cette lumière frapperait l’obscurité de la plaie. Et tomberait aussi longtemps qu’elle s’était vue se vider sans réussir de cette marque. Et si au milieu des rues ou de la confusion, elle restait seule. Elle s’excusait auprès des fantômes endormis de penser à voix haute, de pleurer en silence et seulement d’être ce qu’elle était. Chaque jour, la route semblait de plus en plus longue pour retrouver sa porte et pourtant il semblait qu’elle ne disparaitrait jamais. Elle était là depuis toujours et elle y resterait. Chaque nuit était plus venteuse que la précédente, plus sombre et plus froide et chaque nuit laissait un océan de larmes plus profond encore. Elle avait beau se raisonner, se demander pourquoi elle devait rester là, pourquoi elle devait rester seule sans qu’il vienne la chercher mais elle savait qu’il n’en saurait jamais rien et que tout ce qu’elle aura tenté pour l’oublier, des pires tréfonds aux plus hautes montagnes, n’existerait jamais. Elle revenait toujours, elle reviendrait toujours même après. Elle avait baissé toutes les lumières de sa vie, baissé le son des cris qui frappaient dans sa tête parce qu’elle savait qu’elle ne pourrait pas faire qu’il l’aimât. Il ne l’aimait pas, il ne l’avait jamais aimé et il lui avait montré. Dans ces nuits tristes au milieu des somptuosités du monde, elle avait posé son cœur et lui avait donné. Il ne l’avait pas vu. Il l’avait ignoré.

Par erreur

 

 

Je n’ai jamais tant désiré la seconde opportunité de te rencontrer à nouveau pour la première fois.
Et au milieu des rues et des impasses, il pleut ton nom sur tous les pavés. Nous ne nous sommes jamais dit les mots, les vrais mots que nous aurions dû nous dire et j’ai longtemps eu la morsure du feu qui me brulait les lèvres alors qu’il pleuvait ton nom et que les larmes à venir annonçait l’inondation qui me noie.


Nous ne nous sommes jamais donnés la moindre chance, peut être à cause de nous, sans doute à cause de moi mais personne n’en parle plus désormais parce que nous ne nous sommes jamais dits les bons mots, jamais eu les bonnes pensées… même par erreur, nous nous sommes toujours trompés l’un l’autre, l’un de l’autre, l’un sans l’autre. Et il pleut ton image sur tous les trottoirs que j’arpente, sur toutes les rues que je traverse, sur tous les mondes que je construis pour mieux les détruire.


Le monde est empli de toutes les beautés des siècles et pourtant, seule ton image se reflète dans l’océan de mon vide. Et malgré ma soif, malgré la sécheresse, ton souvenir ne suffit pas.
Même par erreur, même dans nos silences, nous n’avons pas su nous dire ce qu’il aurait fallu pour sauver le reste du monde. Nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés, nous nous sommes toujours évités et, même pas par erreur, juste parce que ce n’était pas notre histoire. Je n’étais qu’une étape inutile dans ton voyage et d’aventures en aventure, de monde en mondes, je n’ai jamais trouvé la route qui aurait pu me mener à toi. Et c’était ta faute.


Au milieu des foules, des gens sans visages, des rues sans nom, je cherche toujours le vent qui chante à l’oreille les mots que nous ne nous sommes jamais dits, les gestes que nous n’avons jamais échangés, toujours la gorge sèche, la bouche appelant la pluie, les vagues, les rivières de ton nom. Il pleuvrait ton nom que rien n’y changerait, même par erreur, nous n’étions pas destinés, nous n’étions pas prévus.


Le monde est plein de routes sur lesquelles il m’est si facile de me perdre. Le monde est plein d’océans dans lesquels il m’est trop facile de me noyer mais même par ta faute, je ne me suis pas tué. J’attendais que la pluie pleure ton nom.
Et si je me suis si souvent trompé, si j’ai suivi le chemin qu’il ne me fallait pas c’est uniquement ma faute. Mais au milieu des vies des autres, des phrases non dites, ce n’est plus la faute que je cherche, c’est l’oasis que je trouve.


