Voleur d’ombres 7

Il avait des images plein la tête. Une sorte de réminiscence permanente et accélérée. Il revit ses histoires passées et aurait voulu imaginer des histoires futures. Penser qu’il pourrait à nouveau aimer et se relever de cette énième séparation mais aucune image ne venait.

Auparavant, il avait toujours réussi à se projeter avant même la fin des événements. Un coup d’avance pour ne pas tomber encore plus bas parce qu’à force de creuser sa propre tombe, on finit toujours par en faire son dernier monde. Cette fois, il avait voulu y croire et cette force là l’avait aveuglé et empêché de se protéger. C’était sa dernière chance et il le savait mais le problème des dernières chances, c’est qu’en réalité, elles ne dépendent pas de soi. Il était dépendant des règles, des dogmes, des principes. Prisonnier des caprices ou des raisons de l’autre

C’était sa dernière chance et il le savait mais le problème des dernières chances, c’est qu’en réalité, elles ne dépendent pas de soi. Il était le jouet des règles, des dogmes, des principes. Prisonnier des caprices ou des raisons de l’autre, il n’avait pas pu sortir de cette prison dorée. Elle était devenue la dirigeante exclusive de sentiments qu’elle ne partageait pas.

A force de se dire que l’atterrissage est plus violent que la chute, on oublie que la majorité des victimes meurt d’une crise cardiaque avant de toucher le sol. Les histoires de chute, c’est juste pour rassurer ceux qui ont déjà tout perdu ou qui n’ont jamais gagné. Un peu comme le principe de la roue qui tourne. Une roue, pour avancer, roule toujours dans le même sens, sinon elle recule et si tu recules, c’est difficile d’avancer vers le meilleur ou un ailleurs. Il y avait dans cette roue qui tourne vers des jours meilleurs une sorte d’inaccessible, d’impensé, d’improbable. Il voulait croire en une vie faite de tous les bonheurs que les autres n’ont pas et il finissait dans un palais de dorures en ruine au milieu d’un désert de souvenirs.

Il leva la tête parce qu’il se devait de rester droit, de rester digne. Il se promit de tenir, de s’accrocher pour profiter de tout ce décorum féerique le plus longtemps possible et le moment venu de se laisser glisser ailleurs. Il ne sentait plus la faim ni la soif pourtant, il ressentait clairement que plusieurs jours passèrent sans qu’il n’ingéra quoique ce soit. Il était passé dans ce moment où les besoins premiers n’existent même plus, où seul le repos de l’âme devient nécessaire. Il voyait les balcons des maisons et il se dit que même si cela s’était déjà vu, ça aurait été un bel endroit pour dire son amour. Et même sans avoir d’amour, c’était un bel endroit pour se dire que ça valait la peine de finir là.

Chaque avenue large, ouverte, lumineuse et bordée d’arbres détruits par les flots donnait sur des dédales de ruelles sombres et étroites. Tout était paisible, calme, simple. Il décida d’emprunter une de ces traverses. Après tout, le temps ne lui était plus compté et seule sa propre volonté de poursuivre le chemin représentait une urgence. Il y avait des quartiers entiers de maisons et de constructions. Chacune d’entre elles offrait un nouveau monde et une nouvelle merveille d’architecture, d’orfèvrerie et de verrerie. Chaque mur, chaque fenêtre, la moindre huisserie, le moindre crochet semblait venir tout droit d’un atelier divin. Tout paressait magique, tout semblait irréel, tout était parfait mais de cette perfection qui en devient inquiétante tant elle est inhumaine.

Il n’y avait pas le moindre bruit. Seul le vent dans une embrasure de porte en bois rare et sculpté lui fit tourner la tête vers une demeure semblable aux autres. Elle n’était ni plus banale ni plus belle que sa voisine. La seule chose qui le dérangeait vraiment en cet instant, c’était de savoir qu’il était seul, que personne nulle part ne penserait à lui en cet instant ni à un autre d’ailleurs. Il aurait aimé pouvoir partir en se sachant accompagné, soutenu, guidé. Il aurait aimé mais il avait joué tous ses jetons sur le même numéro et il n’était jamais sorti.

Il se dirigea lentement vers cette maison qui semblait l’appeler. Il avait tout son temps et elle aussi. Il profita de la pureté de l’air et prit conscience qu’il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas empli ses poumons de cette façon. Pleine, entière, complète, comme si, enfin, il était à nouveau autorisé à respirer même si ça n’était qu’une illusion.

Fonctionnaires (partie 8) – La semaine politichienne de Smig

Comme toutes les personnes qui s’empressent d’écrire: « Sources? » sur la moindre publication, sur les réseaux sociaux, parce qu’incapables de se comporter en adultes et de chercher, par eux-mêmes, les preuves ou les contre arguments d’un exposé; comme toutes les personnes qui s’empressent de voter et de voter pour éviter le pire en plébiscitant le plus mauvais, elle éprouvait le besoin d’être maternée, d’être guidée, d’être dirigée.