Peut être que de nous, il serait arrivé quelque chose qui aurait apaisé la soif. Peut être que nous aurions pu trouver de quoi animer l’inerte de cette rencontre. Un chemin vers nulle part, avec n’importe qui, pour n’importe quoi, dans une pénombre que la présence absente n’éclaire plus. Une route sans fin qui nous serait dédié alors que nous aurions dû nous éviter dans le silence de la sécheresse de cette rencontre.


Il pleut ton image sur tous les faubourgs pour me mener vers la première rencontre qui ne sera que la seconde puisque maintenant j’ai ce brin de jasmin en bouche pour me redonner vie, pour me montrer que je ne suis pas ce rien que tu as construit, le vide que tu as détruit.


Je me suis noyé dans le tourbillon de ton souvenir alors qu’il n’était même pas un souvenir mais juste une invention. J’ai inventé des sourires, des bonheurs qui n’ont jamais existé et au milieu des rues, perdu dans ma propre confusion, j’ai laissé la pluie couler sur moi et renaitre du vide pour penser enfin à voix haute même si c’est mal, même si c’est ma faute. C’est ma faute.


Il pleut des souvenirs qui n’ont jamais existé. Les fontaines, les caniveaux, les fleuves se vident de la pluie de ton nom parce que d’étape en étape je ne trouve plus que du jasmin. Une fleur dans le désert.


Nous ne sommes jamais dits les mots qui auraient pu tout changer mais le reste du monde offre les montagnes desquelles il fut si facile de tomber. Les champs donnent les jasmins qui, même par erreur, disent les mots que nous n’avons jamais prononcés, que mes yeux hurlaient et que les tiens ignoraient. Et c’est la faute et il pleut ton nom mais ailleurs et ce n’est plus une erreur.

 

Nuovo parole

 

Et puis, à force de suivre la pluie courir le long des rues désertées, la lumière apparait à l’angle d’un rêve. Il n’y avait plus véritablement d’espoir de parler comme ça le fut et puis, au coin des nuages qui se croisent, derrière les étoiles qui se couchent, naquit une possibilité d’une idylle, une possibilité d’un ailleurs, d’autre chose, autrement mais encore plus proche de ce que tout ce qui aurait dû être.

Et puis, au fond, les chemins ne valent que parce qu’ils ont un but, une fin, alors le bout du chemin emmène vers un autre monde qui reste à découvrir. Les promesses se font toujours par milliers, les rêves se partagent par centaines mais ce qui aurait dû être la fin ne fut finalement que le début d’un quelque chose qui se construit chaque jour depuis que les obligations se succédèrent.

Il plut longtemps, il plut violemment, sans cesse. Il plut et les éclaircies furent rares. Peut être même inexistantes. Avec les souvenirs, j’étais toujours arrêté au point où l’attente devenait plus jouissive que le voyage et pourtant, à force d’immobilisme, je dus reprendre le cours d’une vie à t’attendre. Un jour, et un autre, et d’autres encore à voir disparaitre les images qui alourdissaient les bagages et empêchaient d’avancer.

Et puis, se délester des poids qui écrasaient, des chaines qui emprisonnaient, des images qui empoisonnaient. Et voir, de plus en plus, à chaque instant, les rayons du soleil revenir sur les vallées et sur les chemins qui menaient jusqu’aux impasses d’un autre temps. Le chemin était semé d’embuches, et long, surtout lorsqu’il demeurait immobile. Il fallait briser les chaines invisibles, celles qui retenaient l’esprit, qui ternissaient l’âme. Il fallait trouver la force de reprendre la route, de rencontrer à nouveau, de croiser des regards et se dire qu’il serait possible de faire confiance à nouveau même si au fond, c’est faux.

Et puis, comprendre et admettre que le chemin, le destin, n’est pas celui d’un poète déchu ou d’un ange maudit. Que rien de ce qui se faisait n’allait dans le sens qui était imposé. Comprendre enfin que l’image construite, façonnée n’était qu’une image et qu’elle n’était que le mensonge des désirs d’une autre. Et comprendre enfin qu’il n’y avait pas d’autres choix et qu’il fallait avancer, reprendre le chemin, ressaisir le monde surtout s’il s’enfuit si longtemps. Renaitre et revivre. Et tout ce qui pourrait me ramener au passé partit en fumée, noyé dans les courants plus forts et plus profonds des nouvelles paroles des statues et des icones dressées sur un monde qui n’existait déjà plus et qui ne valait pas la peine d’exister.