Aujourd’hui, elle devait faire le tour de tous les bureaux de vote de sa ville. Serrer des mains et sourire, surtout sourire et sourire encore. Se sentir confiante et montrer cette confiance pour qu’elle se diffuse sur tous les autres alors que le cœur bat beaucoup plus vite, beaucoup trop vite, alors que les mains sont moites, trop moites, alors que le corps tremble et que le cerveau dérive en permanence.

Vouloir surveiller les résultats mais ne pas vouloir les voir. Chercher le réconfort dans les yeux des inconnus, dans les attitudes des partisans et les sueurs des opposants et en réalité, ne rien savoir, ne rien comprendre tant le corps est déconnecté du cerveau, tant l’esprit est ailleurs.

La journée commença avant les aurores. Il n’y eut pas de petit déjeuner. L’estomac était noué, la gorge trop sèche. Quelle idée de se lancer dans cette aventure et maintenant que l’échéance approchait, se précisait, s’intensifiait, elle perdait ses repères. Elle resta figée un long moment à regarder par la fenêtre, le brouillard de la matinée se lever. Les nappes de fils blanchâtres se fondaient progressivement dans les rayons du soleil.

Malgré toutes les émotions contradictoires qui se profilaient, la journée serait belle. Les bruits de la nature apparaissaient, eux aussi. Entre les oiseaux qui brisaient le silence par leurs chants et les différents animaux domestiques qui, eux aussi, signifiaient au monde qu’ils étaient encore vivants, elle comprit que cette journée marquerait un tournant.

Rien, pour elle, ne serait plus jamais comme avant. Quelque soit le résultat, aujourd’hui, elle devenait une notable de cette ville, une figure référente, une voix qui compte. Elle représenterait une foule, une masse, un collectif. Elle ne serait plus jamais seule à penser et à dire ce qui lui pèse sur la vie de sa ville.

Une part d’elle avait encore envie de croire cela mais la partie raisonnable qui lui restait, savait, depuis toujours, qu’il n’en était rien. Elle ne représenterait personne et, finalement, même pas elle même. Cette campagne au milieu de la ville, des immeubles et des rues lui avait clairement signifié que peu de personnes restaient sensibles à la parole politique. Elle avait essayé de séduire, de plaire, de parler des choses qui excitent les gens mais en réalité, elle parlait déjà, comme tous les autres, de choses qui n’excitaient qu’elle.

Elle avait cru que le fait d’être élue, désignée, ferait d’elle une personne placée au dessus de la masse, une sorte de divinité, supérieure, forcément supérieure et qui apporterait une parole qui compte double. Toutes les images et les discours lui revinrent alors en mémoire et elle se dit qu’elle ne voterait sans doute pas pour elle.

Elle trouvait détestable cette apparatchik du pouvoir qu’elle était devenue alors qu’elle n’espérait qu’être édile de son fief. Elle espérait que ses vassaux ne seraient pas, aujourd’hui, assaillis par les mêmes doutes qu’elle et que son bastion tiendrait bon face aux flèches des ennemis mais elle sentit que tout cela était vain.

La bataille était déjà perdue parce qu’elle savait qu’elle était, malgré tout, restée aussi inutile qu’elle l’était auparavant. Rien n’avait changé. Elle était seule et elle le resterait, quelque soit le résultat. Elle n’avait pas la grandeur d’âme, la noblesse, la dignité qui construisent les grands de ce monde. Elle n’était qu’une femme ordinaire, aussi ordinaire que tous les autres élus du pays parce que ce n’était pas la grandeur des autres qui la poussaient vers ce sacre mais bien, la seule volonté de voir rayonner sa propre lumière.

Ce matin, dans cette lumière entre chiens et loups, dans cette ville entre bourg et métropole, dans cet instant de sa vie, entre l’âge de raison et l’âge du repos mérité, elle comprit qu’elle avait voulu être monarque mais, que, en réalité, tous les monarques ne sont pas nobles.

Voleur d’ombres 6

Il arriva sur de larges avenues qui, malgré les débris qui jonchaient le sol de part et d’autre, restaient boisées et lumineuses. Déjà, pourtant, entre les pavés de marbre ciselé, apparaissaient quelques touffes d’herbes folles ou de pissenlits en fleurs. L’eau avait, comme à son habitude, causé des dégâts énormes et particulièrement visibles. Des murs s’étaient effondrés, des vitres avaient explosé, des dalles de marbre, des planches de chênes ou d’ormes furent soulevées par le déferlement et la succession des vagues salées.

Pour une fois, il avait conscience d’être seul au monde. Pour une fois, l’univers tournait autour de lui. Il était le chainon manquant, la clé de voute d’un univers qui s’effondrait. Longtemps, il s’était vu et avait vécu comme un clandestin dans la vie des autres. Il se sentait de passage partout jusqu’à maintenant, ne semblant jamais marquer la vie des autres, la vie des vrais gens.

Ses histoires d’amour s’étaient toujours soldées par de pitoyables échecs. Son premier amour était parti, du jour au lendemain, ailleurs, sans laissé d’adresse et encore moins de raison. Son second et son troisième, forcément il avait cumulé les déceptions parce que quand les choses ne durent pas, elles sont plus souvent reproduites, l’avaient quitté pour retourner avec un ancien amour perdu. Ces histoires n’avaient pas duré et pourtant elles n’étaient pas revenues vers lui. Peut être même qu’il aurait pardonné parce qu’il faisait partie de ces gens qui donnait à l’amour, une place au-delà des règles et de la raison. Il vouait à l’amour une sorte de culte. Il aimait aimer mais il savait désormais le prix de cet amour alors il reculait toujours au plus cette échéance.

Souvent, quand les histoires prenaient un tour qu’il ne contrôlait plus, il préférait abandonner et cette fois, il savait qu’il était coupable. Il avait pardonné mais il savait qu’il ne le serait pas à son tour. Les crimes ne pouvaient se comparer puisque de toute façon les sentiments n’étaient pas les mêmes. Il s’était senti trahi, humilié, un nombre de fois qu’il ne pouvait plus calculer mais lui savait qu’il ne pouvait pas jouer à ce jeu. La moindre erreur serait synonyme d’échafaud et plusieurs fois déjà il mourut.

Aujourd’hui, il se savait condamné. Plusieurs fois, donc, il s’était relevé d’échecs qu’il pensait rédhibitoires et définitifs mais cette fois, il avait atteint le palais en ruine. Jusqu’alors, il n’y avait pas eu de torrents, de nuages. Seulement une forme lointaine à l’horizon et qui restait à jamais inatteignable. Cette fois, il entrait dans le cœur même de sa souffrance, dans le plus profond de tout ce qu’il avait enfoui depuis si longtemps. Il savait qu’au milieu des dorures et des merveilles, il sortirait, à un moment ou un autre, d’un endroit ou d’un autre, une noirceur profonde, austère, âpre. Il connaissait l’issue, parce que malgré tout, elle était toujours la même mais cette fois, forcément, il irait plus loin et il irait de bon cœur.

Il avait toujours refusé de voir l’envers du décor, l’autre côté du mur, l’autre face du monde mais désormais, il savait que le moment était venu, c’était là, maintenant et ici.

Voleur d’ombres 5

Il avait l’impression que cela faisait des heures et des jours entiers qu’il marchait vers cet inconnu. Il croyait se rapprocher à chaque instant et pourtant, il ne sentant toujours pas de sol ferme sous ses pieds. Il y avait seulement ce sable de souvenirs qui s’écartait sous son poids et tombait en avalanche sur les côtés de la crête des dunes qu’il arpentait.

Et puis, alors que la ruine semblait encore loin de lui, il se laissa tomber le long d’une dune de souvenirs et s’arrêta de rouler lorsqu’il toucha, du dos, une pierre polie. Il était sur le palier. Un palier qui n’était en réalité qu’une esplanade de marbre de plusieurs dizaines de mètres carré. Chaque pierre du sol semblait plus travaillée que la précédente. Malgré les dégâts du cyclone de larmes, il restait une magie indescriptible dans l’agencement des pierres, dans l’orientation des statues et des fresques. Même celles qui étaient en partie détruites exhalaient encore une odeur de sublime, un parfum divin qui circulait toujours à travers les rues désertes, les impasses tranquilles et les avenues éclatantes de lumière.

Depuis l’esplanade, il voyait l’intégralité d’une ville construite dans les plus beaux matériaux. Il voyait les chambranles des portes et des fenêtres en grès rose. Les lignes de démarcation entre les toits et les murs, entre les murs entre eux, entre les habitations entre elles, en or. Chaque fenêtre semblait taillée à même le plus pur cristal possible. Les rues semblaient construites en marbre comme les murs des habitations, des statues ou des monuments. La moindre pierre paraissait plus précieuse que sa voisine.

L’esplanade d’entrée débouchait sur une porte en arc de triomphe sur laquelle étaient juchés deux aigles en or fin, ou ce qui y ressemblait de loin. Les sculptures donnaient l’impression d’être vivantes et de pouvoir, à tout moment, sortir de leur piège de pierres. Même les créatures les plus étranges, les plus improbables, respiraient l’air doré des lieux car l’air lui-même portait de l’or dans son souffle. Tout était doré, lumineux, brillant tant le marbre, l’or le cristal se saisissaient de la moindre parcelle de lumière pour la renvoyer encore plus puissante vers le ciel.

Il mit du temps à se relever, écrasé qu’il était par le poids de la grandeur, de la splendeur et du merveilleux des lieux. Il avait du mal à garder les yeux fixés sur un endroit. Tout l’attirait, tout lui demandait un regard, un émerveillement, une caresse, tout, ici, exigeait de lui qu’il redonne vie. Il aurait voulu pouvoir reconstruire, réparer, refaire tout ce que ses larmes avaient détruit mais il n’en avait ni la force, ni le pouvoir et même, intérieurement, il trouvait que l’aspect déconstruit, abîmé, détruit de l’ensemble concourait forcément à la charge de cet ensemble. C’est parce qu’il avait souffert sous les effets du déluge qu’il était sublime, c’est parce qu’il avait survécu aux vagues, au flux et reflux des eaux qu’il avait atteint cette perfection esthétique quasi divine.