Et puis regretter ce qui fut parce que ça n’aurait pas dû être. Regretter d’avoir cédé, d’avoir accepté alors que longtemps je m’y refusais. S’en vouloir d’avoir cédé alors que le seul moment mémorable était celui de l’indécision, du doute, de l’ignorance. S’en vouloir d’avoir cru alors que la raison disait de ne surtout pas y aller. Mais, enfin, se pardonner puisque les tempêtes passèrent, les naufrages furent oubliés et la vie reprit le flambeau. Deviner enfin dans les courbes nocturnes, les refrains des possibles et se dire que demain, l’odeur du jasmin aura à nouveau son éclat d’antan et qu’il ne sera plus perverti par les noirceurs des trahisons d’autrefois.

Et puis, enfin, entendre les nouveaux mots et les prononcer. Les entendre à nouveau comme des évidences crédibles cette fois et les comprendre comme des sens donnés à des évidences et non plus des mensonges inventés pour te piéger et te rendre marionnette d’une histoire qui ne sera jamais la mienne. Et enfin se libérer du vertige qui continuait d’entrainer les moindres émotions en un tourbillon qui n’était plus moi.

Et puis tout passe même si ça fait mal mais tout passe et rien ne change.

Voleur d’Ombres (4ème époque, Episode 7) Passaggeri del vento

Les erreurs du passé disparaissaient avec la pluie dans les coursives, les travées creusées le long des ruelles pavées. La mer pouvait encore absorbée les pluies diluviennes des derniers jours mais il ne faisait guère de doutes désormais que les prochains jours, une aqua alta allait se répandre sur la cité. Le vent qui soufflait de manière continue ne faisait qu’accentuer l’inquiétude des habitants. Malgré l’habitude, malgré l’organisation, rien n’enlevait cette inquiétude qui parcourait les différents sestieres. Chacun tentait de sourire et de crier haut et fort comme il le ferait habituellement mais imperceptiblement l’inquiétude se diffusait dans les cœurs et dans les âmes. Ce n’était pas tant le danger de l’inondation qui inquiétait les habitants. Ce n’était même plus les dégâts de chaque débordement. C’était davantage le message qu’envoyaient les dieux qui pesait. Dans cette ville, au carrefour des mondes, il était parfois plus sage de parler de dieux au pluriel. La mise à disposition des iles du nord ouest au fond du Canarreggio à la communauté juive appuyait l’idée que les différentes confessions allaient devoir cohabiter et l’attitude des juifs durant la grande épidémie qui leur valut l’autre ile ne faisait que renforcer ce sentiment de partage. Ils avaient été bons, généreux, sauveurs et la ville ne pouvait l’ignorer. Ils avaient bravé le danger, eux et avaient sauvé des vies même celles des chrétiens sans se soucier de qui prier. Evidemment, cette petite leçon de choses avait été oubliée par beaucoup. Il avait fallu remercier et traiter en frères des gens que la plèbe aimait détester depuis toujours et haïrait bientôt de nouveau. C’était cyclique et prévisible. C’était écrit.
Et dehors, malgré tout, malgré les brigands qui finissaient immanquablement sur les gibets ou noyés, malgré les patrouilles des forces de l’ordre qui ne négociaient jamais, malgré le manque, malgré la pluie ou la chaleur, tout était magnifique. Chaque rue, chaque immeuble, chaque personne portait des légendes et des histoires et chacune explosait d’images et de portes ouvertes vers un autre monde.
Ce qui lui servait de chambre ou de lieu de vie plus exactement lui ressemblait de plus en plus. Elle avait accroché sur toute la longueur du plafond des voiles légers et multicolores qui construisaient un véritable parcours pour atteindre son bureau. Souvent sur sa table de travail couverte de papiers divers, de taches d’encre et de plumes abimées, elle s’endormait u milieu de la nuit après des heures et des heures de travail. Elle voulait souvent abandonner cette vie qui finalement n’en était pas une. Elle voulait souvent se dire que la vente lui rapporterait suffisamment pour vivre tranquillement pendant plusieurs années. Peut être même qu’elle trouverait un mari à même de l’aimer vraiment malgré toutes les trahisons dont les hommes pouvaient se montrer capables. Et dehors, tout est vrai, tout est réaliste.
Les voiles donnaient à ce lieu une allure de nuage perdu dans les étoiles. Souvent, elle faisait monter des hommes ou des femmes même si la morale et la justice divine le réprouvait et elle se laissait aller à s’abandonner dans des paradis artificiels qu’elle se créait elle-même. Elle aimait le choc des corps, les odeurs de peau, la douceur des caresses. Les mélanges de sens, les rencontres des sentiments contraires, les vertiges des regards perdus faisaient qu’ici, ça ne pouvait être ailleurs. Il fallait tout cette vie pour que les éléments se mettent sur le même chemin.