Il rassembla les forces qu’il lui restait. Il essaya de trouver l’énergie diabolique de se redresser et de se mettre à l’abri dans une des constructions féeriques. Le temps de se reconstruire, de se refaire, de se remettre. Il espérait secrètement trouver de quoi se nourrir, se reposer, se désaltérer, se laver, se changer, trouver de quoi revivre. Il réussit à force de prières faites au vide des étoiles à avancer. Le temps sembla éternel.

Pourtant, il franchit le seuil de l’arc de triomphe.

Voleur d’ombres 4

Chaque pas devenait plus lourd. Chaque souvenir, transformé en grains de sable, restait collé à ses guêtres. Il ne se souvenait pas d’être sorti dans cet accoutrement. Un pantalon bouffant dans un jaune doré des plus criards, une chemise en soie fine d’un rouge sang voyant et même aveuglant finalement et un gilet de lin ou d’un tissu léger de même facture violet. Il pensait soie ou lin mais il n’en avait en fait pas la moindre idée.

Il savait ou croyait savoir qu’il n’avait jamais eu ce type de linge dans sa garde robe et se demandait ce que ce déguisement voulait dire. En réalité, il se le demandait à de rares instants où il en prenait conscience. Il trouvait cette tenue confortable mais pas véritablement adaptée à son mode de vie. Pourtant, ici, dans ce désert de souvenirs, il lui fallait cela. La légèreté de cet improbable uniforme lui permettait de facilement progresser, même si l’impression visuelle était tout autre.

Contrairement à tous les imaginaires qu’il s’était crée, il n’y avait pas de chaleurs étouffantes ou de soleil de plomb brûlant les tissus et les vêtements. Il se sentait bien comme s’il était plongé dans les rêves ou les constructions d’un autre et que cet autre ne cherchait pas la souffrance ou la torture au long cours mais avait un but, un projet, une envie. Alors forcément, quand le temps tourna à l’orage, il n’en fut pas surpris.

Il avait cru que le nuage n’était que le résultat logique de conditions atmosphériques qu’il ne saurait expliquer mais qui répondait, sans doute, à une logique scientifique.

La réalité, c’est que ce monde n’avait ni sens, ni prise. Il n’était rien dans son univers. Il était là par la puissance d’un autre, la volonté d’un autre. Il ne savait pas qui, il ne savait pas comment, il ne savait pas pourquoi. Il avait compris que ce monde n’était que le fruit de ses souffrances enfouis mais qu’il n’en était pas le maître.

Il savait que son salut passerait par la ruine. Quelqu’un ou quelque chose pour obtenir de l’aide. Savoir où aller, savoir où il est. Il se décida à aller rapidement et indubitablement vers les ruines et cette prise de décision eut un effet qu’il n’avait pas prévu. Soudain, le château s’approchait de lui et même plus vite que ne pouvait le faire ses propres pas. Il faisait un pas et sentait confusément que l’image du château grossissait comme s’il en avait fait quinze.

Il sentit une pointe de peur ou d’appréhension. Il hésita soudain à faire un nouveau pas, comme si l’entrée trop rapide dans les ruines le décontenançait par avance. Une ambivalence des sentiments. Savoir à la fois qu’il fallait qu’il rejoigne ce refuge et une impression confuse que la paix ne serait pas si paisible en ce lieu. Très vite, il marcha machinalement. Malgré les hésitations, les peurs, les angoisses. Malgré ce monde inconnu qu’il ne parvenait pas à comprendre, il avançait. Malgré la fin des âges, malgré l’abandon, malgré la faim, malgré la soif et malgré ce frisson de fraîcheur qui lui parcourait l’échine et qu’il ne s’expliquait pas, il avançait.

Il voyait enfin précisément les constructions de marbre s’élever devant lui. Il pouvait voir la qualité des pierres, le fin ciselage de la découpe et la justesse des finitions. Malgré les ruines, la beauté se dégageait de chaque endroit. Un monde en déconstruction qui conservait ses plus beaux atours pour crier au monde les derniers feux de sa civilisation.

Voleur d’ombres 3

L’ombre grandissait sur le bitume de la rue. Le soleil dardait de ses rayons dorés le dos du marcheur égaré mais droit. L’ombre atteint son apogée à l’endroit où la pente se raidit. Elle allait se résorber désormais à chaque pas jusqu’à disparaître mais elle annonçait l’arrivée du prochain personnage, du prochain habitant du palais perdu.

Il n’arrivait pas encore à déterminer la personne qui lentement mais sereinement s’approchait de l’entrée imaginaire du palais. Il savait que ce serait le prochain habitant de ce non lieu et qu’il lui arriverait des choses qu’il était incapable de prévoir pour l’instant mais il le savait déjà. Il avait pris cette habitude depuis des semaines désormais.

Depuis que les mouvements des hommes étaient comptés et réduits, une sorte de retour aux sources s’effectuait à l’insu de chacun. Les nuées d’étourneaux ou de passereaux au dessus des villes devenaient un quotidien que tous savouraient finalement. Les nuages eux mêmes reprenaient une forme plus moutonneuse, plus lourde, plus compacte.

Les rivières semblaient plus poissonneuses et même la météo montrait des signes de clémence après des mois particulièrement pluvieux et gris. Au loin, la silhouette devenait plus masculine. Jusqu’alors, elle n’avait été qu’une longue ligne noire d’ombre sur le sol. Désormais, on devinait facilement les contours d’un homme au physique des plus banals. Un de ces hommes sans age comme il y en a des centaines dans nos villes. Entre deux ages donc, entre deux tailles, entre deux poids. Un stéréotype de l’entre deux. Ni tout à fait riche d’allure, ni tout à fait démuni, ni tout à fait beau, ni tout à fait laid de ce qu’on pouvait en deviner pour l’instant.

Sa démarche était lente, voûtée par le temps passé à chercher un oasis, un havre de paix. Il avait vu au loin, les hautes ruines du palais des songes et le considérait déjà comme sa seule issue, sa seule possibilité fragile de survie. Il avait marché et erré depuis son abandon. Il avait traversé des mondes inconnus et que finalement il ne soupçonnait même pas. une rupture n’est pas censée créer de nouveaux mondes, de nouveaux paysages.

Il savait pourtant que l’image de la traversée du désert accompagnait les souffrances de l’abandon mais il n’avait jamais soupçonné qu’il devrait réellement traversé un désert de songes, un désert d’images. Et pourtant, il en était là à marcher dans un désert où chaque grain de sable n’était qu’un souvenir des temps passé, du temps jadis, du temps où marcher à deux avait un sens. Un autre temps. Toujours, il s’était dit que les traversées du désert n’était qu’une volonté personnelle de souffrir, un désir de se plaindre et d’être à plaindre. Un chemin de croix où chacun se construisait sa croix plus ou moins grosse selon le degré d’autodestruction et puis, le mythe, le symbole devint une réalité.

Il avançait, il savait qu’il avançait et pourtant les hautes ruines du château qu’il avait vu être détruit par un tsunami venu de nulle part ne se rapprochaient pas. Il s’était concentré sur la provenance de l’eau. Au milieu du désert de nulle part, sans nuages,sans le moindre signe annonciateur d’une catastrophe. Il convoqua les dernières forces mentales qu’il trouvait au plus profond de lui même. Son corps le portait vers le palais détruit mais son esprit cherchait un sens.

Il fallait qu’il trouve des sens aux choses, des raisons aux êtres, des vérités aux mondes. Il crut en la science et à des phénomènes inexplicables qu’il ne pourrait comprendre. Il crut à une illusion mais lui aussi, reçut cette eau salée. Ce n’était pas un mirage.

Et puis, à force de ne pas avancer malgré ses efforts, à force de chercher sans trouver malgré toutes les suppositions, il comprit que ce monde ne se construisait qu’à travers ce qu’il ne croyait pas, ce qu’il ne voulait pas, ce qu’il ne pouvait pas. Il ne pouvait y avoir de traversée du désert, il traversait le désert. Il ne pouvait y avoir de château de contes de fées ou de poupées de princesse, il y avait un château improbable, il ne pouvait pleurer sur tout ce qu’il avait perdu, les larmes qu’il n’avait pas pu verser, se déversèrent sur ses illusions. Il aurait fallu qu’il cesse de penser, il aurait fallu qu’il cesse de vivre mais l’instinct de survie est toujours trop fort chez l’animal humain qui veut connaitre le chapitre suivant.

Voleur d’ombres 2

Du haut du cinquième étage de l’immeuble sans âge où se logeait son appartement, il avait une vue imprenable sur le monde d’en bas. Sa rue serpentait le long des hauteurs de la ville, construite sur une butte, elle cheminait vers une sorte de promontoire qui dominait tout le vieux quartier saint Jacques. Les hauts quartiers et leur tranquillité supposée expliquaient, en partie, les fluctuations immobilières du secteur.

De sa fenêtre, il voyait jusqu’au quartier Saint Pierre, derrière le fleuve et la fontaine de la place des martyrs et même, les jours où le temps était clément et le ciel dégagé, il apercevait le rond point formé par la rue des teinturiers et l’avenue du 13 octobre. De ce point de vue aucun passant ne pouvait lui échapper. Aucun badaud ne pouvait apparaître, soudainement, derrière une camionnette mal garée. Il voyait, il surveillait, il épiait même, la prochaine victime éventuelle d’une fiction fantasmée à naître.

Il n’avait rien à gagner ou à perdre de toute façon ; il ne voulait pas l’un et n’avait pas les moyens de l’autre. Il ne faisait pas cet espionnage dans l’espoir secret d’en tirer quoique ce soit. C’était simplement la permission faite à son imaginaire de batifoler à travers les herbes folles et hautes de son cerveau. Il s’inventait des mondes et mettait des personnages fictifs mais réels de la rue à l’intérieur. Ils devenaient des chevaliers ou des princesses, des gueux ou des lavandières, des infirmières en temps de guerre et des bourreaux en temps de paix.