Cattiva stella

C’est une tempête qui me porte vers toi. C’est ce souffle venu d’ailleurs qui change tous les effets, toutes les certitudes, tous les maux. C’est cet air, cette onde qui bouscule les dunes des déserts et qui fait tourner les têtes les plus fortes. Et ce vent qui me porte vers toi ramène les pleurs, les larmes, les coups et toutes ces choses qui ont construit la chute. Les nuages sont poussés trop vite. Il n’y a plus le temps d’admirer les étoiles, il n’y a plus le temps de les transformer et elles restent les mauvaises étoiles sous lesquelles sont nées nos dernières illusions.
Et ce vent efface toutes les traces écrites dans le sable dans lequel respiraient encore les dernières promesses d’une histoire différente, d’une histoire qui portait l’un vers l’autre les évidences des corps et des êtres faits pour ne pas être séparés mais qui le sont et le resteront désormais. Chacun de son côté, chacun de son monde, à contempler sa propre mauvaise étoile en attendant l’orage qui lavera définitivement les plaies.
Toutes ces images qui ne font que me ramener vers toi et qui bercent les derniers espoirs des décédés des millénaires précédents lancent dans les airs les feux d’artifice qui écrivent ton nom dans les cieux au milieu de nos étoiles contraires, de nos mauvaises étoiles. Et ce nom résonnera dans des centaines de ruelles pavées, dans des millions de gouttes dans les canaux et sur des dizaines de fleurs pendues sur les balcons ombragés des fenêtres ouvertes sur les rayons des soleils d’été. Et les centaines de vagues qui heurteront les quais pour mourir danse cri de ton nom qui résonnera sur les palais pour emplir encore toutes les vies de sa présence. Et les inondations traversées encore et encore en entendant siffler ton nom et les tempêtes maritimes affrontées sur ce petit bout de terre au milieu du vide pour pouvoir coucher sur les papiers volants dans la pièce nue les mots que tu ne liras jamais et qui pourtant continuent de te rendre vivante malgré ton départ.
C’est ce vent qui me pousse tellement fort vers toi qui continue de porter l’odeur de ta peau dans un souffle mortel d’orages d’été. Une odeur de jasmin qui ne meurt pas et qui empreigne les murs et les étoiles les plus lointaines, une mauvaise étoile qui reste ma seule compagne dans mes nuits sans sommeil à errer dans une ville qui n’est pas la mienne mais qui me retient parce que tu n’y seras pas. Ce vent qui nettoie les chemins poussiéreux de mon âme et découvre les planètes sans nom qui me porte toujours vers toi, m’amène toujours vers toi mais je reste dans cette ville étrangère pour ne pas me blesser, pour me protéger de ta mauvaise étoile qui luit sur moi.
Et maintenant que les bateaux ne peuvent plus ensevelir mes rêves, je peux enfin regarder à nouveau les époques passer, les jours mourir et les heures frapper comme les balles qui transpercent les plus courageux d’entre nous, les amours défuntes dispersés dans les univers inconnus par ce vent qui me pousse vers toi. Dans mes meilleurs jours, je me surprends à sourire et à oublier ma mauvaise étoile.