Le soleil couchant donnait une couleur cuivrée au mobilier urbain. Les plaques vitrifiées des abribus semblaient couvrir d’or le bitume des chaussées. Sur cet univers urbain post moderne ou pré apocalyptique, il commença à poser sur ce sol d’or, un parterre de marbre et des peintures murales dans les teintes ocre et dorées. Il prit le temps et le soin de construire un palais merveilleux qui sortait de terre au milieu des immeubles de l’impasse Jean Jaurès et des commerces tous fermés depuis plusieurs jours déjà. Il voulait de l’exotisme, autre chose, un ailleurs pour oublier les jours qui défilaient dans une répétition permanente. Une sorte de vie circulaire à revivre les mêmes émotions. Il s’était efforcé, et avait réussi, à modifier son quotidien et à faire que les jours ne se ressemblent jamais. D’un peu de lecture ou d’écriture, de musique ou de peinture, de télé ou de jeux vidéos, il avait réussi à croire qu’il n’était pas enfermé.

Il leva les yeux au ciel pour y faire apparaître une vague immense de larmes qui roulait au milieu du vide céleste. Un tsunami de toutes les larmes qu’il ne versait pas et qui jaillissaient, enfin, comme un geyser incontrôlable. Il lâcha prise. Les larmes coulèrent sur ses joues, en même temps que la vague s’effondrait sur le palais inachevé. Il avait aimé cette histoire d’un monde parfait avant même de l’inventer. Il y voyait des éléphants et des serpents, des perles et des parfums rares, des joyaux et des arbres fruitiers mais il n’avait pas de sens. Juste un palais, posé au milieu d’une eau à présent calme.

Il était toujours cette illusion qui flottait au dessus des éléments et qui regardait d’en haut, de loin, du fin fond des étoiles, les pauvres erres qu’il avait plongés dans ces mondes se débattre avec le non sens de son imaginaire.

Au loin, une ombre grandissait sur les murs en ruine du palais de marbre inachevé. Depuis que le monde était à l’arrêt, les personnes marchant au milieu des allées se faisaient rares. Chacun longeait les murs pour éviter d’être vu, repéré puis contrôlé. Depuis quelques mois, les contrôles étaient devenus plus fermes et ne se résumaient plus à de simples questions anodines. Le paroxysme de l’inquisition moderne et de la surveillance, avec son lot de dénonciations et de suspicions, s’était abattu sur les villes à la même vitesse que son torrent de larmes destructrices sur son palais de marbre et de rubis.

Voleur d’ombres 1

C’était une journée comme toutes les journées qui s’écoulaient depuis les événements d’avril. Il s’asseyait sur la banquette qu’il avait construite, autour du cadre de fenêtre, et, avec sa tasse de café fumant à la main, il regardait le monde qui défilait en bas de chez lui. Il savait qu’il n’avait rien à espérer, ni à attendre de ce rituel mais, avec l’âge, il avait imprimé en lui, les marques d’une habitude désuète, finalement. Chaque jour, il regardait aux travers des vitres sales de son appartement car il n’avait plus la possibilité de leur rendre une apparence correcte, à la même heure, et il construisait la vie des passants. Il choisissait aux hasards des déambulations, le personnage le plus marquant selon des critères totalement personnels et il bâtissait des royaumes féeriques autour de ces quelques pas.

Il avait craint que les dernières annonces politiques ne viennent entraver son plaisir de début de soirée mais, assez vite, il fut rassuré. Les gens continuaient de vivre dans un monde à couteaux tirés, comme si les injonctions politicardes de ces dernières heures n’avaient été entendues que par une poignée de journaleux qui relayaient, en boucle, sur toutes les ondes, la divine parole. Même derrière sa fenêtre, il sentait de manière quasi palpable la tension qui montait des faubourgs.

L’énervement suintait des pores de toutes les peaux et il suffisait d’une étincelle pour construire un incendie mémorable.
Son jeu désormais était d’épier l’apparition de cet incendie. Il se délectait par avance de constater la chute de ce monde, auquel il ne croyait plus depuis longtemps, dans un immense capharnaüm, digne de l’effondrement de Babel. Trop de langues mélangées, trop de cultures différentes, trop d’envies et de besoins disparates pour que ce fil ténu d’une société, en apparence apaisé, ne résiste encore, ne serait ce que quelques semaines. Depuis son accident du milieu du printemps, il avait appris à regarder les éléments du monde avec une certaine distance. Il ne pouvait plus participer, il ne pouvait rien changer, alors il fallait au moins qu’il sache. Le seul exercice qui restait à sa disposition, était le passage de son fauteuil à cette banquette, sorte de promontoire sur le monde.