Voleur d’Ombres (4ème époque, Episode 6) Passaggeri del vento

Depuis quelques mois, elle avait décidé de s’installer dans la chambre au dessus de sa loge. Contrairement au rêve de son père, elle refusait de se produire. Les femmes étaient toujours interdites de scène et le doge ne l’aurait pas vu d’un bon œil, d’autant que les relations avec le pape n’étaient pas forcément au beau fixe. Elle avait déjà dû demander une ordonnance papale pour hériter. C’est finalement le doge qui avait pris sur lui de lui accorder ce privilège afin d’éviter une émeute. Dans la cité elle-même, les différentes iles montraient des signes de crispation. Le ghetto devenait une poudrière et bien que l’autorisation accordée à Francesca ne changeat rien pour la communauté juive, le doge avait considéré qu’il n’était pas opportun d’ajouter la disparition d’un théâtre. Elle avait fait preuve de force de caractère et annoncé devant toute la communauté que le lieu serait vendu au premier qui ferait du théâtre n’importe quoi, sauf un théâtre. Déjà, plusieurs entrepreneurs avaient fait des offres de service pour profiter d’autant d’espaces dans le cœur de la ville. Le risque de voir le San Moise devenir un entrepôt à vins ou à céréales, à l’entrée du Gran Canale, ne pouvait être pris par les autorités. Elle outrepassa ses droits, elle outrepassa ses pouvoirs. Elle s’opposa et ce combat fut une révélation pour elle. Il s’agissait de la première fois de sa vie qu’elle osait dire non aux hommes et plus encore, à des hommes de pouvoir.
En réalité, souvent elle avait dit non à son frère qu’elle s’était crée en rêve. Elle jouait seule autour des puits de la place Campo Santa Margherita et elle s’autorisait, enfant, à gronder son frère imaginaire. Elle n’avait pas vraiment d’amis, ni de réelle compagnie. Le métier de son père et l’absence de sa mère construisaient une distance naturelle avec les autres enfants de son âge. Elle reçut une instruction que beaucoup d’enfants des sestieri de la ville ne pouvaient recevoir. Son père ne pouvait que lui offrir l’accès à la culture et au savoir. Il aurait voulu lui apprendre l’amour paternel, il aurait voulu pouvoir remplacer la mère disparue mais il ne savait que gérer les multiples aléas que son affaire engendrait dans sa vie. Il ne pouvait même pas vivre sans eux finalement.
Dans sa chambre austère, elle entendait les bruits qui montaient des sous-sols. Elle ressentait une ambigüité dans cette idée. Elle aimait l’idée d’entendre, de pouvoir surveiller et savoir tout ce qui se passait chez elle mais elle sentait aussi une culpabilité à se placer au dessus, à être dans une sorte de supériorité. Elle entendait les textes et les musiques, les respirations et les larmes. Elle sentait le pouls de la scène, les vibrations des mondes imaginaires qui s’épanchaient sur le proscenium et qui parcouraient le parterre et toutes les allées des sièges aux tapisseries et boiseries vieillies.
Ce lieu subissait déjà les outrages du temps. L’humidité de la ville, le passage quotidien et répété des spectateurs et des différentes troupes, les matériaux d’un autre âge faisaient que déjà il était vieux. Toute cette atmosphère, toute cette ambiance faisait que le San Moise empreignait la ville de sa magie. Certains, la plupart, disaient que c’était la ville avec ses passages escarpés, ses ponts tarabiscotés, ses places immenses et ses quais dégagés qui respiraient dans le théâtre mais l’amour que Francesca portait à ce lieu lui faisait dire que c’est le théâtre qui apportait la vie dans la ville. Sans lui, la ville serait triste, terne, fermée, opaque. Grâce à lui, malgré les crises, malgré la peste, elle rayonnait encore de part le monde. Elle existait aux yeux de tous et déjà, elle représentait la magie, le paradis, le centre du monde, à la fois son poumon et son cœur, son cerveau et sa main, et même si certaines villes comme Florence, voulaient rivaliser avec elle, elle était unique. La mer qui vivait partout en elle, les montagnes qui la surveillaient, les marais qui la protégeaient, la lagune qui l’enjolivait. Toute la nature céleste s’était réunie pour faire de ce lieu, un endroit à part que rien, pas même les tromperies, les mensonges, les secrets d’alcôve et les mesquineries de l’époque ne pourraient ternir. Les chants venus de la scène traversaient tout l’espace et la sortirent de sa rêverie. Elle aimait ce lieu davantage encore qu’elle n’eut pu aimer un homme ou une femme. Tout ce qu’elle voulait respirait ici et tout ce qu’elle désirait mourrait ici avec ou sans elle mais c’était là. Parfois, les lieux sont plus forts que les blessures. Les abandons, les oublis, les fins du monde ne résistent pas à la force de ce qui vibre en soi. Cette ville et plus encore le théâtre de son père étaient le cœur qui battait en elle et la maintenant vivante malgré sa solitude.

Je ne m’habitue pas à la mer

 

Et malgré toutes ces heures et toutes ces nuits passées et dépassées, je ne m’habitue pas à la mer, je ne m’habitue pas à l’absence. Je continue à vivre avec ce parfum d’abandon qui embaume les nuits où je m’autorise enfin à me coucher de ton coté du lit puisque tu n’y seras plus. Les excuses explosaient par milliers et m’appelaient par mon nom comme si j’étais déjà condamné. Chaque jour devenait une épine de plus enfoncée sous l’ongle, dans la peau, dans la chair, à vif. J’aurai tellement aimé me dire que mon amour c’était toi mais pour cela il aurait fallu que je ne sois plus le seul à éprouver ce sentiment. S’entendre juste dire au creux de l’oreille que c’est toi, juste toi, seulement toi, encore toi et pouvoir hurler des rêves qui s’accrochent encore aux nuages. Et écouter ton souffle résonner en moi et me traverser comme la lame du couteau que je n’ai pas et me dire que je ne m’habitue toujours pas à la mer et que le parfum des jasmins en fleurs flotte autour de moi comme l’empreinte de tout ce qui ne sera jamais vécu.

La pluie frappe le sol et cette petite musique m’accompagne comme cette nostalgie accrochée à mes semelles et qui me suit et pourtant, autour de moi, tout est magnifique. Le sublime côtoie le merveilleux et malgré tout, je ne parviens pas à transformer ces lèvres closes et pincées en un sourire ou même juste en une esquisse d‘émerveillement. Les goûts n’ont plus de saveurs, les lumières n’ont plus d’éclats, les parfums n’ont plus d’odeurs. Seuls les souvenirs et les images restent animés et même si tout est magnifique, je ne vois plus que les reproches, les pertes, les ombres. S’il y eut de l’ambre, des perles et des joyaux, ils sont devenus les cendres incandescentes d’un feu de joie nourrit de toutes les tristesses de ces jours et de ces nuits, de toutes ces images qui traversent sans cesse l’esprit et frappent sur les parois de la mémoire pour rebondir plus fortes encore et tourner sans cesse comme je tourne dans mon lit en attendant un signe qui ne viendra jamais.

Il est possible que je ne fis que de mauvais choix, je n’en fis jamais de bons et pourtant tout reste magnifique autour de cette vie mais tout est vide dans cette vie. Il est possible que tout soit plus simple quand il n’y a rien à attendre et que tout soit plus beau quand tout est déjà triste. Il n’existe plus aucun sourire dans le vol des oiseaux, il n’existe plus aucun éclat dans la courbe des vagues, il n’existe plus de beauté dans la fonte des neiges et je ne m’habitue pas à la mer, ni à l’absence du parfum des jasmins en fleurs. Et même si tout passe et que rien ne change, les sourires qui m’accompagnent, les caresses qui me poussent, les baisers qui m’encouragent ne tuent pas les mauvais rêves et ne rendent pas les plus belles journées de mes pires années plus supportables.

Et je continue à chercher mes chaussures dans le frigo, et je continue à trouver mes chemises dans la baignoire, et je continue à voir des nudités dans le tambour, et je continue à relever des cheveux dans les verres et je continue à me demander si je vais finir par m’habituer à la mer, si je ne me suis pas tué et si un jour, les jasmins auront à nouveau le parfum des lendemains.