Il avait constaté des habitudes, des récurrences, des «éléments » de langage comme se plaisaient encore à dire les gens faussement connectés à des sphères beaucoup trop hautes pour de simples mortels comme lui. Il voyait des gens qui, en fait, se révélaient souvent être les mêmes. Très vite, le jeu tourna à la découverte des passants occasionnels. Il sentait que l’effondrement viendrait de là. Les habitués étaient trop sages, trop propres, trop bien élevés, selon lui, pour qu’ils ne provoquent quoique ce soit. Il fallait que ça vienne de l’extérieur, il fallait que ça vienne comme une violence nouvelle.

Il attendait en regardant nonchalamment les voitures circuler, les flics faire les rondes de contrôles réglementaires, les rares bruits qui subsistaient encore de ces temps troublés, venaient de loin, d’ailleurs, des autres quartiers plus populaires et plus peuplés. Lui, dans son quartier boboisé n’était plus confronté aux vicissitudes du quotidien populaire. Et de toute façon, son état ne lui permettait pas de se confronter à ses congénères, même avant les mesures du nouveau monde.

Chaque jour, à la même heure, la jolie secrétaire sortait son chien ridicule conformément aux règles. Il lui avait déjà inventé de multiples relations et de multiples vies et, à force, il ne la voyait même plus comme une charmante jeune femme mais comme l’héroïne de diverses fictions qu’il n’écrira jamais, malheureusement. Il aimerait avoir la force, le temps, le courage de coucher sur papier toutes ses vies rêvées des anges mais ça n’était pas sa vie finalement.

Fonctionnaires (partie 7) – La semaine politichienne de Smig

Elle avait des idées sur tous les sujets. A force de se taire et de se cacher d’être elle, elle avait enrichi son intérieur de toutes les objections qu’elle pouvait. Elle remettait en cause toutes les anciennes mesures municipales. Les trouvant toujours trop sages ou insuffisamment courageuses.

Elle voulait de la démocratie directe parce qu’elle avait trop souffert de se taire face à l’horizontalité du pouvoir. Elle voulait accompagner les seniors et guider les plus jeunes, mettre des espaces verts partout et donner un logement et un emploi à tous. Elle voulait changer le monde par le prisme de la mairie de sa petite commune. Elle croyait encore aux bienfaits de la politique, à l’utilité de la politique telle qu’elle se pratique. Elle croyait aux discours, surtout si les gestes et les actes se joignaient à eux.

Elle avait des idées pour tout, des objections pour tous et des explications pour tous les autres. Elle était partout comme poussée par une euphorie qui en fait n’était même pas la sienne. Elle s’était retrouvée là parce que personne ne voulait y aller comme toujours dans sa vie depuis le début. Elle voulait croire que c’était un choix, une sorte de mission venue d’en haut alors elle arpentait les marchés, elle serrait des mains et claquait des bises à des inconnus.

Elle devait avoir réponse à tout ce qui fait une commune sans jamais avouer qu’elle n’en savait rien. Il fallait être irréprochable sur tout, tout le temps et avoir des réponses satisfaisantes sur le terrain de foot du quartier nord comme sur les terres en permaculture de la butte aux merles, des idées pertinentes sur le réseau d’eau potable et celui des bus, et des révolutions en fiscalité et en commerce équitable. Elle travailla comme jamais.

Les concours de la fonction publique, les examens universitaires, les accouchements qu’elle avait fini par oublier, tout lui parut plus aisé que cette épreuve. Elle savait que ce n’était pas vrai mais la panoplie de la difficulté à conquérir un pouvoir illusoire allait bien au teint des candidats. Faire croire qu’on est Droopy à force de nuits blanches avec les cernes jusqu’aux genoux du voisin rendait crédible un candidat construit à la va vite dans la salle du fond du bar des artistes de la place de la résistance.

Elle finit par croire en ses chances parce qu’on lui disait d’y croire. Elle entendit pendant des semaines qu’elle était de loin la meilleure. Elle savait que c’était faux mais comme personne ne lui avait jamais dit auparavant, cela regonfla son ego en berne. Il y a quelques mois, elle parlait à son chat d’en finir avec tout et à son poisson rouge des courses à faire pour continuer d’être dans le système.

Elle méprisait finalement ses collègues qu’elle trouvait suiveur, pleutre et lâche et auxquels elle n’arrivait pourtant pas à se dissocier puisqu’elle était jusqu’à maintenant aussi lâche et pleutre et faible qu’eux. Elle méprisait parce qu’elles étaient comme eux. Elle se plaignait de tout, en permanence mais elle n’avait jamais pu décrocher. Ce n’est pas l’amour des élèves ou du métier, c’est seulement ce travail de longue haleine, pernicieux, d’un monde en fin de vie qui fait croire à tous qu’ils ne sauraient faire autre chose que ce pour quoi ils auraient été destinés.

Aujourd’hui, elle avait la chance que tous les autres attendent et n’ont jamais de devenir quelqu’un d’autre, de faire autre chose et de se sentir utile enfin ou à nouveau parce que cela faisait tellement longtemps qu’elle ne se sentait plus vivante alors que comme chaque être humain, elle avait besoin de cette essence et de cette énergie vitale.