Acte 2

Second temps non négociable, une véritable politique concernant l’UE. 2005 a prouvé que les français pouvaient s’intéresser à la question européenne mais que encore une fois, la fameuse démocratie représentative a balayé d’un haussement de menton la parole populaire. Evidemment, pour moi, le rêve serait une sortie inconditionnelle de ce machin mais on ne peut se prévaloir de démocratie d’un côté et imposer une décision de l’autre. A moins donc d’un référendum faisait office de loi applicable et non négociable sur le sujet, je ne m’amuserais peut être même pas cette fois à lire les promesses électorales des uns et des autres qui n’engagent que ceux qui encore croient ces bonimenteurs.
Mise en place d’une véritable démocratie (c’est-à-dire voter les lois impactantes au quotidien) et mise en place au minimum d’un référendum sur la question de l’UE avec une vraie campagne pédagogique et non idéologique sont les deux préalables indispensables et qui conditionnent clairement tous les autres sujets. L’environnement, le social, le sécuritaire, l’immigration, la laïcité, l’économie, le militaire, l’éducation, la santé, la formation, la famille, la ville, le plan, l’agriculture, le chômage, la retraite, la politique sportive, égalitaire ne sont que des domaines, selon moi secondaires et qui seraient seulement discutable dans une perspective où les citoyens seraient concernés de part leur vote et leur prise de position et dans une perspective où ces mêmes citoyens auraient décidé d’eux-mêmes si les décisions supra nationales devaient continuer à l’être.
On peut bien sûr m’objecter que les sujets cités sont plus importants. Evidemment. Pour moi, les deux thématiques que je mets en avant sont les points de départ d’un traitement es autres points. On peut vouloir lutter contre le réchauffement climatique, et à l’exception de quelques illuminés, tout le monde est plutôt d’accord sur la nécessité écologique mais une vraie politique écologique passe par la fin du lobbying, la mise en place de lois et de règles contraignantes mais acceptées et voulues par tous et non imposées par certains sans visée pédagogique. On peut même croire que les citoyens sont suffisamment intelligents pour comprendre une obligation de réforme de la retraite ou du chômage ou de je ne sais quoi si cette obligation est expliquée, si elle est adoptée avec concertation, si elle est amendable en cas d’échec, si elle est discutée et discutable. Or aujourd’hui, cela n’existe pas et c’est l’une des raisons des multiples refus de réformes. Les français, comme d’autres, ne sont pas contre les réformes. Ils sont contre les obligations, les diktats, les impositions. En discutant, on arrivera à davantage de consensus et davantage d’implication mais pour que des personnes privilégiant leurs postes à l’intérêt général comprennent enfin ce genre de choses, je pense que nous ne serons plus ici pour le voir.
On peut encore me rétorquer que si les citoyens décidaient de leur gestion, ils remettraient en place la peine de mort, la fin de l’immigration ou je ne sais quelle autre saloperie. Evidemment, je serai plutôt contre mais s’il s’agit de la volonté du plus grand nombre, il faut l’accepter. Aujourd’hui, les décisions sont prises par un petit nombre concernant le plus grand nombre et les imposent. Si demain, le vote populaire décide de remettre en place la peine de mort, je suis en droit de quitter le pays, de m’y opposer pacifiquement, de lutter contre sans être à tour de rôle affublé de sobriquets tels que fachos ou gauchos, racistes ou suceur de babouches.
L’an prochain je ne voterais donc pas pour les partis pro UE, ce qui fait que je ne voterais pour personne et pour être bien sûr que je ne voterais pas, je ne voterais pas pour un parti qui considère la république et donc l’élection de maitres comme ne obligation en prétendant qu’il s’agit de la démocratie mais une démocratie sans le peuple. Ni Mélenchon, ni Le Pen, ni Macron, ni Bertrand, puisque tous républicains et tous pro UE. Inutiles dès lors de venir m’expliquer les vertus d’un programme inapplicable, aucun parti aujourd’hui ne répond à mes désirs d’égalité, de justice, de liberté, de paix.
Pour finir, l’abstention est aujourd’hui, le seul véritable geste politique de contestation selon moi. Voter pour des gens qui ne prennent jamais en compte la parole populaire, c’est clairement se soumettre. C’est d’autant plus risible de se considérer insoumis dans ce cadre mais ça n’est pas la seule contradiction. De très loin, aujourd’hui, les abstentionnistes sont pour beaucoup, plus politisés que les votants, plus au fait des enjeux que les votants. Les votants votent par tradition, par reflexe, par paresse intellectuelle et réflexive et certains, encore, quelques uns votent par conviction. Des convictions de soumission à l’UE et des convictions de soumission à une pseudo élite totalement déconnectée et méprisable. Ce n’est qu’une piste mais plutôt que de pleurer une fois par an environ sur les taux hallucinants de l’abstention et sur des députés élus avec 15% des voies des inscrits ou des présidents de régions avec moins de 10%, il serait temps de remettre les individus au centre de la politique et de laisser enfin les citoyens participer aux décisions qui les concernent.