Le pangolin viendra t’il a bout de l’ordolibéralisme? – La semaine politichienne de Smig

 

Il faut toujours voir le positif ou au moins essayer. Plusieurs petites choses se mettent en place qui montrent qu’il est possible d’avancer, quand, enfin, il y a un cap. Il est juste dommage de s’apercevoir que ce cap a été imposé par une vengeance divine (Je déconne!!!! Dieu n’est pas une chauve souris ou un paragaoulin, je ne sais pas quoi, je ne savais même pas que cette bestiole existait avant qu’elle ne nous tue tous).

Désormais, les personnes âgées de plus de 70 ans sont invitées à faire leurs courses entre 8 heures et 8 heures 30. Mesure à conserver et à encourager pour éviter de se prendre la tête avec les papys et mamies qui stationnent, apprêtés comme jamais, le samedi, à 10 heures, dans les allées des supermarchés à raconter d’improbables aventures pendant que nous attendons désespérément que leurs appareils auditifs fonctionnent à nouveau et leur permettent enfin d’entendre nos raclements de gorge et nos plus plates excuses de demander pardon de déranger pour juste attraper la bouteille de Hot Ketchup, la dernière, comme le groupe bidon espagnol du début des années 2000.

Les fabuleux politiciens qui ne juraient que par la mondialisation à outrance, les délocalisations et l’UE s’aperçoivent que, quand même, il y a quelques menus soucis à tout produire, à l’autre bout du monde, dans des conditions hallucinantes d’hygiène, de droit du travail et de sécurité en nous faisant crever ici en détruisant nos emplois mais en nous obligeant à consommer.

Là encore, le paradoxe du trou du cul… Faut pas sortir mais aller bosser, faut consommer mais vos emplois et vos salaires sont partis ailleurs.

Ces mêmes politiciens qui juraient que les frontières n’existent plus et qui s’empressent de les fermer, maintenant qu’il est trop tard.

On sait définitivement que les français se foutent totalement des injonctions gouvernementales. On est au stade 3. Il faut faire gaffe, sa mère, mais il faut voter..; Epicetou… Donc, c’est toujours le dernier qui a parlé et qui a raison. Et comme nous sommes dirigés par une bande de tdc, bah le dernier des tdc à parler est souvent le roi des tdc.

Ainsi, le premier ministre, dont personne ne retient le nom, pas même lui, Jacques Michel… Henry Claude… Marcel Etienne… (Bon, je ne sais plus mais ça n’est pas grave, sa seule chance de rentrer dans l’histoire étant d’organiser un génocide de masse et même pour ça, il est nul) fait une conférence de presse, avec des trémolos dans la voix et la barbe (alors qu’il est aussi candidat à une élection le lendemain, jdcjdr) pour nous dire qu’on est juste des trous du cul, pas civilisés, pas civiques et qu’il nous emmerde. Pour le dernier truc, il ne l’a pas dit mais on le sait.

Donc, ce Jean Foutre (c’est un pote à moi que j’aime bien charrier), ce matin, va voter, en roulant des galoches aux assesseurs (ou ascenseurs, enfin les gars qui sont assis et qui disent à voter pour se tenir éveillés entre eux). En gros, vendredi, on va tous mourir parce qu’on est trop con et dimanche, vous êtes tous morts parce qu’il faut absolument que je sois maire du Havre parce que ça commence à sévèrement puer du cul pour ma tronche.

Ensuite, on s’aperçoit qu’un grand nombre des bullshit jobs de ce pays peuvent se faire, sans trop de complications, depuis le domicile. Une sorte de théorie de Friot allégée. Avec deux ou trois aménagements pertinents, le télétravail devient la solution à la fin du monde capitaliste.

Dans la plupart des zones ultra polluées du monde, la crise du pangolain à courtes pattes, a drastiquement fait chuter le taux de pollution dans l’air.

Si un jour, on se sort vivant de toute cette saloperie, se dire qu’on devrait reproduire dans nos pays, en cultivant nos savoirs faire, que des horaires aménagés pour certaines activités permettent de fludifier les trafics, que certains emplois ne nécessitent pas de déplacements permanents, que le pq est une denrée rare, que l’ue ne sert à rien, que les frontières, parfois, ça n’est pas déconnant, que le capitalisme n’est pas une solution viable pour le plus grand nombre… enfin, toutes ces choses que les gens qui vivent à une hauteur humaine savent déjà depuis longtemps mais que toutes les personnes qui vivent le cul au huitième étage et la tête dans les étoiles feignent d’ignorer pour se gaver sur le dos des tondus… Mais, peut être que le pangolin chauve souris de Wuhan apporte la dispersion des étoiles comme le chantent les italiens dans le nessun dorma, sur les balcons ou en avion….

Dilegua, o notte! Tramontate, stelle! Tramontate, stelle! All’alba, vincero!

Dissipe-toi, ô nuit! Dispersez-vous, les étoiles! Dispersez-vous, étoiles! à l’aube, je vaincrai!